14.05.2012 - Secteur des sciences sociales et humaines

L’éducation à l’éthique : un enjeu de coopération internationale

Henk ten Have © UNESCO

Membre fondateur de l’Association internationale pour l’éthique dans l’éducation (IAEE), créée en 2011 avec le soutien de l’UNESCO, Henk ten Have souligne l’importance de développer l’échange d’expériences pour renforcer la qualité de l’éducation à l’éthique dans toutes les régions du monde. Pour celui qui dirigea, durant 7 ans (2003-2010), la Division de l’éthique des sciences et des technologies à l’UNESCO, le succès de la 1re conférence de l’IAEE, qui s’est tenue à Pittsburg (États-Unis d’Amérique), du 1er au 3 mai 2012, est révélateur du besoin d’encourager, partout, l’éducation à l’éthique comme une question académique sérieuse, afin de permettre à toutes les populations de répondre aux défis posés par les avancées scientifiques.

Pourquoi la création d’une association internationale pour l’éthique dans l’éducation  était-elle importante alors que les experts peuvent déjà trouver un grand nombre d’information sur internet et partager leur expérience à travers les réseaux sociaux?

Il est vrai que des informations sont en effet déjà disponibles mais elles proviennent de programmes des pays développés et sont quasiment exclusivement en anglais. Par ailleurs, il n’existait aucune plateforme d’échange d’informations et d’expériences sur l’éducation à l’éthique au niveau mondial.

Les questions éthiques soulevées par les progrès scientifiques se multiplient pourtant aussi vite que ces progrès sont accomplis. Et comment imaginer renforcer l’éducation à l’éthique dans tous pays sans que les spécialistes de ces questions ne commencent par partager leurs connaissances et leurs pratiques ?

En tant que Directeur de la Division de l’éthique des sciences et des technologies à l’UNESCO de 2003 à 2010, j’ai pu constater une demande croissante dans ce domaine à commencer par celle des gouvernements eux-mêmes, puisque c’est à l’initiative des États membres de l’UNESCO qu’un programme mondial d’éducation à l’éthique a été créé en 2004.

A travers ce programme, des efforts ont été conduits pour identifier les enseignants et les programmes, particulièrement en Afrique et dans la région arabe. Des réunions régionales ont été organisées avec des enseignants de différents pays, qui étaient souvent les premières fois où des professeurs d’éthiques se rencontraient et pouvaient comparer et analyser leurs programmes d’enseignement.

Dès ce moment-là, j’ai senti le besoin d’une plateforme plus permanente sur le plan académique, qui ne soit pas seulement réellement mondiale mais qui puisse également promouvoir l’éducation à l’éthique comme une question académique sérieuse, ouverte à la recherche et aux publications de manière à améliorer la qualité de l’éducation à l’éthique partout dans le monde.

Qu’attendiez-vous de la Conférence de Pittsburg?

Nous espérions que cette conférence crée une certaine dynamique, en réunissant des formateurs à l’éthique issus de nombreux pays différents, en les rendant enthousiastes pour leur propre enseignement, et en suscitant leur envie d’apprendre comment améliorer et diversifier leurs manières d’enseignement grâce à de nouvelles idées. De ce point de vue, cette première conférence fut véritablement un succès.

Elle a réuni plus de 200 participants de 33 pays différents qui ont réalisé 125 présentations. Un grand nombre étaient originaires des États-Unis d’Amérique et du Canada mais toutes les régions du monde étaient représentées à travers des intervenants venus de pays tels que l’Arabie Saoudite, l’Australie, le Botswana, le Brésil, la Chine, l’Espagne, la Fédération de Russie, l’Inde, Israël, l’Italie, le Japon, le Kenya, la Lituanie, le Malawi, le Nigéria, la Norvège, le Pakistan, le Panama, les Pays-Bas, le Qatar, la République dominicaine, la Roumanie, Singapore, la Suède, la Suisse, la Tunisie ou encore la Turquie.

Beaucoup de participants ont reconnu que c'était la première fois qu’ils rencontraient  tant de collègues venus de tant de pays. Cela leur a donné de nouvelles idées et inspirations. Cela a également encouragé une approche plus savante de l'éducation à l’éthique, stimulant la recherche et valorisant la publication des expériences.

Quelles sont les principales actions que votre association entend mettre en œuvre dans les prochains mois?

Les membres de l’association ont décidé d’organiser deux prochaines conférences internationales, l’une en Turquie en 2014 et l’autre au Brésil en 2015. D’ici là, notre première priorité sera la création d’un site web interactif qui nous permettra de partager informations et expériences et qui, tout naturellement, renverra sur le site web de l’UNESCO afin que nos visiteurs puissent accéder aux différentes bases de données de l’Observatoire mondial d’éthique (GEObs) ainsi qu’au matériel d’enseignement produit par l’Organisation tel que le « Cours de base en bioéthique ».

Propos recueillis par Cathy Bruno-Capvert




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