Codes de conduite - l’éthique de la science dans une perspective plus large

Dans une perspective à plus long terme, l’examen de l’opportunité d’un code de conduite représente un exemple de travail exploratoire dans le domaine plus général de l’éthique des sciences.

La relation réciproque entre science, société et valeurs est au cœur de la réflexion philosophique sur l’éthique. Différentes philosophies des sciences ont influencé la manière dont est conceptualisée cette relation. Il serait intéressant, par exemple, d’examiner la pertinence aujourd’hui de l’universalisme, qui a joué un rôle déterminant dans le développement des sciences à l’université (Bernal, Merton et l’insistance sur le caractère universel de la communauté scientifique ou sur l’idée de la science comme profession cherchant à promouvoir des valeurs fondamentales). La science ne bénéficie plus d’une confiance aussi forte et la ligne de partage entre la science et d’autres activités s’est estompée. La science est aussi aujourd’hui conçue comme une entreprise commerciale, ou tout au moins étroitement liée à des activités commerciales ou de création d’entreprise. Dans une optique plus radicale, la science est également conçue comme une activité fondée sur la rivalité et la concurrence (Latour : la guerre des sciences).

Étant donné l’incertitude qui pèse sur les valeurs fondamentales en jeu dans l’activité scientifique, on se trouve devant un paradoxe : le besoin d’un code de conduite se fait sentir de façon croissante, mais ce qu’un tel code devrait impliquer n’apparaît pas de façon suffisamment claire. L’élaboration d’un code ne peut donc se limiter à recenser les valeurs intrinsèques à la science, elle doit aussi constituer un processus de négociation en vue d’établir de nouvelles relations de confiance avec la société. Les valeurs fondamentales de la science doivent au minimum être liées aux idées de responsabilité et d’imputabilité sociales. L’évolution en ce domaine reflète les changements intervenus dans l’histoire récente de la bioéthique : la nécessité, par exemple, pour les codes de conduite en matière de santé non seulement d’exprimer les valeurs fondamentales des professionnels mais aussi de prendre en compte le point de vue des patients.

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