13.04.2012 - Secteur des sciences sociales et humaines

« La Charte africaine de la Jeunesse est la première réponse légale à l’autonomisation des jeunes en Afrique » - Entretien avec Raymonde Agossou

Dr Raymonde Agossou © D.R.

A l’occasion de la réunion du Conseil des chefs de secrétariat des organismes des Nations Unies à Genève (Suisse) du 13 au 14 avril, qui abordera entre autres le thème « La jeunesse et le développement durable », Dr Raymonde Agossou, Chef de la Division pour le développement des ressources humaines et de la jeunesse de la Commission de l’Union africaine, explique l’importance de la Charte africaine de la jeunesse et comment les organisations de la jeunesse peuvent aider à promouvoir sa ratification et sa mise en œuvre sur le continent africain.

Qu’est-ce que la Charte africaine de la jeunesse ? Comment et pourquoi a-t-elle été développée ?

Tenant compte des droits, des libertés et des devoirs de la jeunesse africaine, la Charte africaine de la jeunesse est le premier cadre légal institué en Afrique par les acteurs impliqués dans le domaine de la jeunesse, qui soutient les politiques nationales, les programmes et les actions en faveur du développement de la jeunesse. Le document a été adopté par des Chefs d’État et des gouvernements, qui ont recommandé sa ratification et sa mise en application.

La nécessité de développer une telle Charte avait été soulignée dans le Plan stratégique de l’Union africaine 2004-2007 afin d’assurer que les questions concernant la jeunesse soient intégrées dans un cadre légal et considérées avec toute l’attention qu’elles méritent. Le processus de rédaction a eu lieu entre septembre 2005 et mai 2006 par le biais d’une approche très interactive engageant à la fois des dirigeants de la jeunesse africaine, des experts ministériels dans le domaine de la jeunesse, des ministres de la Jeunesse, différents partenaires et autres parties intéressées. Le processus a été finalisé par l’adoption du document par les Chefs d’État et de gouvernements africains, le 2 juillet 2006 à Banjul, en Gambie.

La Charte africaine de la jeunesse est venue comme une réponse institutionnelle et légale au développement et à l’autonomisation de la jeunesse en Afrique.

Que peut faire la Charte pour les jeunes ? Comment peut-elle changer leur situation ?

Le rôle de la Charte est clairement de :

  • faciliter l’institutionnalisation de la participation de la jeunesse aux débats politiques, à la prise de décisions et aux processus de développement au niveau national, régional et continental, sur une base régulière et légale, pour obtenir une contribution positive et constructive ;
  • contribuer à la consolidation de programmes de renforcement des capacités des jeunes dirigeants en Afrique ;
  • ouvrir des possibilités de dialogue et plus d’opportunités d’échange sur des questions liées au développement de la jeunesse et faciliter la mise en œuvre d’actions pertinentes pour améliorer la situation à travers l’éducation, la formation et le développement des compétences.

La Charte traite, entre autres, des domaines suivants pour obtenir le changement à travers des actions concrètes et majeures :

  • L’éducation et le développement des compétences ;
  • L’emploi et les moyens d'existence durables ;
  • Le « leadership » des jeunes et leur participation ;
  • La santé et le bien-être ;
  • La paix et la sécurité ;
  • La protection environnementale ;
  • Les valeurs culturelles et morales.

Combien d’États membres ont ratifié la Charte à ce jour ? Pouvez-vous donner des exemples d’actions concrètes de mise en application de la Charte par des États membres ?

  • Vingt-huit pays africains ont ratifié la Charte depuis le 13 juillet 2011.
  • Depuis janvier 2012, deux autres pays l’ont ratifiée et doivent encore déposer leur instrument de ratification respectif auprès du Bureau légal de la CUA afin de pouvoir être pris en compte (Tanzanie et République centrafricaine).
  • Trente-neuf pays africains l’ont signée.
  • La Charte africaine de la jeunesse est entrée en vigueur le 8 août 2009.

Plusieurs de ces pays la mettent en application à travers :

  • la mise en place de politique et de programme nationaux pour la jeunesse ;
  • l’amélioration de la participation des jeunes aux activités de développement, aux affaires politiques et aux processus de décision ;
  • le développement de meilleures stratégies pour l’emploi des jeunes ;
  • la mise en place d’un fonds spécial pour le renforcement des capacités des jeunes ;
  • un soutien financier et une allocation de crédits pour le développement de projets, etc.

Que peuvent faire les organisations de jeunesse afin de promouvoir la ratification et la mise en application de la Charte dans leur pays et dans leurs communautés ?

Parmi beaucoup d’autres choses, les jeunes dirigeants et les organisations de jeunesse peuvent faire les choses suivantes :

  1. Contribuer à diffuser et à faire connaître la Charte, et travailler avec les ministères de la Jeunesse pour promouvoir une meilleure compréhension du contenu de la Charte parmi les jeunes à tous les niveaux (dans les écoles, les ateliers, à l’église, etc.) en particulier par le biais de :
    • sa traduction dans les langues locales et sa large distribution ;
    • l’organisation d’ateliers et de réunions avec des publics spécifiques pour faciliter la diffusion de la Charte ;
    • l’organisation d’activités et de festivals, au niveau national, pour le « lancement » de la Charte en impliquant les médias ;
    • la mise en place de sessions de communication et d’information dans les écoles et les universités pour les étudiants et le corps enseignant ;
    • des rassemblements publics, des compétitions et des marches pour informer et agir au niveau d’un pays dans son ensemble ;
    • l’organisation de réunions de sensibilisation avec des fonctionnaires et des décideurs politiques.
  2. Travailler avec des parlementaires, en particulier avec ceux qui sont chargés de l’éducation, du développement de la jeunesse et des domaines liés, afin de préconiser la ratification de la Charte, à travers :
    • des programmes spéciaux avec les médias impliquant des organisations de la jeunesse et les gouvernements ;
    • la célébration de la Journée nationale de la jeunesse africaine et de tout autre événement, ou production, culturel et artistique ;
    • la célébration de l’Année de la jeunesse africaine.
  3. Soutenir le processus post-ratification en prônant la mise en application de la Charte à travers la création, l’amélioration et le renforcement de partenariats avec les secteurs public et privé, la diaspora, les ONG et les institutions internationales.
  4. Appuyer le travail ministériel de rapport sur les progrès accomplis au niveau national, via :
    • des sites web interactifs, des médias sociaux, des supports TIC et des programmes de télévision et de radio ;
    • du matériel de sensibilisation, tel que des posters et des t-shirts.

Tout ceci facilitera l’éducation autour de la Charte, y compris le processus de ratification là où il n’a pas encore eu lieu, ainsi que le processus de mise en place de politiques, de programmes et de plans d’action en faveur du développement de la jeunesse.

Comment concevez-vous la contribution de l’UNESCO à la ratification et la mise en application de la Charte, en coopération avec la Commission de l’Union africaine, ?

L’UNESCO est une des organisations majeures du système des Nations Unies. L’organisation peut travailler très étroitement, d’une part avec les États membres africains sur les questions liées au développement de leurs capacités institutionnelles afin de leur permettre de répondre et de mettre en œuvre efficacement tous les cadres de développement, et d’autre part avec les jeunes dirigeants des organisations de la jeunesse, qui sont en relation avec les gouvernements et la société civile, afin de les aider à renforcer leurs compétences et leur « leadership ».

Le soutien de l’UNESCO contribue aux efforts entrepris par les pays africains pour ratifier et mettre en œuvre la Charte africaine de la jeunesse. En conduisant des actions de sensibilisation dans leurs pays, les jeunes apprécieront le soutien de l’UNESCO, par exemple au niveau de la production de matériel de sensibilisation et de communication, d‘événements médiatiques, d’ateliers pour la diffusion du contenu de la Charte et de la traduction de cette dernière dans les langues locales et véhiculaires.

En outre, l’UNESCO peut également apporter son soutien pour la mise en application de l’article 13 de la Charte :

  • Au niveau du développement de la jeunesse, il faut soutenir le renforcement des capacités de la jeunesse africaine en se servant de l’enseignement et de la formation techniques et professionnels (EFTP), à la fois pour obtenir des progrès rapides, mais également au niveau du développement socio-économique durable. Le Centre international de l'UNESCO pour l'enseignement et la formation techniques et professionnels (UNEVOC) pourrait être un allié important dans ce domaine (expertise et partage d’expériences).
  • L’éducation et la formation des adultes, ainsi que l’apprentissage tout au long de la vie, sont des domaines dont les jeunes pourraient davantage profiter et auxquels ils pourraient contribuer en partenariat avec l’UNESCO-CONFINTEA.

Bien plus encore pourrait être fait au niveau du développement du  « leadership » de la jeunesse.

Propos recueillis par Maria Kypriotou et Petra van Vucht Tijssen




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