27.11.2012 - ODG

Mettre un terme au trafic illicite des objets culturels - Cumhuriyet (Turquie)

Article publié dans Cumhuriyet (Turquie) le 27 novembre 2012.

L’essor de la mondialisation permet une circulation des biens, des personnes et des cultures inédite dans l’histoire. Les relations culturelles et les enjeux identitaires s’installent – durablement – au premier plan des relations internationales, et c’est une opportunité nouvelle de dialogue et de compréhension réciproque. A condition de garantir le respect de toutes les cultures, en luttant notamment contre le pillage et le trafic illicite des biens culturels. Ils se développent aujourd’hui à grande vitesse, alimenté par la déstabilisation des sociétés en crise et l’appât du gain de ceux qui cherchent fortune et se servent dans le patrimoine d’autrui comme dans un libre service.

Il est temps d’ouvrir les yeux sur l’ampleur de ce trafic – l’un des plus importants du monde, avec celui des armes et de la drogue – et sur son impact sur les relations internationales. Les biens culturels ne sont pas de simples marchandises : ils portent une histoire et des valeurs. Des hommes et des femmes s’y reconnaissent. Le pillage et le trafic illicite de ces biens est un crime contre l’identité des peuples, qui affecte leur cohésion, leur dignité, leurs chances de se développer et de prendre part au concert des nations, en les privant d’une partie d’eux-mêmes.

L’Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture (UNESCO) se tient depuis plus de 65 ans en première ligne de la lutte contre ce trafic illicite. La Convention de l’UNESCO de 1970 constitue l’instrument fondateur des efforts internationaux pour y mettre un terme. Et ce n’est certainement pas un hasard si cette Convention fut le premier instrument juridique international pour la protection de la culture en temps de paix – 2 ans avant la Convention sur le patrimoine mondial. Le respect du patrimoine culturel d’autrui est un révélateur du respect mutuel des nations. Chaque fois qu’un pays émerge sur le plan économique ou politique, il cherche à partager sa culture, et réclame le retour des biens culturels qui lui ont été volés au cours de son histoire.

L’ensemble des pays du sud-est européen ont ratifié ce texte et se mobilisent contre le trafic illicite, dans l’idée que le respect du patrimoine culturel est un accélérateur de réconciliation et d’intégration régionale. L’UNESCO, en coopération avec ses partenaires comme INTERPOL, UNIDROIT, l’Organisation mondiale des douanes, les forces de police nationale spécialisées, organise régulièrement des ateliers de formation des professionnels, douaniers, policiers… pour renforcer les capacités de lutte, comme celui qui s’est tenu la semaine dernière à Gaziantep (Turquie).

L’UNESCO agit, et ne peut agir seule. Les médias jouent notamment un rôle de premier plan pour documenter l’ampleur du phénomène et alerter l’opinion publique, souvent trop complaisante à l’égard de pilleurs présentés comme des chercheurs de trésors.

Ces programmes de sensibilisation sont décisifs pour faire avancer la coopération culturelle, y compris sur des cas ne relevant pas directement du champ d’application de la Convention, ou portant sur des biens exportés avant son entrée en vigueur. Le récent accord bilatéral entre l’Allemagne et la Turquie pour le retour du sphinx de Boğazköy, avec le concours de l’UNESCO, en est le meilleur exemple. Portant sur un objet culturel turc envoyé en Allemagne bien avant 1970 – donc avant l’entrée en vigueur de la Convention – ce dossier a pourtant été réglé en vertu des principes et de l’expertise développée grâce à la Convention, et sous les auspices du Comité intergouvernemental « retour et restitution » de l’UNESCO. C’est ce qui a permis au sphinx de revenir en Turquie en novembre 2011 et d’y être exposé au Musée Boğazköy.

Ce type d’accord est toujours l’occasion d’un rapprochement symbolique et politique entre les nations. Il peut aider à consolider le sentiment de respect mutuel, et c’est un outil précieux pour notre monde globalisé. L’UNESCO sera toujours du côté de ceux qui veulent faire circuler le patrimoine, le partager, le faire connaître à travers le monde car c’est un pilier de la compréhension mutuelle. Mais ce partage doit se faire dans la coopération et être librement consenti dans le bénéfice de tous. Il n’y a pas d’avenir pour le trafic illicite et la spoliation sans scrupules du patrimoine de l’humanité. Nos ressources culturelles sont nos meilleurs alliées pour stimuler la créativité, l’innovation, la cohésion sociale. Prenons-en soin, pour nous-mêmes et les générations futures.




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