10.09.2012 - Secteur des sciences sociales et humaines

« Ce dont nous parlons c'est d'un droit humain fondamental : la santé !», 3 questions… au Président du CIB

© UNESCO -Stefano Semplici - Président du Comité international de bioéthique (CIB)

A la veille de l'ouverture d'une importante réunion à Paris des comités internationaux et intergouvernementaux de bioéthique, le Professeur Stefano Semplici, Président du Comité international de bioéthique (CIB), précise les motivations et les objectifs des deux projets de rapports sur la médecine traditionnelle et le principe de non-discrimination qui seront discutés.

La médecine traditionnelle et ses implications éthique est, de nos jours, l'un des questions les plus importantes et complexes de la bioéthique. Comment l'initiative prise par le CIB de rédiger un rapport sur cette question a-t-elle été préparée, et quel en est l'objectif final?

Une question « complexe », comme vous le précisez à juste titre, exige l'engagement de beaucoup de ressources et de compétences. Des praticiens traditionnels de différentes régions du monde ont été entendus pour présenter leur expérience et 100 instituts de recherche spécialisés à travers le monde ont été sollicités afin de compléter un questionnaire conçu pour collecter des informations. Parallèlement, nous avons travaillé sur la base d'échanges avec les collègues du Comité intergouvernemental de bioéthique et des experts des secteurs de l'UNESCO en charge des sciences naturelles et de la culture, ainsi qu'avec l'OMS.

Cette large coopération était nécessaire pour mettre en lumière non seulement les principales questions traitées, mais également les différentes perspectives et solutions. Nous ne sommes pas simplement en train d'essayer d'établir et de finaliser un rapport. Nous tentons de dessiner le fond conceptuel et éthique d'une discussion qui est probablement destinée à demeurer ouverte.

Cependant, il est important de ne pas oublier le point crucial. Dans la médecine traditionnelle, comme dans chaque type de médecine, la santé est en jeu. Ce dont nous parlons c'est d'un droit humain fondamental : la santé est évidemment essentielle à la vie elle-même, comme le précise l'article 14 de la Déclaration universelle sur la bioéthique et les droits de l'Homme de 2005. C'est à la fois l'origine et la finalité de l'initiative du CIB : l'accès aux soins de santé de qualité est une question centrale du concept de bioéthique développée par le Comité ces années.

Dans ses réflexions sur le principe de non-discrimination et de non-stigmatisation, le CIB a défini 6 principaux domaines de réflexion au sein d'un seul rapport, alors que chacun de ces sujets est un grand problème en soi. Quelle est la raison derrière cette combinaison ?

Le CIB est chargé d'aborder les principales questions éthiques liées au progrès de la médecine, des sciences de la vie et des technologies qui leur sont associées. Et les domaines qui ont été identifiés sont parmi ceux où le rythme sans précédent de ce progrès paraît poser de plus en plus de défis dans une perspective éthique, politique et juridique. Cependant, vous avez parfaitement raison : chacun de ces sujets mériterait une réflexion spécifique.

Ce que nous essayons de faire c'est de mieux définir le principe de non-discrimination et de non-stigmatisation, qui est clairement énoncé dans la Déclaration de 2005, en tant que principe approprié non seulement pour des questions plus traditionnelles relatives à la santé et aux soins, mais également  s'agissant des principaux courants actuels de la recherche scientifique. Cela vise également à fournir un genre « de parapluie conceptuel » pour souligner et amplifier la conscience que les nouvelles découvertes entraînent souvent le risque de discrimination ou de stigmatisation.

Dans un avenir proche, des personnes pourraient être discriminées de façons nouvelles et subtiles, et donc bien plus dangereuses. C'est également pourquoi nous avons besoin de plus d'éducation et de plus de culture, ainsi que plus de sciences.

La pauvreté est généralement considérée comme la raison fondamentale de beaucoup de problèmes sociaux, économiques et politiques à travers  le monde. Comment voyez-vous le principe de non-discrimination et de non-stigmatisation à la lumière de la récente crise économique mondiale?

Le manque de ressources rend tout plus difficile. C'est évident. Là où la pauvreté est généralisée, il est également beaucoup plus facile de découvrir de plus haut niveau d'analphabétisme et une espérance de vie plus courte, pour se rapporter aux éléments clé de l'Index de développement humain.

Plus les inégalités économiques sont profondes, plus les différences d'opportunités réellement disponibles pour les gens sont grandes, de même que la suspicion et la stigmatisation à l'égard de toutes sortes d'« étrangers ».

Néanmoins, c'est précisément en « périodes difficiles » que nous sont appelés à renforcer les liens de solidarité plutôt que l'intérêt personnel. Le fait que les deux premiers principes du Pacte mondial lui-même se réfèrent aux droits humains mérite d'ailleurs d'être mentionné. La réponse à la crise ne peut pas être le retrait derrière le rempart et l'illusoire sécurité des identités distinctes et des anciens et nouveaux privilèges.

Inutile de dire que l'UNESCO a un grand rôle à jouer, afin de mettre en application la stratégie de l'ONU d'une approche basée sur droits humains comme alternative à toutes les formes de discrimination et de stigmatisation...

Propos recueillis par Khaled Abu-Hijleh

* OMS : Organisation mondiale de la Santé




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