07.03.2017 - Secteur des sciences sociales et humaines

Patrimoine culturel et identités dans la région arabe : ce qu’en disent les jeunes …

Mr Houcine Abassi, Ms Nada Al-Nashif © UNESCO

De jeunes artistes, militants, professionnels, universitaires et experts, ainsi que des autorités locales d'Algérie, de Bosnie-Herzégovine, d'Egypte, de France, d'Allemagne, de Jordanie, du Liban, du Maroc, de Mauritanie, de Palestine, de Suisse et de Syrie se sont réunis lors de la conférence régionale « Patrimoine culturel et identité : une perspective de la jeunesse de la région arabe » organisée par l'UNESCO à Tunis-Carthage, du 1er au 3 mars 2017.

A l'ordre du jour, une question majeure: dans une région où les conflits et la violence repoussent les barrières des communautés et des sociétés , comment les jeunes utilisent-ils le pouvoir de la culture et des arts pour résister, préserver et reconstruire leur société et ses identités diverses ?

« Il s’agit d’une grande réussite pour vous aujourd’hui – ensemble, les jeunes ont formulé des pistes d'action contextualisées qui mettent en valeur la culture et tirent parti de la démocratie, des droits de l'homme et des libertés fondamentales dans nos sociétés de la région arabe, » a déclaré Salah Khaled, Représentant de l'UNESCO pour le Maghreb.

Dans ce contexte, les participants ont souligné l’importance de la notion de « diversité », en tant que condition fondamentale pour le développement des cultures et des arts, de la démocratie et incontestablement d'une paix durable, comme indiqué dans la Déclaration universelle de l'UNESCO sur la diversité culturelle de 2001.

Dans un monde qui nourrit parfois le désespoir et la désillusion, le patrimoine culturel et les arts stimulent l'espoir et favorisent la prise de conscience d'une histoire et d'une identité multicouches. Ils donnent du sens à la dignité humaine et constituent les conditions d'une citoyenneté significative.

La région arabe fait face à un tournant historique. Les jeunes femmes et les hommes sont des acteurs essentiels pour surmonter de manière unique ce qu'Amin Maalouf appelle les identités meurtrières*. À cette fin, l'UNESCO a été appelée à contribuer à l'opérationnalisation des visions et de l'ensemble des propositions collectivement envisagées et présentées au cours de la conférence. Celles-ci incluent :

1. L'éducation et la formation formelles et non formelles au patrimoine culturel doivent être davantage et mieux assurées, afin de surmonter l'ignorance et les idées reçues sur l'héritage culturel de la région, et utiliser la culture comme un moyen d'inclusion sociale et économique.

2. Il faut encourager et appuyer de nouveaux modèles d'entrepreneuriat social et privé axés et dirigés par les jeunes, sensibles aux différences entre les sexes, capitalisant sur les ressources du patrimoine culturel, en particulier pour les jeunes les moins qualifiés et les plus vulnérables, affectés par les crises et les conflits.

3. L'UNESCO doit préconiser des politiques publiques culturelles et artistiques qui protègent davantage les artistes, facilitent leurs travaux notamment dans l'espace public, renforcent la collaboration entre les institutions et les organisations de la société civile, et soutiennent les initiatives et les innovations dirigées par les jeunes.

4. Les questions de la « diversité » et de la « réconciliation » doivent être abordées au niveau des engagements artistiques et culturels afin de développer le sens de l'amour, de la propriété et d’une culture de préservation du patrimoine culturel, afin de surmonter l'illusion d'identités exclusives et violentes et encourager les dialogues interculturels.

5. Des plateformes étendues et interconnectées pour les organisations de la société civile pour la jeunesse doivent être créées pour défendre avec efficacité et créativité la protection du patrimoine culturel, et ce avec l'aide des universitaires, des professionnels, des décideurs politiques et des autorités locales.

6. Le potentiel des TIC et des médias sociaux doit être davantage exploité au service des projets culturels et artistiques. C’est essentiel pour faciliter l'accès, la compréhension, l'interaction et l'appropriation des artefacts culturels par les jeunes.

7. Des initiatives seront conçues et soutenues dans l'utilisation des ruines comme véhicule de « storytelling » par les jeunes et par les pairs. Cela créera des contre-récits et démontrera l'engagement civique des jeunes pour documenter et réinterpréter les fragments du patrimoine dévasté.

8. L'UNESCO fournira des labels pour des projets novateurs menés par des jeunes, qui renforcent et maintiennent la paix, la démocratie et la citoyenneté active. Lancer un Prix UNESCO pour les « Jeunes héros arabes pour la protection du patrimoine culturel » ; mettre en place un programme de Jeunes Ambassadeurs de bonne volonté pour une campagne de protection du patrimoine, ainsi qu'une compétition régionale arabe pour des idées novatrices visant à mobiliser le public jeune dans la protection et la reconstruction du patrimoine.

9. Toutes les parties prenantes doivent préconiser un environnement propice à la médiation culturelle et à la gestion créative, permettant aux jeunes créateurs de soutenir leurs productions et d'assurer un large rayonnement social.

10. L'UNESCO devrait préconiser que les bailleurs de fonds internationaux − publics et privés − soient davantage sensibilisés au soutien de la culture et des arts en tant que puissants leviers de développement, de paix et de renforcement de la démocratie. Une telle tâche doit être menée à la fois durant des périodes de conflit, post conflit et de transition, dans la perspective d’une stratégie articulée de conservation préventive.

***

* Les identités meurtrières est un essai d'Amin Maalouf, publié en 1998.




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