04.02.2013 - Secteur des sciences sociales et humaines

L’UNESCO soutient la participation des jeunes Tunisiennes à la vie publique

© Flickr / anw.fr

Les résultats d’une vaste enquête sur l’engagement civique des jeunes femmes tunisiennes, menée par l’UNESCO et le Centre de recherche et de formation pour les femmes arabes (CAWTAR), avec le soutien des Pays-Bas, ont été rendus publics, vendredi 18 janvier 2013, à Tunis (Tunisie), à l’occasion d’un atelier de restitution auquel participait Pilar Alvarez-Laso, Sous-directrice générale de l'UNESCO pour les sciences sociales et humaines.

Première du genre conduite en Tunisie, cette enquête qualitative a été menée, entre juillet et décembre 2012, dans les gouvernorats de Tozeur, Gafsa et Kasserine, auprès d’un échantillon de 94 femmes, âgées de 18 à 35 ans, de plusieurs représentants des autorités locales et régionales, ainsi que de la société civile. L’enquête part d’une question simple  et fondamentale : Considérant que l’autonomie des individus désigne la capacité de chacun à « agir à partir de soi », que révèlent les perceptions subjectives des femmes de leur rapport au politique dans leur quotidien ?

Mettant en exergue les facteurs de désaffection des femmes pour la vie politique, l’enquête souligne plusieurs obstacles à la participation, dont la vulnérabilité socioéconomique, la marginalisation géographique, le sentiment de méfiance et d’amertume vis-à-vis des institutions locales auxquelles les citoyens demandent, en vain, des prestations sociales, le faible niveau d’instruction, ou encore l’incompréhension des discours sur le politique véhiculés par les médias, tout en révélant une forte aspiration des personnes interrogées à la création d’un climat de confiance et de transparence mutuelles entre les citoyen-ne-s et les autorités. Car très souvent, les femmes interrogées conçoivent le politique à l’aune de leurs relations directes avec les autorités locales, dissociant ainsi de manière inconsciente la politique au niveau national et la gestion des affaires publiques au niveau local.

Quatre catégories distinctes

Selon Maryem Ben Salem, politologue et chercheure chargée de l’enquête, il existe une grande différenciation dans la relation des femmes vulnérables à la politique. Ces dernières se répartissent en quatre catégories : celles qui affichent une désaffection, voire une apathie, à l’égard du politique; celles qui s’auto-excluent de la politique ; celles qui avouent leur perplexité vis-à-vis de la politique et celles qui se déclarent intéressées, voire engagées dans la politique.

Dans le premier cas, il s’agit d’une prise de position externe, fondée sur le jugement selon lequel les actions des politiciens ne changent rien dans le quotidien de la population. Cette catégorie considère le politique comme un « autre monde », totalement détaché de leur réalité concrète.  La désaffection est généralement engendrée par une faible socialisation entre l’individu et le politique. L’enquête souligne ainsi que, même après les évènements du 14 janvier 2011, les femmes ayant une désaffection pour le politique n’ont pas pour autant modifié leur comportement. Elles continuent à se désintéresser de ce domaine, même s’il est davantage médiatisé.

Dans le second cas, les femmes se sentent incompétentes voire non habilitées à parler  politique et encore moins à s’engager. Leur contribution se limite, tout au plus, à la participation au scrutin. Les personnes  perplexes se trouvent, généralement à cheval entre un intérêt notable pour la politique et une inaptitude ressentie quant à l’engagement proprement dit.

Seules les femmes déjà intéressées par la politique – quel que soit leur niveau d’instruction - se sentent capables et qualifiées pour s’investir dans ce domaine. Reste que pour la majorité des jeunes femmes tunisiennes interrogées, la politique est ressentie comme étant «un sale jeu», ou encore une lutte pour arriver au pouvoir.

L’enquête UNESCO/CATWAR révèle également que les déterminants du choix électoral des femmes interrogées sont très divers et très souvent totalement extérieurs aux considérations politiques personnelles, mettant ainsi en question la notion d’autonomie en politique.

Des propositions d’actions concrètes

Enfin, cette enquête sur le rapport au politique des jeunes femmes tunisiennes en condition de vulnérabilité propose  des pistes  d’actions aux divers acteurs concernés par le développement local. On peut citer entre autres la création d’espaces favorisant la sociabilité des femmes déscolarisées afin qu’elles acquièrent les principes de la vie politique, la vulgarisation de la culture démocratique et citoyenne, l’appropriation du discours politique par les femmes à travers l’animation de radio locale, mais aussi la création de garderies gratuites afin que les femmes puissent échapper aux charges familiales et professionnelles et trouvent le temps de prendre part à la vie publique.

Selon cette enquête, ces mesures sont d’autant plus nécessaires qu’il s’agit d’instaurer un terrain de confiance et de transparence entre l’administration locale ou régionale et le citoyen afin que ce dernier puisse donner son avis sur ce qui relève des décisions locales et régionales. L’enquête va ainsi jusqu’à proposer d’organiser des caravanes itinérantes de sensibilisation et de vulgarisation de l’information politique dans le but de diffuser la culture participative auprès de ces populations-cibles.

Pas d’action efficace sans fondements scientifiques

Soulignant la pertinence de cette enquête qualitative, Pilar Alvarez-Laso, Sous-directrice générale de l'UNESCO pour les sciences sociales et humaines, a insisté sur le fait que « s’il ne peut y avoir d’action politique sans évaluation des besoins réels de terrain, il ne saurait y avoir non plus d’action sans connaissance scientifiquement fondée ».

Réitérant l’engagement de l’UNESCO à agir aux côtés des autorités nationales et des acteurs de la société civile, elle a posé les grandes questions qui doivent guider les actions communes : « Comment pouvons-nous agir pour éveiller la conscience du commun et de l’agir politique parmi les jeunes ? Quelles mesures peuvent être prises pour établir une relation de confiance et de transparence entre le citoyen et les institutions locales ? Quelles structures mettre en place pour impliquer les jeunes, et notamment les jeunes femmes, dans la discussion et la consultation sur des questions civiques touchant à la vie commune ? Comment ainsi, dépasser l’approche d’assistanat, pour aller vers une approche citoyenne active et inclusive ? ».

De nombreux responsables politiques tunisiens, dont des membres de l'Assemblée nationale constituante (ANC), ainsi que des acteurs de la société civile, des chercheurs et des représentants des organisations internationales concernés par la participation politique des femmes en Tunisie ont participé à cet atelier de restitution, durant lequel un documentaire - « Souti Bah » (Extinction de voix(e)), tourné avec un groupe de jeunes femmes ayant participé à l'enquête - a par ailleurs été projeté.

Les jeunes femmes âgées de 19 à 24 ans ne représentaient que 10% des votants aux élections organisées, le 23 octobre 2011, pour élire une assemblée constituante chargée de rédiger une nouvelle Constitution pour le pays.




<- retour vers Jeunesse
Retour en haut de la page