26.01.2012 - Le Courrier de l'UNESCO

Égypte : les enjeux de la transition démocratique

© Flickr - Révolution égyptienne 2011

Un an après la révolution égyptienne, l’heure est au premier bilan. Sans doute trop tôt pour décréter la victoire de la démocratie, mais pas pour se pencher sur les récentes évolutions socio-politiques et économiques et tenter d’anticiper un avenir encore largement incertain. Le 24 janvier 2012, l’UNESCO a ouvert le débat.

Que s’est-il passé depuis le 25 janvier 2011 en Égypte  et dans la région arabe ? Quel est l’impact des révolutions sur les sociétés ? Qu’adviendra-t-il de l’aspiration des peuples à la démocratie ? Ces questions ont été débattues à l’UNESCO par d’éminentes personnalités comme Dominique Baudis, Défenseur des Droits de la France et ancien Président de l’Institut du monde arabe à Paris, Robert Solé, écrivain et journaliste français d’origine égyptienne, François Heisbourg, président de l’Institut international des études stratégiques de Londres (IISS) et Antoine Basbous, directeur de l’Observatoire des pays arabes (OPA). Ils étaient  réunis au Forum UNESCO du futur intitulé « Le printemps arabe – un an après – perspectives égyptiennes ».  

À la métaphore du « printemps », Antoine Basbous, politologue d’origine libanaise, substitue celle du « tsunami », en raison de l’effet dévastateur que les révolutions arabes ont eu sur les régimes autoritaires de la région et des répliques auxquelles il faudrait s’attendre avant que la démocratie ne parvienne à s’installer. « Ces révolutions ont engendré des promesses qu’il faudra désormais tenir. Le premier pas a été fait et c’est un pas de géant. Mais, la démocratie ne s’installera pas automatiquement. Lorsqu’ils étaient dans l’opposition, les partis islamistes avaient pour slogan ‘L’islam, c’est la solution’. Aujourd’hui, ces partis sont au pouvoir. Il faudra faire du ‘réalislamisme’ [ndlr. terme employé par analogie avec la ‘real politik’]. L’heure est venue d’aller au-delà des slogans et de trouver les solutions », déclare le directeur de l’Observatoire des pays arabes (OPA). 

« Il faudrait remplir quatre grandes conditions pour permettre à la transition démocratique en Égypte  de s’enraciner », renchérit François Heisbourg : « Une gouvernance permettant l’ouverture vers le monde et vers les pays voisins, une nouvelle structure des classes sociales, la stabilisation des relations entre la gouvernance démocratique et l’armée, et la gestion de la diversité culturelle et religieuse ». Et François Heisbourg de s’interroger : « Est-ce faisable ? » avant de répondre aussitôt « Bien sûr que oui : tout dépendra de la façon dont jouera le parti des Frères musulmans. Nous en aurons une idée plus précise bientôt, avec la nouvelle Constitution égyptienne ». 

 « Il faudra être très vigilant dans les mois qui viennent », prévient Robert Solé. « Les partis islamistes, qui jusqu’à tout récemment voulaient installer une théocratie, se déclarent aujourd’hui convertis à la démocratie. Il faudra les juger non sur leurs déclarations, très contradictoires, mais sur leurs actes. Quant à l’Occident qui s’était accommodé des régimes autoritaires dans les pays arabes, il ne devrait pas aujourd’hui, au nom d’un autre réalisme, s’accommoder d’un obscurantisme religieux. »

Les principaux acteurs des révolutions arabes – notamment les élites libérales et les jeunes – ont quelques raisons de se sentir aujourd’hui lésés, déçus ou trahis, estiment les spécialistes. La voie qui mène à la démocratie s’avère bien plus longue qu’ils ne l’imaginaient. Mais, comme le souligne la jeune bloggeuse tunisienne Maha Issaoui, « on ne peut pas construire une société démocratique en deux ou trois ans, surtout quand les fondations manquent ». Elle était la première à diffuser sur Facebook des images des affrontements de Sidi Bouzid, sa ville natale. C’était en décembre 2010, au lendemain du suicide de Mohamed Bouzazi, qui avait déclenché la révolution tunisienne.

« Les révolutions arabes de 2011 sont les premières révolutions du 21e siècle en ceci que les armes n’étaient plus du tout les mêmes que celles du siècle dernier : exception faite de la Syrie, la kalachnikov a laissé la place au smartphone », déclare Dominique Baudis. « Autre caractéristique de ces révolutions : elles n’avaient pas de leaders, elles constituaient un mouvement horizontal », poursuit-il, avant de conclure : « sur l’horizontalité de la révolution, il faut construire à présent la verticalité du pouvoir politique ».




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