Les sciences sociales dans le monde

Quelques faits et données-clés dans le Rapport sur les sciences sociales 2010 : Divisions dans les savoirs

Les sciences sociales face aux évolutions dans le monde

  • « L'échelle, le rythme, l'ampleur et l'importance des changements affectant l'environnement mondial indiquent clairement que la recherche " traditionnelle " ne suffira pas à permettre aux individus et aux groupes de comprendre et de répondre aux évolutions actuelles, nombreuses et interconnectées. » (O’Brien)
  • Inégalités. Les 1 pour cent les plus pauvres de la population aux États-Unis d’Amérique sont plus riches que 62 pour cent de la population mondiale. Trois pour cent seulement des Indiens les plus riches sont plus riches que les Américains les plus pauvres. Les pauvres du Brésil sont parmi les plus pauvres du monde mais les plus riches sont aussi parmi les plus riches du monde. (Milanovic)
  • La population de la planète a pratiquement quadruplé au cours du siècle dernier, passant de 1,6 à 6,1 milliards d'individus. (Chamie)
    En 1960, on estimait à 77 millions le nombre de migrants dans le monde ; 50 ans plus tard, ce chiffre a presque triplé, atteignant 214 millions. (Chamie)
    La proportion de la population mondiale âgée de 65 ans ou plus risque de doubler d'ici la seconde moitié du XXIe siècle. Dans plusieurs pays, par exemple en Italie, au Japon ou en Espagne, un habitant sur trois devrait être âgé de 65 ans ou plus en 2050. (Chamie)

L'État des systèmes de recherche en sciences sociales dans le monde

  • « 90 % des établissements d'enseignement supérieur d'Amérique latine ne s'investissent que dans des activités d'enseignement. » (Vessuri et Lopez)
    Plus des deux tiers de l'ensemble des programmes de master et de doctorat d'Amérique latine comprenant des activités de recherche sont offerts par les universités publiques brésiliennes et mexicaines. (Vessuri et Lopez)
  • L'Afrique subsaharienne a pris un retard considérable dans la production scientifique : la région représentait 0,7 % de la production mondiale en 1996 (contre 1 % en 1987) et ne montre aucun signe de reprise. (Mouton)
    La part de l’Afrique subsaharienne dans la production scientifique a chuté de près d'un tiers (31 %) depuis son pic de 1987. (Mouton)
    75 % des publications académiques d'Afrique subsaharienne répertoriées dans la base de données Web of Science émanent de chercheurs en sciences sociales originaires d'Afrique du Sud, du Nigeria et du Kenya, et de quelques universités seulement. (Mouton)
    Le financement public de la recherche en sciences sociales en Afrique subsaharienne est l'exception plus que la règle. (Mouton)
  • Dans les pays arabes, « on note dans les régimes autoritaires une tendance à exercer un contrôle rigoureux sur les sciences sociales, qui limite la liberté de pensée et détermine les domaines de recherche et d'enseignement acceptables et non acceptables. » (Arvanitis, Waas, et Al Husban)
  • En Chine, « le budget consacré aux sciences sociales et humaines, y compris à l'enseignement et à la recherche, a augmenté d'environ 15 à 20 % par an depuis 2003 ». (Huang)
  • En Inde, en 2005-2006, 64,6 % des 11 028 000 étudiants du pays inscrits dans des établissements d'enseignement supérieur étudiaient les humanités ou les sciences sociales, si on y inclut le commerce et l'éducation ». Toutefois, « sur les 400 universités nationales, seule une faible proportion (15-20 %) sont des établissements d'enseignement et de recherche ; 80 % des universités peuvent être considérées comme des établissements d'enseignement uniquement ». (Krishna et Krishna
  • L'Allemagne et le Royaume-Uni réunis représentaient la moitié du financement public européen pour les sciences sociales. (Van Langenhove).
  • Le système scientifique russe a enregistré un très fort recul suite à la chute de l'URSS. Entre 1991 et 1999, le nombre de chercheurs a diminué de 458 500 et celui des techniciens de 128 200 ; seuls 18 200 d'entre eux ont émigré, le reste ayant intégré d'autres secteurs économiques. Le vieillissement du personnel de R&D, qui est dû aux difficultés à attirer de jeunes talents, est une source de préoccupation. En 2007, la Fédération de Russie comptait 13 740 chercheurs en sciences sociales (un chiffre quasiment identique à celui de 1999) et la moitié d'entre eux étaient des économistes. (Pipiya)

Des capacités très inégales 

Commercialisation de la recherche 

  • Plus des deux tiers de l'ensemble des universitaires des quatorze pays de la région de la Communauté pour le développement de l'Afrique australe (SADC) mènent régulièrement des activités de consultants. (Source : CREST, étude récemment terminée citée par Mouton)

Fuite des cerveaux 

  • Un docteur en économie sur trois et près d'un docteur en sciences sociales sur cinq qui travaille aux États-Unis est né à l'étranger. (Jeanpierre)
  • On estime que depuis 1990, en moyenne 20 000 professionnels hautement qualifiés quittent le système d'enseignement supérieur africain chaque année pour un poste aux États-Unis, en Europe, ou même au Moyen-Orient et en Australie. Les sciences sociales et humaines sont particulièrement touchées. Les disciplines telles que l'histoire, l'archéologie et la philosophie sont menacées dans de nombreux pays. (Olukoshi)

Un  exemple de réussite

  • Au Brésil, grâce au renforcement des efforts et des investissements du gouvernement dans le développement des ressources humaines, le nombre de chercheurs en sciences sociales a presque triplé au cours des dix dernières années. Ils représentent environ 32 % des chercheurs du système de recherche et d'enseignement supérieur national, soit 37 500 sur un total de 118 000. (Guzmáo)

Une internationalisation inégale

  • La collaboration dans la recherche en sciences sociales est dominée par l'Amérique du Nord et l'Europe occidentale. (Frenken, Hoekman et Hardeman)
  • Malgré la mondialisation de la recherche, l'intégration des régions périphériques aux systèmes de sciences sociales mondiaux ne s'est pas améliorée au cours des deux dernières décennies. (Frenken, Hoekman et Hardeman)
  • La dépendance envers l'Occident, qui est mesurée par les citations, a augmenté ces 20 dernières années. (Gingras et Mosbah-Natanson)
  • L'Europe et l'Amérique du Nord représentent environ les trois quarts des revues en sciences sociales dans le monde. (Gingras et Mosbah-Natanson)
    En matière de publication de revues en sciences sociales, les États-Unis occupent la première place (avec un quart du total), suivis par le Royaume-Uni, les Pays-Bas et l'Allemagne. Réunis, ces quatre pays publient les deux tiers de l'ensemble des revues en sciences sociales. (Gingras et Mosbah-Natanson)
  • L'anglais est de loin la première langue des revues en sciences sociales : 85,3 % des revues universitaires et apparentées répertoriées dans la base de données Ulrich sont publiées (en partie ou en entier) en anglais. 
  • La plus forte croissance du nombre d'articles produits a été observée en Amérique latine (+ 74 %), en Europe (+ 58,4 %) et en Asie (+ 56,7 %). La Communauté d'États indépendants (CEI), dont la Fédération de Russie fait partie, est le seul groupe de pays à avoir enregistré un recul de la production d'articles en sciences sociales (- 4,6 %). (Gingras et Mosbah-Natanson)

Principaux domaines de recherche en sciences sociales dans quelques pays

  • « Les sciences cognitives et comportementales » constituent la principale discipline de science sociale des universités d’Amérique latine. En Inde, il s'agit des études sur la société (y compris la sociologie et l'anthropologie) et en Chine, du commerce, de la gestion, du tourisme et des services. (Russell et Ainsworth)
  • L'économie et la gestion sont des domaines de recherche majeurs en Amérique latine (en particulier au Brésil, au Mexique et en Argentine), en Inde et en Chine. (Russell et Ainsworth)
  • Dans les pays du Maghreb, le droit et la littérature ont gagné du terrain ces 25 dernières années au détriment de l'histoire et de l'économie. (Waast, Arvanitis et al.)
  • Les domaines conjugués de la psychologie et de l'économie forment la plus grande part de la production scientifique mondiale d'après l'Indice des citations en sciences sociales. Sur la période 1990-2007, la proportion relative de l'économie et de la gestion a augmenté alors que celle des sciences politiques a diminué. (Jonkers)

La démographie des sciences sociales dans quelques pays de l’OCDE 

  • En 2006, les pays de l'OCDE ont délivré quelque 52 000 doctorats en sciences sociales, soit environ un quart du total des doctorats décernés dans la zone de l'OCDE. Pour la deuxième année consécutive, plus de la moitié (52 %) de ces qualifications de recherche avancée en sciences sociales a été obtenue par des femmes. (Auriol)
  • Le nombre de docteurs a constamment augmenté ces dernières années (+ 40 % entre 1998 et 2006), mais le nombre de doctorats en sciences sociales a augmenté encore plus rapidement (+ 50 %), ce qui est en partie dû à la participation accrue des femmes. (Auriol)
  • L'âge moyen des titulaires de doctorat est plus élevé pour les sciences sociales que pour les sciences et techniques. (Auriol)
  • Dans la plupart des neuf pays pour lesquels des données sont disponibles, le taux de chômage des docteurs en sciences sociales est plus faible que pour l'ensemble de la population des titulaires de doctorat. (Auriol)

Et ailleurs

  • En Chine le nombre de diplômés en Gestion, Droit et Économie a plus que doublé entre 2002 et 2005. Au même moment le nombre de diplômés en Histoire stagnait à un niveau assez faible.
  • Au Brésil en 2004, 66 pour cent des titulaires de doctorats travaillaient dans des institutions universitaires, et 18 pour cent dans diverses administrations publiques. Les titulaires de doctorats en sciences sociales appliquées avaient un taux d’emploi formel et des salaires supérieurs aux autres. (Guzmăo)

Diffusion des sciences sociales à la société et aux décideurs politiques

  • Le recul observé dans les ventes de monographies de recherche est l'une des tendances les plus manifestes à laquelle les éditeurs universitaires doivent faire face depuis une vingtaine d'années. (Hackett)
    90 % des think tanks actuels aux États-Unis d’Amérique furent créés après 1951 et leur nombre a plus que doublé entre 1980 et 2007 (Anheier). 
  • L’engagement de plusieurs fondations américaines de financer jusqu’à 110 millions de dollars sur dix ans pour développer les think tanks dans les pays du Sud souligne bien l'importance de ces institutions pour soutenir les politiques nationales. (Asher et Guilhot)   

Mesure de la contribution et des résultats des sciences sociales

  • La mesure de la contribution à la R&D et des résultats de la R&D (en général comme dans les sciences sociales) est problématique dans tous les pays. Il n'existe absolument aucun processus standard de recueil des données. En définitive, le degré de fiabilité des données est celui déclaré par les agences nationales responsables de ces mesures. (Kahn)
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