01.09.2011 - ODG

« Construire des ponts culturels pour le développement » – Politika (Serbie), Vjesnik (Croatie), Oslobodjenje (Bosnie et Herzégovine), Dnevnik (l’ex République yougoslave de Macédoine) et Trud (Bulgarie)

Editorial par Irina Bokova, Directrice générale de l’UNESCO, à l’occasion du 9e Sommet régional des chefs d'Etat du Sud-Est européen tenu à Belgrade en Serbie le 1 et 2 septembre 2011. Cet article a été publié dans Politika (Serbie), Vjesnik (Croatie), Oslobodjenje (Bosnie et Herzégovine), Dnevnik (l’ex République yougoslave de Macédoine) et Trud (Bulgarie), le 1 septembre dans les langues de chaque pays. Sa version en français est disponible ici suivie des liens pour les versions originales.

Construire des ponts culturels pour le développement

Les 1er et 2 septembre 2011, les chefs d’Etat de l’Europe du Sud-Est se retrouvent à Belgrade pour leur 9e Sommet annuel co-organisé par l’UNESCO, sur le thème « art contemporain et réconciliation ». Depuis la première édition à Ohrid en 2003, ces rencontres sont l’événement incontournable où les dirigeants réaffirment leur détermination à utiliser la culture, les arts, le patrimoine, comme des moteurs de dialogue, de réconciliation et de développement, dans une région qui est une mosaïque religieuse, ethnique et culturelle.

L’UNESCO accompagne ce processus depuis l’origine. Les peuples d’Europe du Sud-Est ont en commun un patrimoine d’une richesse inouïe, le berceau de la civilisation européenne. L’une des spécificités de ce patrimoine réside dans sa diversité. Notre responsabilité collective est d’en faire un patrimoine réellement partagé, et d’encourager toutes les initiatives en ce sens.

La reconstruction du vieux pont de Mostar, détruit par la guerre en Bosnie-Herzégovine, est l’un des symboles de la capacité de la culture à construire l’unité dans la diversité. L’effort pour faire de la culture le ciment de la compréhension mutuelle et de la cohésion sociale doit s’amplifier. Les projets transnationaux d’inscription conjointe au patrimoine mondial en sont un exemple, l’UNESCO les soutient sans réserve. Je pense à la coopération entre la Bosnie, la Croatie, le Monténégro et la Serbie pour l’inscription des tombes médiévales de Stecaks, et avec la Slovénie pour l’inscription du Dinaric Karst. Nous devons envisager la culture au sens large, qui ne se limite pas au patrimoine bâti ou immatériel. Je pense à l’organisation d’expositions itinérantes, à des échanges entre les musées, à des événements ou des festivals transfrontaliers, sur des lieux symboliques comme les ponts célèbres, pour éclairer les trajectoires communes des peuples et éviter que chacun ne garde son histoire pour lui. Nous devons dresser des ponts beaucoup plus solides à travers la région, bien au-delà des cercles politiques, entre les artistes, les intellectuels, professeurs et conservateurs, et sensibiliser la jeunesse à l’importance de valoriser le patrimoine, certes comme une source de fierté nationale, mais surtout comme élément d’un héritage commun.

En parallèle, il est essentiel de renforcer le poids de la culture au cœur des politiques de développement économique et social durable.

C’était déjà l’objectif en 2003. La stabilité de la région nous invite aujourd’hui à redoubler nos efforts. L’art moderne, les réseaux de jeunes artistes, les médias, les industries culturelles, le tourisme culturel sont des leviers de croissance, de création d’emplois, des sources de revenus. L’UNESCO veut encourager les Etats de la région à investir collectivement et massivement dans ces domaines, par le soutien aux cercles d’intellectuels, par l’accompagnement des jeunes talents, des artistes, poètes, architectes, musiciens de la région. Les centres d’excellence établis par l’UNESCO viendront appuyer cet effort conjoint, comme à Sofia pour le patrimoine immatériel, à Zadar pour le patrimoine subaquatique, à Skopje pour la digitalisation du patrimoine, à Tirana pour la conservation des monuments.

Les projets sont nombreux, l’enjeu consiste à leur donner plus d’ampleur et plus de cohérence au niveau régional. C’est pourquoi j’ai décidé de lancer une grande initiative : « La culture, un pont pour le développement », dont l’objectif est justement de mettre en réseau les intellectuels, les créateurs, les professionnels de la culture de toute la région pour les aider à s’investir ensemble dans des projets de développement urbain, économique et social. Le principe en a été approuvé à Belgrade en juin dernier par les Ministres de la Culture de la région. Je lance un appel à l’ensemble des institutions culturelles, aux artistes, aux professeurs, aux conservateurs, aux historiens, à nous rejoindre dans cet effort.

Si nous réussissons, nous pourrons étendre ce modèle de coopération ailleurs dans le monde. La gestion de la diversité culturelle et la recherche de nouveaux modèles de développement sont des préoccupations universelles. Je suis convaincue que les pays d’Europe du Sud-Est, par les transformations de leur histoire récente, ont une expérience unique à partager avec tous ceux qui traversent aujourd’hui des mutations démocratiques et économiques majeures. Bien plus qu’une réunion annuelle, le Sommet qui s’ouvre le 1er septembre doit être l’occasion de montrer notre détermination commune à faire de cette conviction une réalité pour tous.


- Irina Bokova, Director-General of UNESCO




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