28.11.2012 -

Les jeunes Libanais au cœur de l’élaboration d’une politique publique en faveur de la Jeunesse

A la veille de la conférence nationale qui marquera la prise en compte officielle de la nouvelle politique libanaise en faveur de la jeunesse élaborée dans le cadre d’un projet des Nations Unies piloté par l’UNESCO, Hamed Al Hammani, directeur du bureau de l’UNESCO à Beyrouth, Kamal Shayya et Rania Sabaayon, Directeurs de l’association Masar, partenaire du projet, reviennent sur la manière dont ce dernier a été développé et sur ce qu’il a déjà changé dans la vie des jeunes Libanais.

Pourquoi l’UNESCO a-t-elle été appelée à prendre la tête de ce projet conjoint des Nations Unies en faveur de la jeunesse libanaise ?

Hamed Al Hammami : De nombreuses organisations de la société civile travaillaient depuis l’an 2000 sur les initiatives d’autonomisation des jeunes au Liban. La participation de l’ONU a commencé avec une recherche sectorielle menée par l’UNESCO en 2003 qui visait à comprendre les défis et les besoins des jeunes libanais et à organiser une conférence nationale regroupant environ 200 organisations de jeunesse qui s’est tenue en 2005. La recommandation principale de cette conférence fut émise en direction du ministre de la  Jeunesse et de Sports lui demandant d’élaborer une politique de jeunesse au Liban qui garantisse et promeuve les droits des jeunes hommes et des jeunes femmes en offrant davantage d’opportunités pour leur inclusion sociale et leur autonomisation. Le processus d’élaboration de cette politique nationale a été ensuite conçu. Il a inclus une phase de recherche suivie par le déploiement d’importants efforts pour arriver à un consensus sur le cadre d’une politique publique en faveur de la jeunesse libanaise avec la participation des jeunes et des  principaux décideurs politiques. L’Agence suédoise de coopération internationale au développement a accepté de financer la proposition présentée par l’UNESCO et l’UNICEF. Un groupe de travail sur la jeunesse a alors été créé pour soutenir le processus d’élaboration de la politique nationale, en coordination avec  5 agences des Nations Unies : l’ UNESCO, l’UNICEF, le PNUD, le BIT et le FNUAP qui ont financé et fourni l’expertise technique pour le projet.  

Pourquoi la contribution des sciences sociales était-elle essentielle pour développer cette nouvelle politique libanaise en faveur de la jeunesse et que révèle le « profil national de la jeunesse » que le bureau de l’UNESCO  à Beyrouth s’apprête à publier?

Hamed Al Hammami : La formulation de la politique a été basée sur les études quantitatives et qualitatives produites dans le cadre de ce projet. Ces  études ont fait l’objet d’un débat approfondi entre des experts universitaires, des décideurs politiques et les jeunes eux-mêmes. Ce débat a encouragé la recherche interdisciplinaire et la recherche orientée vers la politique sous forme d’un document intitulé « Profil national de la jeunesse » qui a abouti à des recommandations politiques concrètes.  

Comment ce projet peut-il changer le quotidien des jeunes femmes et des jeunes hommes au Liban et a-t-il déjà un impact direct ?

Kamal Shayya : Une fois appliquée, la politique de jeunesse garantira des services adéquats, pertinents et absolument nécessaires pour les jeunes femmes et hommes dans les différents secteurs. Elle garantira en plus la participation significative des jeunes dans le processus de prise de décisions dans la vie publique du pays. La politique de jeunesse garantit aux jeunes femmes et hommes les mêmes droits dont profitent les autres citoyens. Compte tenu de cela, elle contribue à restaurer la confiance des jeunes dans leur gouvernement. Aujourd’hui, des jeunes provenant d’ONG et de partis politiques de toutes sensibilités se réunissent ensemble pour discuter de leurs besoins, problèmes et ambitions en adoptant une approche basée sur les droits et sur les problèmes. Ils se sont habitués à discuter des problèmes des jeunes et non pas seulement des idéologies politiques. Ils ont travaillé collectivement, mis en synergie leurs efforts et exercé une pression sur le gouvernement pour qu’il approuve le document de la politique de jeunesse, ce qui s’est fait le 3 avril 2012.  

Ce projet peut-il avoir valeur d’exemple pour d’autres pays de la région ?Rania Sabaayon : Oui, l’expérience de la politique de jeunesse au Liban peut constituer un modèle pour d’autres pays. La méthodologie utilisée au Liban a fait l’objet d’études approfondies. Elle a été participative, démocratique, systématique et logique et a incorporé plusieurs parties concernées. En plus, cette méthodologie a placé les jeunes du Liban au cœur même du travail sur la politique de jeunesse. Leurs voix, leurs besoins, leurs problèmes, leurs ambitions et leurs messages importaient le plus ! L’expérience du Liban peut être considérée comme une source d’inspiration pour les autres pays parce qu’elle va de la base au sommet, c'est-à-dire des jeunes vers le gouvernement et non pas le contraire. Vu que la politique de jeunesse est approuvée, les jeunes ne sont plus des demandeurs : ils sont devenus des négociateurs mettant la pression sur le gouvernement pour qu’il remplisse sa promesse de mettre en œuvre la politique de jeunesse.  

Propos recueillis par Seiko Sugita  




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