La vulnérabilité humaine et l’intégrité personnelle

L’objectif des experts du Comité international de bioéthique (CIB) de l’UNESCO est d’identifier les personnes particulièrement vulnérables et d’inciter les gouvernements et les institutions à faire preuve de la plus grande vigilance quant à leur protection.

Avons-nous tous le même droit de subvenir à nos besoins élémentaires en matière de santé et de bien-être ? Oui, sans aucun doute.

Mais avons-nous tous et toujours la même capacité d’y subvenir ? Il est évident que non.

Pour la simple raison que nous sommes tous à un moment ou à un autre soumis à des conditions qui affectent directement ou indirectement notre capacité à vivre en tant qu’individus libres et autonomes dont la santé et le bien-être sont convenablement pris en charge. Et certaines personnes souffrent plus que d’autres dans ces conditions. Par conséquent, elles sont plus vulnérables.

Prenons l'exemple de ce patient âgé souffrant de diabète qui est finalement décédé alors qu’une amputation de la jambe aurait pu le sauver ; son opération a été plusieurs fois reportée pendant 5 mois, et ce en accord avec une politique enjoignant de discriminer les patients âgés lorsqu’il y a une pénurie de ressources. La condition naturelle de cet homme – son âge – a porté atteinte à son droit de recevoir des soins appropriés au moment nécessaire. Sa vulnérabilité découlait également de son manque de connaissances médicales et d’informations adéquates, qui l'a empêché de défendre ses droits élémentaires et de chercher des solutions alternatives.

Un enfant ou une personne mentalement ou physiquement handicapée a également plus de risques de se retrouver en situation de vulnérabilité puisque sa condition « naturelle » réduit ses capacités à se protéger et à s’occuper de sa santé et de son bien-être, et augmente ses chances d’être exposé à la souffrance.

Pour d’autres personnes, la vulnérabilité peut être liée aux contextes géographique, social ou politique dans lesquels elles vivent. Comme cette jeune femme dont la tumeur cérébrale n’a pas été diagnostiquée suffisamment tôt parce que son assurance ne couvrait pas les IRM. Sa précarité économique, et encore une fois son manque de connaissances et d’expérience dans le domaine médical, l’ont empêchée d’obtenir un diagnostic crucial en temps voulu, affectant ainsi son droit de recevoir les soins appropriés.

Si la vulnérabilité peut ainsi être favorisée dans des circonstances contextuelles particulières, elle est également un élément inhérent à la condition humaine, ce qui veut dire que nous sommes tous amenés à être vulnérables à un moment de notre vie.

L’article 8 de la Déclaration universelle sur la bioéthique et les droits de l’homme, adoptée par l’UNESCO en 2005, est consacré à la vulnérabilité humaine. Les progrès dans le domaine des connaissances scientifiques, des pratiques médicales et des technologies associées ont ouvert la voie à de nouvelles et prometteuses possibilités de protéger le bien-être de la personne. Mais ils ont dans le même temps aussi créé des mécanismes d’exploitation et de dégradation aussi inédits que puissants, qui profitent des vulnérabilités naturelles et contextuelles.

Le débat sur la vulnérabilité humaine devrait parvenir à sensibiliser tous les niveaux de la société et à rappeler à chacun d'entre nous notre obligation fondamentale de veiller les uns sur les autres, et en particulier sur les êtres les plus vulnérables, gardant à l'esprit qu'un jour nous pourrions être l’un de ceux-là.

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