10.05.2012 - Secteur des sciences sociales et humaines

Inclusion sociale : la dure réalité des jeunes Libanaises

Dr. Hassan R. Hammoud © UNESCO

Spécialiste des politiques sociales dans les Etats arabes, le Dr Hassan R. Hammoud a dirigé une étude pilote sur les obstacles rencontrés par les jeunes Libanaises pour intégrer le marché du travail après leurs études universitaires. Dans cet entretien, accordé à la veille de la présentation des résultats de l’étude lors d’un séminaire organisé par l’UNESCO à Beyrouth, le vendredi 11 mai 2012, le Dr Hammoud revient sur la complexité des difficultés auxquelles sont confrontées les jeunes diplômées libanaises et sur ce que l’UNESCO peut faire pour contribuer à surmonter ces obstacles.

L’étude pilote que vous avez menée révèle que les jeunes Libanaises rencontrent des obstacles très spécifiques au moment d’entrer sur le marché du travail après leurs études universitaires. Quels sont-ils et pourquoi considérez-vous que leur situation est plus complexe que celle des jeunes femmes des autres Etats arabes ?
Les résultats de l’étude pilote sur « La transition entre l’école et le travail pour les jeunes femmes au Liban » jettent une lumière crue sur les obstacles rencontrés par ces jeunes diplômées. Ces obstacles sont de deux ordres. Ils concernent, d’une part, les restrictions familiales sur le choix de leur spécialisation et type de métier et leurs limitations personnelles dans le choix des spécialités étudiées et des compétences universitaires et professionnelles acquises qui ne correspondent pas aux besoins du marché du travail.

D’un autre côté, les jeunes diplômées déplorent l’absence ou l’inadaptation des conseils en matière d’orientation professionnelle, le  manque de canaux formels de recrutement et de pratiques objectives d’embauche, qui reposent fortement sur les relations personnelles et sociales et sur le favoritisme, et le manque d’opportunités de stages et de formations offertes par les universités.
Finalement, leur plus grosse inquiétude concerne le nombre limité d’offres d’emploi qui leur sont destinées et qu’une fois pourvus ces emplois ne correspondent pas à leurs attentes.

Dans  leur recherche d’emploi, les jeunes diplômées d’université semblent rencontrer des difficultés similaires, mais plus complexes que leurs homologues d’autres Etats arabes. Elles sont plus nombreuses que leurs condisciples masculins, ont des attentes professionnelles supérieures et dépendent plus du secteur privé pour trouver un travail. En conséquence, au vu des obstacles rencontrés, leurs chances de faire partie de la population active dans leur pays semblent minces.

Quelle est la principale revendication des jeunes diplômées libanaises ?
Certaines d’entre elles regrettent de ne pas avoir les compétences requises sur le marché du travail, de ne pas avoir eu la possibilité d’acquérir une expérience pratique à l’université, et, pour celles qui travaillent, de ne pas être satisfaites des opportunités offertes par leur activité professionnelle en termes de développement personnel et de carrière.

Comment des organisations comme l’UNESCO peuvent-elles les aider à surmonter ces obstacles ?
L’UNESCO et d’autres organisations du même type peuvent fournir des conseils techniques et proposer des recommandations au gouvernement, aux ministères concernés, aux universités et aux employeurs, ainsi qu’aux jeunes étudiantes, sur les moyens les plus appropriés de faciliter la transition entre l’école et le travail et, donc, de capitaliser et développer l’utilisation des ressources humaines disponibles dans le pays.

Que peuvent faire les jeunes hommes libanais pour aider les jeunes femmes à intégrer plus facilement le marché du travail ?
De mon point de vue, certaines des difficultés rencontrées par les jeunes diplômées sont aussi dues à des stéréotypes féminin-masculin, des attitudes et comportements négatifs les uns envers les autres. Les hommes et les femmes doivent donc commencer à croire qu’ils ont un potentiel et des capacités équivalents et sont en droit d’avoir les mêmes chances et opportunités de se réaliser sur un pied d’égalité.

Quelles sont les principales recommandations de votre étude en direction des décideurs politiques afin de faciliter l'inclusion sociale des jeunes femmes au Liban?
Certaines des recommandations de l'étude appellent les décideurs à adopter et appliquer des lois et une législation appropriées pour protéger les femmes contre les discriminations et les abus, en plus de prendre les mesures nécessaires pour réformer certains aspects du système éducatif qui pourraient faciliter les choix des jeunes femmes de se lancer dans des emplois et des carrières non-traditionnels. En outre, afin de faciliter la transition école-travail des jeunes femmes diplômées, il y a un besoin urgent d'intégrer cette question à la stratégie de développement national sur le renforcement des capacités du capital humain du pays, et de l'intégrer dans tous les plans d’action et les politiques sociales et économiques sur l'autonomisation des jeunes. Une telle tâche nécessite cependant une coopération entre les différentes parties prenantes et les autorités responsables du développement des ressources humaines à tous les niveaux et dans divers secteurs.

Propos recueillis par Seiko Sugita et Cathy Bruno-Capvert




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