Codes de conduite - trois dimensions majeures

Le serment d’Hippocrate est fréquemment cité comme modèle possible d’autres initiatives en vue de l’élaboration et de la mise en œuvre de codes de conduite pour les scientifiques en général et pour les scientifiques travaillant dans des domaines particuliers.

Le Conseil international pour la science (CIUS) montre dans Standards for Ethics and Responsibility in Science: an Empirical Study que, pour élaborer un code de conduite pour les sciences, il est nécessaire de prêter attention à au moins trois aspects :

  1. Forme. Il n’est pas sans intérêt de noter d’abord que les normes et codes existants se présentent sous des formes différentes. Les matériaux recueillis ont donc été classés en 15 catégories (serment, engagement, code, lignes directrices, déclaration, principes, appel, recommandation, manifeste, mandat, résolution, convention, charte, loi, autres). Cinq groupes ont ensuite été constitués sur la base d’une certaine ressemblance entre les textes : le « groupe des engagements » (serments, engagements), le « groupe des lignes directrices » (codes, lignes directrices et principes), le « groupe des déclarations » (appels, recommandations, manifestes, mandats, déclarations et résolutions), le « groupe des textes légaux » (conventions, chartes et lois), en regroupant les textes restants dans une catégorie de « textes divers ».

    Il convient aussi de noter que les serments et engagements sont assez peu nombreux parmi les textes examinés (six en tout). Ce nombre peu élevé est certainement dû au fait qu’un serment ou un engagement est considéré comme présentant un caractère plus contraignant que de simples lignes directrices, ce qui rend aussi plus difficile de parvenir à un accord sur un texte de ce type.
  2. Valeurs. Dans son analyse, le CIUS a aussi cherché à identifier quelques-uns des traits essentiels (ou vertus) que l’on trouve mentionnés dans les normes et les codes. Les qualités individuelles qui y figurent le plus fréquemment sont : l’honnêteté, l’ouverture, l’équité, la véracité, l’exactitude, la conscience, le respect, la coopération et la loyauté.

    Outre le comportement attendu des individus, l’analyse a isolé un certain nombre de valeurs ou d’objectifs devant être soutenus par l’ensemble de la communauté scientifique. La responsabilité sociale, la responsabilité environnementale, le développement durable, le développement socioéconomique, le bien-être social, l’équité socioéconomique, l’égalité entre les sexes, la liberté scientifique, la paix, le développement démocratique et les droits de l’homme sont parmi les plus fréquemment cités.
  3. Fonction. Une troisième caractéristique des codes de conduite examinés est que, comme le serment d’Hippocrate, ils cherchent à promouvoir la moralité interne de la science afin de soutenir et renforcer la valeur sociale de la science. Comme le déclare l’un des auteurs de l’étude du CIUS, « lorsque l’on cherche à clarifier ces questions, l’éthique apparaît comme un lieu de dialogue entre la science et la société ». C’est pourquoi « les normes éthiques remplissent une fonction importante » ; en effet, « même si l’on peut douter de leur efficacité pour prévenir les fautes professionnelles, elles fournissent néanmoins une orientation ou un cadre de clarification, en particulier pour les jeunes scientifiques ». Dans ces conditions, « un serment ou un engagement scientifique (…) exprimerait l’adhésion d’un individu à des normes [éthiques] au moyen d’un acte public et aurait donc une double fonction : à l’égard de l’individu prenant un tel engagement et à l’égard du public pour lequel cet acte constituerait un point de référence normatif. Toutefois, en l’absence d’une discussion dynamique et d’un renouvellement continu des codes d’éthique ou des lignes directrices sur les questions d’éthique scientifique, un tel serment ou engagement court le risque de devenir une simple formalité, vidée de tout contenu véritable ».
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