Le voile, cette ombre portée sur le printemps arabe

Fayza Benzina

Éternel retour du même ou nouveauté ?
La révolution tunisienne semblait inéluctable pour le philosophe et imminente pour l’historien qui, en juxtaposant certains faits, ne pouvaient pas ne pas reconnaître les prémisses d’un soulèvement semblable en quelques points à celui de 1789 en France. D’ailleurs, sous n’importe quel pouvoir absolu, les révoltés aspirent à un nouveau contrat social (J.-J. Rousseau) car ils ne veulent plus donner aux autres et a fortiori à eux-mêmes l’image de leur infériorité, c’est pourquoi il y eut la guerre des paysans dans l’Allemagne de la Réforme, le ghetto de Varsovie, la Commune de Paris, le 1er novembre algérien, les Intifadas et le 17 décembre tunisien, qui sont autant de frémissements historiques contre l’injustice et les inégalités.

Le 17 décembre 2010, à Sidi Bouzid, le jeune Bouazizi, diplômé chômeur, s’est immolé par le feu dans sa ville natale, et devait quelques semaines plus tard succomber à ses blessures. Son tort ? Avoir voulu vendre quelques fruits et légumes — dans une brouette de fortune —, dont les gains auraient permis de subvenir aux besoins de sa famille d’une extrême indigence. Certes, cette pratique est interdite par la loi, mais elle est, la plupart du temps, tolérée dans les faits. Or, ce jour-là, elle fut l’objet d’une vigoureuse intervention des forces de l’ordre, indifférentes aux doléances du jeune homme qui, devant tant d’incompréhension, se transforma en torche vivante. Ce geste, signe du plus grand désespoir, fut prométhéen, puisque Bouazizi transmit sa flamme à d’autres indignés un peu partout dans les zones les plus défavorisées et les plus démunies du pays (Thala, Kasserine, Rgeb). Des immolations eurent lieu sur la place publique, pour dire par « le feu » la colère que la parole contestataire interdite ne pouvait exprimer. La Tunisie s’embrase, se soulève et s’insurge d’une seule voix contre la dictature d’un président aveugle et sourd à la souffrance de son peuple forcé, durant vingt-trois ans, à penser « tout bas » et à réfléchir « en secret ».

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