Considérations autour d’un débat de société. Quel féminisme pour la Tunisie postrévolutionnaire ?

Soumaya Mestiri

Difficile de trouver aujourd’hui un (et surtout une) citoyen(ne) tunisien(ne) qui ne connaisse pas l’existence et la teneur du projet de l’article 28 de la nouvelle Constitution. Celui-ci, rappelons-le tout de même, affirme un triple engagement envers la femme tunisienne : « L’État assure la protection des droits de la femme et de ses acquis, sous le principe de complémentarité avec l’homme au sein de la famille et en tant qu’associée à l’homme dans le développement de la patrie. L’État garantit l’égalité des chances pour la femme dans toutes les responsabilités. L’État garantit la lutte contre la violence faite aux femmes, de quelque nature qu’elle soit. »

L’idée selon laquelle la femme devrait être le complément de l’homme ne lasse pas de poser des questions. Comme on a pu le lire ici ou là, parler de complémentarité plutôt que d’égalité revient à circonscrire a priori et par défaut le féminin. Ce serait donc ni plus ni moins qu’une atteinte réelle à la liberté des femmes, obligées de se mouvoir dans un espace qui pourrait se rétrécir comme peau de chagrin — quantitativement mais aussi qualitativement — suivant « ce qu’il y aurait à compléter ». Il en faut dès lors très peu pour que la complémentarité penche dangereusement vers l’inégalité, inféodant la femme et la privant d’une marge de manœuvre certaine et ce d’autant que le caractère machiste et patriarcal du texte est clairement affirmé : il s’agit bien de la complémentarité au sein de la famille et, par voie de conséquence, d’une division sexuelle du travail qui peut très vite virer au cantonnement de la femme à la sphère privée. Cette interprétation est du reste confortée par la mention « associée à l’homme », dont au aurait très bien pu se passer sans nuire à l’intelligibilité du texte, et dont la présence achève de faire du mâle l’étalon à l’aune duquel on évalue les droits et devoirs d’un sexe pour le coup lourdement affaibli.

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L'auteur est responsable des opinions exprimées, lesquelles ne sont pas nécessairement celles de l’UNESCO.

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