12.08.2014 - ODG

L’UNESCO renforce son action pour sauvegarder le patrimoine culturel en péril

© UNESCO - Aleppo, Syria

Les événements récents en République arabe syrienne, en Iraq, en Libye et au Mali ont mis en évidence les multiples menaces qui pèsent sur le patrimoine culturel durant les conflits, notamment les attaques délibérées, les destructions en tant que dommages collatéraux dans les combats, la cupidité des trafiquants et collectionneurs sans scrupules et les actes de vandalisme des factions qui cherchent à effacer les réalisations de cultures passées.

Ces événements ont montré à quel point il était difficile d’intervenir pour sauvegarder le patrimoine culturel.

L’UNESCO a élaboré un ensemble complet d’instruments internationaux visant à protéger le patrimoine culturel. La Convention concernant les mesures à prendre pour interdire et empêcher l'importation, l'exportation et le transfert de propriété illicites des biens culturels (1970) et la Convention du patrimoine mondial (1972) fournissent une base solide à cet effet. La Convention de La Haye pour la protection des biens culturels en cas de conflit armé (1954) et ses protocoles établissent d’autres normes internationales pour faire face aux risques spécifiques auxquels le patrimoine est exposé durant les conflits. Par ailleurs, le Statut de la Cour pénale internationale a qualifié de crime de guerre la destruction intentionnelle de bâtiments historiques, ce qui permet de mieux lutter contre l’impunité liée à ce type d’attaques.

Reconnaissant l’importance du rôle de la culture dans le renforcement de la cohésion sociale et sa contribution à la réconciliation et à la paix, le Conseil de sécurité de l'ONU, par sa résolution 2100 sur le Mali et sa résolution 2139 sur la Syrie, a appelé à protéger le patrimoine culturel et la diversité de celui-ci. L’intégration de la culture dans les opérations humanitaires, de relèvement et de reconstruction présente un défi qui consiste à déterminer comment la protection du patrimoine culturel peut effectivement contribuer à la réponse globale des Nations Unies aux crises.

Par son plaidoyer et ses interventions, l’UNESCO entend réaffirmer ces normes internationales, assurer leur mise en œuvre au niveau national et mettre en lumière les conséquences plus larges de leurs violations sur la stabilité, le relèvement et le développement. Dans cet esprit, l’UNESCO considère que la protection des vies humaines et la protection de la culture sont toutes deux indispensables et interdépendantes en cas de conflit. Chaque fois que le patrimoine culturel est menacé, et cela en quelque lieu que ce soit – récemment en Syrie, en Iraq et au Mali – la Directrice générale de l’UNESCO alerte les parties impliquées sur la nécessité impérieuse d’épargner les sites archéologiques et culturels, les musées, les bibliothèques et les archives des destructions liées aux combats. 

© ARS Progetti/UNESCO and HCECR, Citadel mound and the southern perimeter - Erbil Citadel (Iraq)

Privilégier la prévention

Un enseignement majeur tiré de la mise en œuvre de ces normes internationales au niveau national est que la prévention et l’engagement sur le long terme sont essentiels pour atténuer l’impact d’une crise, qu’elle soit d’origine naturelle ou humaine. Cela exige un leadership fort ainsi que des capacités nationales et locales que l’UNESCO aide à renforcer dans ses États membres par le biais d’actions de plaidoyer et de sensibilisation, ainsi que par des conseils et des formations.

L’expérience a montré que la préparation des professionnels locaux et des communautés locales était la meilleure garantie pour assurer la sécurité du patrimoine culturel lorsqu’une situation de crise se produit. Pour cette raison, les efforts visant à renforcer les capacités nationales et la sensibilisation de la population locale à la protection urgente du patrimoine culturel doivent mettre l’accent sur la prévention plutôt que sur les interventions de dernière minute. Cela vaut particulièrement en période de conflit, lorsqu’il est difficile voire impossible pour l’aide internationale d’atteindre les régions touchées.

Renforcer la mobilisation pour la sauvegarde du patrimoine en période de conflit

Plus de trois années de conflit ont imposé un lourd tribut au patrimoine syrien. Malgré le courage et la volonté des professionnels de la culture de protéger leur patrimoine, l’ampleur des destructions et des dommages est immense. Dans les moments et aux endroits où les mesures de prévention et d’atténuation échouent, le suivi continu et l’évaluation précoce des dommages sont une priorité pour préparer une réponse cohérente et coordonnée en vue du relèvement et de la réhabilitation. C’est pourquoi l’UNESCO a lancé un observatoire international en ligne pour suivre la situation du patrimoine culturel syrien et aider la coopération internationale à protéger le patrimoine du pays.

Globalement, le trafic illicite semble être l’une des pires menaces auxquelles sont exposés les biens culturels durant les conflits. Lorsque la loi et l’ordre public sont défiés, le pillage des sites archéologiques et des musées est non seulement facile, mais aussi très lucratif pour les groupements criminels. L’UNESCO est mobilisée pour mettre fin au trafic illégal des biens culturels depuis les pays exposés au risque de pillage – comme la Syrie et l’Iraq – en étroite collaboration avec la communauté internationale et en particulier avec les pays voisins, et les acteurs institutionnels, notamment INTERPOL, l’Organisation mondiale des douanes (OMD), le Centre international d'études pour la conservation et la restauration des biens culturels (ICCROM) et le Conseil international des musées (ICOM). L’UNESCO rappelle régulièrement au marché de l’art son devoir professionnel et éthique de vérifier l’origine des objets mis en vente et de faciliter la restitution des biens culturels volés ou provenant de fouilles illégales.

Une autre grande menace qui pèse à la fois sur les sites archéologiques et les monuments est leur utilisation à des fins militaires et comme cible militaire, qui est contraire au droit international et notamment à la Convention pour la protection des biens culturels en cas de conflit armé (1954). Ces situations amènent la Directrice générale de l’UNESCO à prononcer des déclarations appelant à protéger le patrimoine culturel partout où cela est nécessaire, dernièrement en Syrie et en Iraq.

Dans leur appel conjoint pour la sauvegarde du patrimoine culturel syrien, le Secrétaire général des Nations Unies, M. Ban Ki-moon, la Directrice générale de l’UNESCO, Mme Irina Bokova, et le Représentant spécial conjoint de l’Organisation des Nations Unies et de la Ligue des États arabes pour la Syrie, M. Lakhdar Brahimi, ont souligné ce risque majeur et ses conséquences désastreuses : « La destruction des vestiges du passé dépouille les générations futures d’un puissant héritage, accroît la haine et le désespoir et hypothèque toute tentative de réconciliation. Il est temps de mettre un coup d’arrêt à ces destructions, de construire la paix et de protéger notre patrimoine commun ».

Ces actions reflètent la conviction, exprimée à maintes reprises par la Directrice générale de l’UNESCO, que la préservation du patrimoine durant un conflit doit aller de pair avec l’aide humanitaire et les efforts visant à rétablir la stabilité. Elles participent également à la préparation d’une réponse à plus long terme, dès lors que les besoins humanitaires urgents sont satisfaits. La coordination entre tous les acteurs, dès le début, est un facteur essentiel de succès. L’UNESCO agit en suivant les opinions et l’expertise d’intervenants qu’elle consulte régulièrement, et qui ont un rôle essentiel à jouer dans la réponse aux crises. C’est pourquoi, face à la recrudescence de la violence en Iraq, l’UNESCO a organisé une réunion d’urgence d’experts pour la sauvegarde du patrimoine culturel du pays, qui a rassemblé des experts iraquiens et internationaux afin d’élaborer un Plan d’action d’intervention d’urgence pour sauvegarder le patrimoine culturel iraquien menacé.

Réhabiliter le patrimoine pour susciter l’espoir, la confiance et la résilience

Dès que cela devient possible, l’UNESCO intervient sur le terrain en appui aux efforts nationaux pour faire revivre la culture, réparer les dommages et fournir des conseils afin de contribuer au relèvement et à la reconstruction. En Libye, l’Organisation a aidé à élaborer une stratégie globale de renforcement des capacités afin de prévenir le pillage des biens culturels. Une série de séances de formation spécialisées, mettant l’accent sur le rôle des policiers et des douaniers, ont été organisées dans différentes régions du pays. Au Mali, l’UNESCO apporte son soutien à la réhabilitation des mausolées de Tombouctou. Les deux premiers mausolées qui avaient été détruits en 2012 ont été reconstruits grâce à un partenariat avec les communautés locales, mais 8 millions de dollars supplémentaires sont nécessaires pour restaurer l’ensemble du site, notamment les bibliothèques où étaient conservés des centaines de milliers de manuscrits anciens.

Quiconque a vu la fierté et la joie de la communauté locale à mesure que la reconstruction progresse peut comprendre qu’il y a bien plus en jeu que des vieilles pierres. Il s’agit également de renforcer la résilience et la confiance de toute une société, en rétablissant un environnement qui favorise la réconciliation et l’espoir dans le futur. La culture est un lien qui encourage les populations à construire ensemble un avenir meilleur. Le patrimoine culturel est également essentiel pour aider les citoyens à retrouver un sentiment de but partagé et d’identité commune, lorsque les conflits sont terminés.

L’exemple du Mali doit servir à faire reconnaître pleinement l’immense potentiel du patrimoine culturel pour favoriser le dialogue et améliorer la résilience. Pour y parvenir, nous devons encourager toutes les parties concernées, les autorités nationales, les partenaires du développement, les professions culturelles, ainsi que les douanes, la police et le marché de l’art à coopérer et à faire de la protection et de la gestion du patrimoine culturel une priorité.

En plus d’intervenir sur le terrain, l’UNESCO offre une plate-forme internationale pour la réflexion continue sur la protection du patrimoine culturel en danger. Elle a récemment organisé plusieurs débats sur ce sujet : une conférence sur « les nouvelles guerres du XXIsiècle » en février, et un débat sur les moyens de protéger le patrimoine culturel menacé, en juin.




<- retour vers Toutes les actualités
Retour en haut de la page