Forum international sur les interfaces entre politiques et sciences sociales (IFSP)

Une déclaration largement discutée

Le Comité de pilotage du Forum international sur les interfaces entre politiques et sciences sociales a proposé qu’à l’issue du Forum soit adoptée une Déclaration finale.

Afin que cette déclaration reflète les attentes de tous les publics concernés, il a souhaité qu’elle soit largement discutée. Un projet de texte a donc été mis en ligne le 21 novembre 2005. Avant et pendant le Forum, celui-ci a été largement amendé.



Déclaration - TEXTE FINAL

Déclaration de Buenos Aires
en faveur d’une nouvelle approche des interfaces entre politiques et sciences sociales


Nous, participants au Forum international sur les interfaces entre politiques et sciences sociales, qui a rassemblé pour la première fois des spécialistes des sciences sociales et des décideurs venus de plus de 80 pays de toutes les régions du monde, ainsi que des représentants d’organismes des Nations Unies, d’universités, de gouvernements et de tout l’éventail des interventions scientifiques et politiques, réunis lors de la séance plénière de clôture, à Buenos Aires, le 24 février 2006, après quatre jours de débats organisés dans les villes de Buenos Aires, Rosario, Córdoba et Montevideo.

Nous inspirant de la Déclaration de Copenhague sur le développement social, adoptée en 1995, ainsi que de la Déclaration du Millénaire adoptée par l’Organisation des Nations Unies, du Document final du Sommet mondial de 2005, et des rapports de référence sur le développement humain, le développement mondial et les inégalités établis par les organismes des Nations Unies et par la Commission mondiale sur la dimension sociale de la mondialisation.

Prenant note de ce qu’exigent de la recherche en sciences sociales aussi bien les objectifs de développement social définis par la communauté internationale que l’impulsion donnée par les documents et initiatives précités.

Prenant en considération
la Déclaration de Budapest sur la science et l’utilisation du savoir scientifique, qui souligne la nécessité de renforcer le dialogue entre science et société, ainsi que les Déclarations de Lisbonne et de Vienne sur les sciences sociales, qui soulignent la contribution indispensable des sciences sociales aux objectifs de développement social définis par la communauté internationale.

Considérant
les multiples rapports des Nations Unies qui ont mis en évidence la forte croissance des inégalités au sein de chacun des pays et entre eux, et très préoccupés de ce que la portée universelle des droits humains, de la dignité humaine, de la justice soit, dans bien des cas, érodée sous la pression des transformations sociales et économiques contemporaines.

Partant du principe que les Objectifs du Millénaire pour le développement et d’autres objectifs de développement convenus au niveau international, expressions ambitieuses d’une éthique rénovée, constituent aussi le socle minimal compatible avec les valeurs proclamées de la communauté internationale, et affirmant que l’absence d’avancées sérieuses vers la réalisation de ces objectifs aurait des coûts énormes en vies humaines comme en matière de qualité de la vie et de développement social.

Convaincus que, pour relever les défis des Objectifs du Millénaire pour le développement, on ne saurait se passer de vision morale et de volonté politique, et que pour y parvenir, il est nécessaire de disposer de savoirs nouveaux déployés de manière innovante tout en utilisant mieux les savoirs qui existent et que, à cet égard, les sciences sociales ont une contribution essentielle à apporter à la formulation des politiques de développement.

Constatant que le bien-être humain, le développement social et économique, la réalisation de la cohésion sociale et la consolidation de la gouvernance démocratique exigent des réponses à la faim et à la pauvreté, au défaut d’éducation, à la mauvaise santé et à la dégradation de l’environnement, qui sont les cinq domaines auxquels se rapportent les huit Objectifs du Millénaire pour le développement. Aucun de ces domaines ne relève exclusivement des sciences sociales, mais sans celles-ci, aucun n’est pleinement intelligible ou accessible à l’action.

Affirmant ainsi notre conviction qu’un meilleur usage de sciences sociales rigoureuses peut conduire à des politiques plus efficaces et que, pour ce faire, il faut renforcer les liens entre sciences sociales et politiques en faveur du développement social et économique. Car les connaissances que cherchent les sciences sociales sont précisément celles dont l’action publique a besoin. Le monde a besoin de nouvelles formes d’interaction entre sciences sociales et action publique - et d’espaces innovants qui les rendent possibles.

Nous félicitant
de l’initiative par laquelle l’UNESCO, le Gouvernement argentin et le Gouvernement uruguayen ont impulsé le processus qui a conduit au Forum international sur les interfaces entre politiques et sciences sociales, c’est au vu de ces préoccupations urgentes que nous formulons les recommandations suivantes et les portons à l’attention de la communauté internationale :

  1. Nous encourageons fortement l’UNESCO à renforcer cette initiative et à favoriser des initiatives similaires aux niveaux international et régional, à l’invitation de ses États membres et en coopération avec les autres organismes, fonds et programmes des Nations Unies.
  2. Nous appelons l’UNESCO, dans le cadre du programme « Gestion des transformations sociales » (MOST) et en étroite coopération avec les autres organisations, instituts, fonds et programmes du système des Nations Unies, à étudier les moyens de renforcer les synergies et les complémentarités entre les différents programmes de recherche finalisée en sciences sociales qui existent actuellement dans l’ensemble du système des Nations Unies, d’une part, et dans les organisations internationales de sciences sociales et les sociétés civiles, d’autre part.
  3. Dans le respect de l’autonomie de la recherche en sciences sociales, nous encourageons la création de nouveaux réseaux qui rassemblent décideurs, chercheurs, organisations non gouvernementales et associations de terrain autour de leur souci commun des exigences urgentes du développement social et économique.
  4. Nous rappelons l’existence de forums des ministres du développement social aux niveaux régional et sous-régional dans les pays en développement et suggérons que soient créées et consolidées des interfaces permanentes entre ces forums et les réseaux susmentionnés.
  5. Nous suggérons donc que se tienne régulièrement le Forum international sur les interfaces entre politiques et sciences sociales, également appelé Processus de Buenos Aires, afin de formaliser et de promouvoir l’articulation au niveau international entre les deux genres de réseau.
  6. Nous appelons les organisations régionales, dont le MERCOSUR, en association avec les chercheurs en sciences sociales et avec les sociétés civiles, à donner davantage d’ampleur aux dimensions sociales de l’intégration régionale, et appelons les Nations Unies à favoriser le dialogue interrégional sur les politiques sociales régionales.
  7. Nous appelons les programmes de financement existants, notamment les organismes d’aide au développement et les banques de développement régionales et multilatérales, à participer à ces nouveaux espaces de dialogue.
  8. Nous appelons également les organismes de financement nationaux, régionaux et des Nations Unies à mettre un accent particulier dans leur programmation sur le développement et sur le renforcement des capacités de recherche en sciences sociales dans les pays en développement, en portant à l’Afrique une attention particulière, et à financer des recherches en sciences sociales pertinentes pour l’action publique.
  9. Nous appelons en outre les gouvernements à soutenir la recherche en sciences sociales et à s’appuyer sur les données issues de cette recherche pour la formulation de leurs politiques sociales et économiques.
  10. Nous soulignons que la mise en oeuvre de ces recommandations exige non seulement des mécanismes pertinents de financement mais aussi des structures institutionnelles appropriées, qui soutiennent à la fois les capacités de recherche et la diffusion des résultats des sciences sociales. Nous invitons à oeuvrer dans ce sens toutes les communautés universitaires, les sociétés civiles, les organisations non gouvernementales, les gouvernements, les organismes des Nations Unies, les organismes de financement et tous les autres acteurs concernés.
  11. Nous appelons tous les organismes nationaux et des Nations Unies participant au Forum à assurer la diffusion de la présente déclaration et des travaux du Forum auprès de toutes les parties susceptibles de contribuer à la mise en oeuvre des présentes recommandations.

Nous tenons enfin à remercier de leur contribution majeure au succès du Forum et de leur chaleureuse hospitalité les Gouvernements argentin et uruguayen, ainsi que les villes et les universités de Buenos Aires, de Montevideo, de Rosario et de Córdoba. Nous exprimons notre gratitude aux différentes organisations qui ont contribué à cet effort, en particulier à l’UNRISD, au Département des affaires économiques et sociales de l’ONU, à l’OIT, à la Banque mondiale, à l’UNU-CRIS, au Conseil international des sciences sociales et aux réseaux régionaux de sciences sociales.

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