Les implications éthiques de la médecine traditionnelle

La réflexion actuelle sur les pratiques traditionnelles en matière de santé pourrait contribuer à développer des procédures fiables d’un point de vue éthique, qui non seulement respectent les caractéristiques culturelles mais garantissent aussi la sauvegarde et une approche convenable des principes fondamentaux de la bioéthique.

La médecine traditionnelle se caractérise le plus souvent aujourd’hui par une large variété de pratiques divergentes auxquelles il manque un cadre légal et médical solide qui pourrait prévenir les déviations et abus aux conséquences potentiellement dangereuses pour les patients.

Dans le même temps, les pratiques médicales traditionnelles représentent le principal accès aux soins pour les habitants de nombreux pays, et dans certains d'entre eux, ou dans des zones rurales et isolées, parfois le seul et unique. Dans ces cas-là, les praticiens de médecine traditionnelle sont largement disponibles et dispensent aux malades des soins médicaux facilement accessibles, culturellement acceptables, bon marché et qui prennent en compte tous les paramètres.

Ces soins se sont révélés efficaces pour traiter des maladies telles que le VIH et le sida, la malaria et d’autres maladies parasitaires, ainsi que certaines maladies chroniques ou liées au mode de vie. D’un autre côté, les soins médicaux traditionnels peuvent être préjudiciables s’ils sont dispensés de manière inadéquate ou incontrôlée. Il en va ainsi de la médecine à base de plantes dont le pouvoir est souvent sous-estimé et méconnu, ou des pratiques vers lesquelles les patients se tournent exclusivement sans en considérer les limites.

Compte tenu du grand nombre de praticiens actifs à travers le monde et du plus grand nombre encore de patients faisant appel à leurs connaissances, les pratiques médicales traditionnelles soulèvent des questions fondamentales et exigent une réflexion spécifique sur leurs implications éthiques. Elles impliquent une approche différente de la vie, de la mort, de la santé et de la maladie, et une vision différente de la relation médecin-patient, des services de santé et des facteurs de risque.

Les pratiques médicales traditionnelles mettent au défi de trouver une façon de combiner la diversité culturelle et le respect des cultures individuelles avec les obligations médicales et les principes éthiques universellement acceptés tels que le consentement, l’égalité et la dignité.

Ceci implique notamment d’identifier le stade à partir duquel les croyances et les traditions peuvent mettre le patient en danger ou lui nuire, et créer les conditions de sa vulnérabilité. Par exemple, lorsqu’une affection est considérée comme un phénomène surnaturel qui doit être diagnostiqué et traité uniquement par des moyens surnaturels, le patient est directement privé de ses chances de recevoir des soins médicaux appropriés : il/elle n’est pas en mesure de rejeter la réponse culturelle à son mal sans violer des tabous ou menacer son identité sociale ou religieuse et son statut. On touche ici aux principes d’autonomie et de responsabilité individuelle du patient, évoqués dans la Déclaration universelle sur la bioéthique et les droits de l'homme.

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