23.10.2012 - Secteur des sciences sociales et humaines

Entretien avec Atilio Borón, Prix José Marti 2009 : « En Amérique latine, 3 défis majeurs appellent des mesures concrètes. »

© Atilio Borón / D.R.

Dans un entretien donné à SHSregards (n°25, juillet-septembre 2009), le politologue argentin Atilio Borón, ancien Secrétaire exécutif du Conseil des sciences sociales pour l’Amérique latine et les Caraïbes (CLACSO), et le lauréat du Prix UNESCO-José Marti 2009, explique quels sont les défis de l’Amérique latine auxquels les sciences sociales peuvent contribuer à apporter des réponses, dans le contexte de la crise internationale.

« Actuellement, l’Amérique latine doit faire face à trois défis majeurs qui appellent la mise en oeuvre de mesures concrètes. Le premier d’entre eux est directement lié à la crise économique et à la gestion de ses conséquences. En l’occurrence, il convient de s’assurer que les coûts de la crise internationale actuelle ne seront pas à la charge des catégories les plus pauvres et vulnérables de nos sociétés, et qui sont les victimes traditionnelles des politiques d’ajustement mises en oeuvre pour faire face aux conséquences des crises économiques.

Le second défi consiste à améliorer, de manière substantielle, le fonctionnement de nos régimes démocratiques, en assurant la provision universelle des biens et des services, tels que l’éducation, la santé, le logement, la sécurité sociale, et même les loisirs. Relever ce défi est d’autant plus nécessaire si l’on veut tenir la promesse de la démocratie et éviter que les frustrations, liées aux attentes que cette promesse génère, ne favorisent, en Amérique latine, l’instauration de régimes autoritaires.

Enfin, le troisième défi est de poser des limites strictes aux processus de marchandisation de l’environnement à l’origine des dégâts écologiques qui affectent aujourd’hui l’Amérique latine. L’extraction minière à ciel ouvert, la destruction des ressources naturelles, l’usage irrationnel de l’eau, la contamination des rivières et des nappes souterraines, ou encore le développement croissant des monocultures afin de produire des agro-combustibles, sont autant de facteurs qui, s’ils ne sont pas neutralisés, pourraient produire un véritable « holocauste écologique ». Il est d’autant plus urgent d’agir dans ce domaine que la moitié de la biodiversité et de l’eau potable de la planète se trouve concentrée dans cette région du monde.

Il est nécessaire que non seulement tous les gouvernements d’Amérique latine, mais également tous les gouvernements des pays industrialisés, s’engagent sur ces trois fronts de manière concrète. »

Propos recueillis par Coraline Bardinat




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