01.12.2011 - ODG

"De Bagdad au Caire : lutter contre le trafic des biens culturels" - 'Mondes, les cahiers du Quai d’Orsay', France

Couverture de la revue "Mondes, les cahiers du Quai d’Orsay", Automne 2011

Publié dans la Revue 'Mondes, les cahiers du Quai d’Orsay', Automne 2011.

Au milieu des manifestations qui ont secoué l’Égypte dans les premiers mois de l’année 2011, plusieurs centaines de jeunes Égyptiens formèrent spontanément des chaînes humaines autour du musée du Caire et de la bibliothèque d’Alexandrie pour empêcher les profiteurs de troubles de mettre la main sur leurs prestigieuses collections. Le sens civique d’une population déterminée à protéger son patrimoine est le meilleur témoignage de la valeur immense de la culture pour l’identité, la dignité et l’image qu’un peuple se fait de lui-même.

Les biens culturels ne sont pas des marchandises comme les autres. Ils ne comptent pas seulement pour leur valeur marchande ou scientifique. Ils sont les porteurs d’une histoire, d’une identité. Le pillage et le trafic illicite des objets culturels touchent au plus profond de la cohésion des peuples. Ils causent des ravages irréversibles qui affectent durablement les sociétés dans leurs capacités à se développer, à se construire, à se relever des crises. Nous l’avons vu en Afghanistan, avec la destruction des Bouddhas de Bamiyan il y a dix ans. Nous le voyons en Irak, en Haïti. Nous pouvons le craindre aujourd’hui au Proche et au Moyen-Orient. Loin des caméras, des criminels s’affairent sur les sites archéologiques désertés, exploitant parfois la misère des populations mal informées ou contraintes de brader leur patrimoine.

Le musée de Bagdad, l’un des plus riches du monde, a subi une hémorragie d’environ 15 000 objets. Près des deux-tiers n’ont pas encore été retrouvés. Avant le démarrage de grande campagne de sauvegarde d’Angkor, au début des années 2000, tous les jours en moyenne une statue était volée ou mutilée dans les environs des temples du site cambodgien classé au Patrimoine mondial. Certains pays d’Afrique ont été spoliés de la majeure partie de leur patrimoine, dispersés aux quatre vents du marché noir.

L’Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture (UNESCO) se tient depuis plus de soixante-cinq ans au centre des efforts internationaux pour la sauvegarde du patrimoine culturel à travers le monde. Aux premiers jours des manifestations en Égypte, alertée par les risques de pillage du musée du Caire, l’UNESCO a demandé aux autorités nationales et internationales, aux marchands d’art et aux collectionneurs des pays limitrophes la plus extrême vigilance dans la transaction des biens culturels égyptiens importés, exportés ou mis en vente. Cette mission de sauvegarde du patrimoine se traduit concrètement par la mise en œuvre de plusieurs Conventions internationales, et tout particulièrement la Convention de La Haye de 1954 (avec son deuxième protocole de 1999) sur la protection des biens culturels en cas de conflit armé, et la Convention de 1970 sur la lutte contre le trafic illicite des biens culturels.




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