15.03.2012 - ODG

L’éducation pour l’égalité entre les hommes et les femmes- "Le Soleil" (Senegal)

Article publié dans "Le Soleil" (Dakar) le 9 mars, à l'occasion de la journée internationale de la femme.

Imaginez un monde où des paysannes africaines ne sachant ni lire, ni écrire, auraient la possibilité de devenir ingénieures en énergie solaire. Aussi lointain qu’il puisse paraître, ce monde est en train de se construire. L’Organisation indienne « Barefoot College » propose à des femmes analphabètes des campagnes d’Afrique une formation en électricité solaire qui leur permet, une fois qualifiées, de retourner dans leurs villages et d’y installer des équipements électriques qui améliorent la vie des habitants sur place. Elles organisent des ateliers pour former à leur tour d’autres femmes et l’UNESCO intervient pour que ces ateliers leur permettent aussi d’apprendre à lire, à écrire et à connaître les droits qui sont la base d’une vie digne.

Ce projet est l’une des initiatives du partenariat mondial pour l’éducation des filles et des femmes, lancé par l’UNESCO pour accélérer la réalisation des Objectifs du Millénaire pour le développement.

L’éducation est la clé de voûte de l’égalité entre les hommes et les femmes. C’est le meilleur antidote pour éviter la transmission du virus du SIDA de la mère à l’enfant, l’un des moyens les plus efficaces d’assurer la sécurité alimentaire dans le monde. Au Kenya, l’UNESCO a établi que le rendement des récoltes augmente de 22% dans les zones où les femmes reçoivent le même niveau d’éducation que les hommes. En donnant à chacun les moyens de prendre sa vie en main, l’éducation offre une réponse durable à la violence, à la pauvreté, aux discriminations et aux inégalités dont souffrent les plus fragiles, et spécialement les femmes.

Etre une fille reste la première source d’inégalité dans l’accès à l’éducation. Aucune société humaine, riche ou pauvre, au Nord ou au Sud, n’y échappe totalement. Même dans les pays où les femmes accèdent à l’enseignement supérieur – et y réussissent d’ailleurs souvent mieux que les hommes – leurs chances de trouver un emploi restent inférieures, avec un salaire moindre à compétences égales.

L’Atlas mondial de l’égalité des genres dans l’éducation, publié par l’UNESCO à l’occasion de la journée mondiale de la femme, dresse la carte de ces inégalités, et la feuille de route pour les résorber.

2/3 des 800 millions d’adultes analphabètes dans le monde sont des femmes. 60 % des personnes souffrant de faim chronique dans le monde sont des femmes. Comment ne pas faire le rapprochement ? La réalité est d’autant plus cruelle que la moitié des femmes du monde vivent dans des zones rurales et devraient, par conséquent, avoir les moyens de produire leur nourriture. Cette année, la journée internationale des droits de la femme leur est consacrée. Par manque d’éducation, elles échouent à développer leur potentiel, ne sachant lire des indications sur un sac d’engrais, ou accéder à des informations vitales pour la vie d’une exploitation agricole. En Afrique subsaharienne, les femmes maitrisent moins de 10 % des crédits accordés aux petites exploitations. L’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) estime que si les femmes bénéficiaient du même accès aux semences et aux outils que les hommes, 100 millions à 150 millions de personnes pourraient échapper à la famine. Face à de telles disparités, la communauté internationale ne joue pas suffisamment son rôle : moins de 3 % des aides du secteur agricole profitent à des projets liés directement à l’égalité des sexes.

Je connais les arguments spécieux qui mettent en doute l’efficacité de l'aide, qui invoquent son coût, la crise ou la futilité des journées internationales. Je sais aussi que les Nations Unies peuvent changer les choses. La campagne mondiale de l’Education pour tous a permis à des millions d’enfants supplémentaires d’accéder à l’école. Il y a vingt ans, une jeune fille d’Afrique sub-saharienne passait en moyenne 5 ans de sa vie en classe. Aujourd’hui, cette même jeune fille peut espérer y rester 8 ans. L’Ethiopie est en passe de réaliser l’objectif de l’Education de base universelle en 2015. C’est la preuve qu’il n’y a pas de fatalité. De nouveaux partenariats publics-privés mobilisent les nouvelles technologies pour atteindre les plus marginalisés et leur donner les moyens d’une vie meilleure. Le projet du Barefoot College est un exemple. Le 8 mars est l’occasion de s’en souvenir, pour intensifier nos efforts tout au long de l’année.

                                                                                                                                  Irina Bokova




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