25.06.2010 - UNESCOPRESS

Sciences sociales : le Rapport mondial 2010 constate la progression des pays émergents

Les sciences sociales, longtemps dominées exclusivement par les universités occidentales, gagnent du terrain en Asie et en Amérique latine, d’après un rapport du Conseil international des sciences sociales (CISS) publié conjointement par l’UNESCO. Intitulé « Les fractures du savoir », celui-ci procède à un état des lieux mondial de ces disciplines.

Selon cette étude, l’Amérique du Nord et l’Europe représentent encore 75% des revues spécialisées publiées dans le monde, 85% étant publiées partiellement ou totalement en anglais. Un quart d’entre elles sont publiées aux Etats-Unis, les disciplines faisant l’objet du plus grand nombre de publications dans le monde étant l’économie et la psychologie. Les deux tiers des revues en sciences sociales publiées dans le monde le sont aux Etats-Unis, au Royaume-Uni, aux Pays-Bas et en Allemagne.

Le rapport de l’UNESCO et du CISS relève en outre des évolutions contrastées dans les différentes régions du monde. Les sciences sociales se développent dans des pays comme la Chine, l’Inde et le Brésil. Ainsi, dans ce dernier pays, le nombre de chercheurs en sciences sociales a pratiquement triplé ces dix dernières années. En Chine, le budget des sciences sociales et humaines augmente de 15 à 20% par an depuis 2003.

Malgré ce déséquilibre, les auteurs constatent que la plus forte croissance du nombre d’articles publiés est enregistrée en Amérique latine et en Europe. En revanche, la Fédération de Russie et la Communauté des Etats indépendants ont subi un fort recul depuis la disparition de l’Union soviétique, à commencer par la diminution du nombre de chercheurs, sans parler de leur vieillissement, les universités russes peinant à attirer de nouveaux talents. En Afrique subsaharienne, les trois quarts des publications dans le domaine des sciences sociales émanent de quelques universités situées principalement dans trois pays, l’Afrique du Sud, le Kenya et le Nigeria.

Cette situation s’explique en partie par la fuite des cerveaux, même si l’Afrique n’est pas la seule concernée, tant s’en faut. Les auteurs constatent ainsi qu’un docteur en économie sur trois et près d’un docteur en sciences sociales sur cinq travaillant aux Etats-Unis est né à l’étranger.

 « Comme ce rapport le montre, c’est souvent dans les régions du monde qui en ont le plus besoin que les connaissances en sciences sociales sont le moins développées », constate la Directrice générale de l’UNESCO, Irina Bokova, dans l’avant-propos du rapport. « Les travaux en sciences sociales y sont aussi moins importants à cause du parti pris en faveur de l’anglais et des pays anglophones industrialisés. Il s’agit d’une occasion manquée d’explorer des perspectives et des paradigmes ancrés dans d’autres traditions culturelles et linguistiques. »

Or, constatent les auteurs, le monde a plus que jamais besoin des sciences sociales pour faire face aux grands défis auxquels l’humanité est confrontée, qu’il s’agisse de la pauvreté, des épidémies, voire du changement climatique. En raison même des disparités dans les capacités des Etats en matière de recherche, les sciences sociales ne répondent pas à ces défis autant qu’elles le devraient. Plusieurs centaines de spécialistes en sciences sociales du monde entier ont apporté leur expertise à la publication. Gudmund Hernes, Président du CISS, François Héran, Directeur de recherche à l’Institut national des études démographiques (INED, France), Adebayo Olukoshi, Directeur de l’Institut africain de développement économique et de planification (IDEP) des Nations Unies, et Hebe Vessuri, Directeur de l’Institut vénézuélien de recherche scientifique (IVIC), figurent parmi les experts qui ont présenté le Rapport lors de son lancement.

« Les sciences sociales sont devenues vraiment planétaires dans la mesure où elles sont enseignées pratiquement partout et où les résultats de leurs recherches sont largement diffusés », constate Gudmund Hernes, Président du CISS. Il constate néanmoins qu’elles ont été souvent critiquées pour leur incapacité à prévoir des événements majeurs tels que la chute du mur de Berlin en 1989 ou la crise financière de 2008. Mais pour lui, « si le monde entend faire face aux défis présents et à venir, il a besoin de manière vitale de plus de sciences sociales et de meilleure qualité, ce qui implique de comprendre comment fonctionne le monde et de quelle manière les hommes interagissent ».

Au-delà donc des progrès et des manques constatés, Irina Bokova affirme que « le rapport réaffirme l’engagement de l’UNESCO en faveur des sciences sociales ainsi que notre désir de fixer un nouvel ordre du jour mondial afin de les faire progresser en tant qu’outil inestimable pour le progrès des objectifs de développement fixés sur le plan international ».

Plus d'information sur le rapport

 




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