28.11.2012 - Secteur des sciences sociales et humaines

La vie comme projet technologique : une exigence de responsabilité et d’écologie sociale

Jeunes plants de riz cultivés par culture de tissus © Flickr / IRRI

Sous le titre « Que vaut la vie 2.0 ? », la conférence organisée, ce vendredi 30 novembre 2012, au Siège de l’UNESCO, à Paris, par l’association française Vivagora, l’UNESCO et une vingtaine de partenaires dont plusieurs médias, explorera les impacts éthiques et sociaux sur la vie quotidienne du développement des biotechnologies.

Si les enjeux bioéthiques de l’humain sont bien reconnus, si l’ingénierie génétique ou les nanotechnologies font débat, le champ des nouvelles technologies du vivant – qui intègre en une synthèse innovante les biotechnologies, les nanotechnologies et l’informatique – est rarement envisagé comme un tout.

Les aborder ensemble est tout l’objectif des « Assises du vivant », organisées par Vivagora avec le soutien du programme pour les sciences sociales et humaines de l’UNESCO, à la Maison de l’UNESCO, à Paris, le 30 novembre 2012.

Dans la continuité des travaux de la Commission mondiale d’éthique des connaissances scientifiques et des technologies (COMEST) et en écho à deux récents projets de rapports du Comité international de bioéthique (CIB) sur la médecine traditionnelle et sur les nouveaux risques de discrimination liés aux récents progrès scientifique *, ces « Assises du vivant » conjugueront ainsi prospective, éthique et prise en compte des effets sociaux en matière de biologie de synthèse, de biomimétisme ou encore de bioéconomie post-pétrolière.

Il y sera tout particulièrement question de cohabitation et de solidarité entre vivants, un atelier étant entièrement dédié aux implications de la maîtrise ou de la possession du vivant. Il y sera surtout questions d’enjeux de pouvoir et des défis posés à la communauté internationale face au développement extrêmement rapide des biotechnologies et aux possibilités qu’elles offrent.

La production technologique des vivants n’est en effet pas à proprement parler une nouveauté. Depuis la révolution agricole néolithique, la sélection des espèces transforme profondément l’environnement et les ressorts de la vue humaine. Sans technologies du vivant, pas de blé ni de chien, pas de vache laitière ni de roses.

Il n’empêche : l’accélération des découvertes et les nouvelles dynamiques scientifiques et technologiques qui s’opèrent laissent pressentir non seulement un changement d’échelle et des interventions d’un genre absolument nouveau, mais aussi le risque de voir augmenter les disparités dans les relations de pouvoir entre les riches et les pauvres.

Ouvertes par une séance plénière qui se demandera quel avenir commun est envisageable entre écosystèmes et biotechniques, les « Assises du vivant » se termineront sur une réflexion profondément politique : quelles régulations démocratiques peut-on imaginer et construire de l’usage du vivant ?

Si les nouvelles technologies du vivant suscitent des investissements considérables, c’est qu’elles laissent présager des applications révolutionnaires qui pourraient – selon leurs promoteurs – résoudre nombre des problèmes environnementaux du XXIe siècle. L’expression de « vie 2.0 » est même devenue courante pour désigner, non plus simplement les technologies du vivant, mais la vie elle-même comme projet technologique.

Alors que les matières premières non renouvelables se raréfient, que le réchauffement climatique risque de dépasser les 2°C à la fin du siècle, le capital naturel ou « biomasse » que constituent les forêts, les cultures, les mers et plus généralement tous les organismes vivants, devient une ressource essentielle, et en principe inépuisable – si tant est que nous la ménagions !

Agrocarburants, bioplastiques, produits chimiques « biosourcés » montrent la voie d’une bioéconomie qui miserait sur le vivant. Selon l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), le marché mondial des biotechnologies industrielles pourrait atteindre quelque 300 milliards d'euros par an d’ici 2030, cinq à six fois plus qu'aujourd'hui.

La pression monte pour explorer et extraire les richesses de la biodiversité, accroître les rendements des plantes, produire diverses substances et matériaux dans des végétaux, des animaux et des microorganismes, fabriquer des êtres synthétiques capables de nouvelles fonctions, créer de la viande artificielle… Il s’agit après tout de nourrir 9 milliards à l’horizon 2050, et d’assouvir leurs besoins énergétiques et en matériaux !

Encore faut-il savoir sous le contrôle de qui, au service de qui, et avec quels effets – y compris ceux que personne ne saurait aujourd’hui prévoir.

La course à la biomasse est déjà dominée par les grandes multinationales, qui entendent optimiser les performances des organismes par le génie génétique, l’ingénierie métabolique, la biologie de synthèse, la chimie verte… Comment concilier cette dynamique avec un usage raisonnable et durable des écosystèmes et des vivants terrestres et marins ? Comment assurer un juste partage des bénéfices résultant de ces avancées scientifiques et technologiques ? Comment garantir un contrôle public et démocratique des usages ?

Le risque est grand d’assister à  la concentration des pouvoirs au sein de consortiums « agro-info-énergétiques ». Tout aussi grand est le danger de voir s’amenuiser la sécurité alimentaire et énergétique de populations et de pays entiers privés d’accès à des ressources naturelles, jusqu’alors considérées comme des « biens communs », devant l’accaparement par les droits de propriété et les brevets. Pourtant, des approches scientifiques et techniques, qui misent sur un rapport respectueux avec les écosystèmes et les droits des populations, telles l’agroécologie, l’agroforesterie, l’élaboration de produits « bioinspirés », montrent qu’utiliser durablement les ressources naturelles est possible… et avec de bons rendements.

En tenant ces « Assises du vivant », VivAgora, l’UNESCO et leur vingtaine de partenaires veulent interroger les usages du vivant, leur pertinence et leur soutenabilité. Ils veulent mettre en exergue le défi de la « vie 2.0 », qui est celui d’une bioéconomie responsable et d’une écologie sociale. Le sujet est crucial pour les démocraties, confrontées à d’énormes enjeux écologiques, sanitaires et éthiques, alors qu’une conception forte et partagée du développement durable n’a toujours pas émergée.


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* « Projet de Rapport du CIB sur La médecine traditionnelle et ses implications éthiques [PDF] et Réflexions initiales concernant le principe de non-discrimination et de non-stigmatisation [PDF], présentés durant la 19e session du CIB et sa session conjointe avec le CIGB, UNESCO Paris, France, 11-14 septembre 2012




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