Le printemps arabe et la question du genre. Quelques éléments de réflexion à partir des écrits de Judith Butler

Nayla Debs

Sans doute l’un des apports majeurs du printemps arabe est-il d’avoir permis de poser en de nouveaux termes la question des femmes, et par extension la question du genre, non seulement dans les pays où les révolutions ont eu lieu mais dans l’ensemble du monde arabe. Et cela pour deux raisons au moins. D’abord parce que les femmes ont joué un rôle déterminant dans les révolutions, se constituant comme des acteurs incontournables du changement. Ensuite parce que l’enjeu des révolutions ne se limite pas à un changement de régime mais implique aussi la mise en place d’un nouvel ordre politique et social où les questions de justice, d’égalité et de liberté trouvent toute leur place. Ce qui met au premier plan la question des droits des femmes — et des minorités (religieuses, ethniques et sexuelles) — devenue l’indice à l’aune duquel se mesurent les changements produits par les révolutions.

Nous proposons dans ce texte d’examiner la manière dont s’est posée la question des femmes pendant et après les révolutions en référence à la théorie du genre telle qu’elle a été conceptualisée par Judith Butler. La question de base est de savoir si et comment une théorie du genre peut rendre compte des transformations en cours et notamment des transformations dans les relations de pouvoir dans ce que cela détermine aussi de changement dans les rapports de genre. Ainsi, nous tentons dans une première partie de rendre compte des manifestations féminines qui ont caractérisé le printemps arabe, des changements que ces manifestations ont permis d’introduire et des points de butée qui contribuent aujourd’hui à circonscrire les effets des révolutions. Dans une deuxième partie, à partir des textes de Judith Butler —en particulier ses premiers écrits —, nous tentons d’élaborer un cadre théorique qui permette de penser le type de subjectivités et de féminisme déterminés par les différentes actions qui ont ainsi émergé. L’enjeu majeur est de pointer les limites d’une approche centrée sur l’identité qui finit par essentialiser un « sujet femme » et produire un discours total qui ne traduit pas la singularité des sujets qu’il est censé représenter. Ce sont justement ces singularités que nous examinons à travers notamment la notion de performativité proposée par Judith Butler, afin de rendre compte de la possibilité de transformer le pouvoir tout autant que de configurer de nouvelles formes de devenir « femmes arabes ».

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L'auteur est responsable des opinions exprimées, lesquelles ne sont pas nécessairement celles de l’UNESCO.

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