31.10.2013 - Secteur des sciences sociales et humaines

Tête à tête … avec Shamla Maharaj lors du 8e Forum des Jeunes de l’UNESCO

Shamla Maharaj (à gauche) aux côtés d’Irina Bokova, Directrice générale de l’UNESCO (à droite) © UNESCO/E. Urbano

Shamla Maharaj, lauréate du Prix du Mérite 2010 pour la contribution de la jeunesse de Trinité et Tobago, est une jeune « leader » qui suscite l’inspiration. Souffrant d’infirmité motrice cérébrale depuis son plus jeune âge, elle est aujourd’hui titulaire d’une licence et d’un master scientifiques, ainsi qu’Ambassadrice sociale de son pays. Invitée à participer au 8e Forum des Jeunes de l’UNESCO, organisé, à Paris, fin octobre 2013, elle y a partagé son expérience lors d’une intervention très émouvante qui a été accueillie par une ovation générale.

Nous l’avons rencontrée afin d’en savoir plus.

Quelles leçons tirez-vous de votre expérience en tant qu’Ambassadrice sociale de votre pays, Trinité et Tobago, qui pourraient servir aux personnes se trouvant dans une situation semblable à travers le monde ?

J’ai été nommée Ambassadrice sociale par le ministère du Peuple et du Développement social de Trinité et Tobago en décembre 2011. J’ai ensuite pris la responsabilité d’utiliser cette distinction pour soutenir le travail que j’ai entrepris tout au long de ma vie.

Ce titre m’a donné de la légitimité ainsi qu’une voix pour me faire entendre tant au niveau du gouvernement et des entités juridiques qu’au niveau de ma communauté. Les médias ont également joué un rôle clé en me permettant d’ouvrir de nouveaux horizons aux parents d’enfants handicapés, ainsi qu’aux jeunes dépourvus d’inspiration ou ne sachant pas comment avancer dans leur vie.

Je me suis également aperçue au fil de mes rencontres que le travail abattu par les gouvernements et entités juridiques n’atteignent pas les groupes visés. Par exemple, il est fréquent que les parents d’enfants handicapés me demandent si leurs enfants peuvent avoir accès à l’éducation, ou aux services d’un thérapeute, et comment faire pour y accéder. Je n’ai d’ailleurs, moi non plus, jamais pu bénéficier d’aucune forme de thérapie.

Ce n’est que lorsque les gens ont un contact direct avec les groupes marginalisés de la société qu’ils sont réceptifs aux informations les concernant. Après tout, les êtres humains sont curieux de nature ! Ainsi, il est indispensable que les groupes marginalisés soient intégrés à la société, en particulier les personnes handicapées, afin qu’à chaque niveau de la société elles soient comprises et revalorisées et que ces groupes soient acceptés et pris en considération.

Selon vous, que ne comprend-on pas au sujet de l’infirmité motrice cérébrale ?

L’infirmité motrice cérébrale est mal interprétée, et ce à tous les niveaux.
D’un point de vue physique, les gens perçoivent tous les cas d’infirmité motrice cérébrale de la même manière. Il s’agit d’un dommage du télencéphale qui affecte les capacités motrices. Les personnes touchées ne sont jamais affectées de la même façon.

Personnellement, j’ai pu me servir des capacités physiques qu’il me reste pour m’adapter aux situations de la vie réelle. Il est difficile de saisir toute la complexité d’un handicap physique au premier coup d’œil. L’esprit ainsi que la capacité de penser ne sont pas affectés, ils se développent comme chez n’importe qui, à moins que les dommages causés au cerveau aillent au-delà du télencéphale.

Les gens pensent souvent que nous ne sommes pas en mesure d’apprendre ou de communiquer comme tout le monde. Les personnes qui ne connaissent pas directement quelqu’un ayant une infirmité motrice cérébrale ont tendance à nous juger sur notre apparence, par exemple parce que l’on peut être en fauteuil roulant, ou trembler fortement. Et pourtant, les émotions ainsi que les sentiments d’une personne souffrant d’infirmité motrice sont identiques à ceux de n’importe qui !

En outre, notre capacité à participer à la vie de la société est souvent sous-estimée.

Pensez-vous qu’il existe des défis propres aux jeunes des Caraïbes ?

Les jeunes sont conditionnés pour penser qu’il leur faut s’inspirer de ce qui fonctionne déjà dans la société et utiliser ces « normes » pour créer leur propre succès. Pour eux, innover consiste à créer quelque chose de palpable, de physique, alors que l’innovation peut consister à montrer l’exemple, comme en intégrant tout simplement les groupes marginalisés à la société.

Dans les Caraïbes les jeunes marginalisés, ainsi que les jeunes que l’on associe à ces derniers, sont souvent stigmatisés. Les jeunes classent leurs contemporains en deux groupes : ceux capables de faire quelque chose, et ceux qui n’en sont pas capables.

Pourquoi pensez-vous qu’il est important pour l’UNESCO d’atteindre les jeunes à travers des évènements tels que le Forum des Jeunes ?

Les compétences dont dispose une entité telle que l’UNESCO peuvent pallier les lacunes que les gouvernements ou les États, lorsqu’ils agissent seuls, ne considèrent pas forcément comme prioritaires.

Grâce au Forum des jeunes, et à travers ses travaux, l’UNESCO peut montrer la voie et expliquer comment impliquer les jeunes dans les prises de décision. Ce Forum donnera de la légitimité aux jeunes et leur permettra de prendre conscience des actions qu’ils peuvent mener pour aider les autres jeunes, tant au niveau de leur communauté qu’au niveau international.

Enfin, le Forum est  un moyen de prouver que les jeunes possèdent une voix et une opinion suffisamment importantes pour constituer un organe de décision. 




<- retour vers Jeunesse
Retour en haut de la page