15.05.2017 -

Quand la science redessine la carte du Moyen-Orient

Article signé par Irina Bokova, Directrice générale de l’UNESCO, et le Professeur Sir Chris Llewellyn Smith, Président du Conseil de SESAME, publié à l'occasion de l'inauguration de SESAME dans le Jerusalem Post, Elaph, Daily Star et le Huffington Post.

Après 15 ans de travail et de négociations passionnées, un centre révolutionnaire de recherche scientifique intergouvernemental est sur le point d'ouvrir ses portes le 16 mai prochain en Jordanie.

L'ouverture officielle de SESAME (acronyme en anglais de Rayonnement Synchrotron pour la Science Expérimentale et ses Applications au Moyen-Orient) est un pas de géant pour la recherche scientifique dans la région.

C'est aussi une avancée historique pour la diplomatie scientifique et l'accomplissement des espoirs et des rêves un peu fous partagés par une poignée de chercheurs, réunis un jour de juin 1999 au siège de l'UNESCO pour lancer le premier laboratoire de recherche de niveau mondial au Moyen-Orient.

Au cours de ces deux dernières décennies, SESAME a déjà réuni autour de la même table des voisins connus pour leurs différences culturelles et politiques : Chypre, l’Egypte, l’Iran, Israël, la Jordanie, le Pakistan, l’Autorité palestinienne, la Turquie, et de nombreux observateurs. Tous ont laissé de côté leurs divergences pour travailler à l’avancement de la science. SESAME a réussi son pari grâce à la motivation de ses équipes et de ses membres, le soutien de la Cour royale de Jordanie, des Gouvernements jordanien, israélien et turc, qui ont fourni des fonds nécessaires et grâce au gouvernement allemand qui a fait don du synchrotron berlinois BESSY I, mais aussi l'AIEA, l'Union européenne, le CERN, l'Italie et beaucoup d'autres.

SESAME n'est pas seulement une preuve encourageante de coopération dans un contexte difficile - c'est aussi un projet scientifique de grande ampleur qui décuple les capacités techniques et scientifiques de la région et contribue déjà à juguler la fuite des cerveaux. Dès le lancement des invitations à utiliser le SESAME auprès des scientifiques de la région, 55 propositions ont été reçues en seulement quelques semaines, montrant qu’une nouvelle génération de chercheurs est prête à saisir les opportunités du nouveau réacteur.

Pour les curieux, SESAME est une source de lumière de troisième génération. Les sources de lumière sont des flashs géants combinés à des microscopes très puissants, utilisés pour étudier les propriétés des matériaux de l’échelle de la cellule humaine jusqu’à l’atome et sont devenus des outils importants pour la recherche dans de nombreux domaines, de la médecine à la biologie en passant par la science des matériaux, la physique et la chimie appliquée à la santé, l'environnement et l'archéologie.

SESAME est souvent comparé au CERN, son homologue européen, également né d’une décision de l'UNESCO, en 1954. Le CERN fut créé après la Seconde Guerre mondiale pour aider l’Europe à rattraper son retard scientifique en science des particules, et rassembler les pays européens déchirés par la guerre autour d’une institution scientifique commune. L'histoire de SESAME montre qu'avec le soutien de l'UNESCO, de la patience et un travail acharné, un groupe de jeunes au départ inexpérimentés ont pu créer un centre de pointe à l’échelle mondiale. SESAME sera aussi le premier accélérateur au monde à être alimenté uniquement par l'énergie solaire - les temps changent !

Il faut partager et raconter l’histoire du SESAME. En ces temps de divisions et de turbulences, le SESAME est un rappel saisissant du pouvoir de la science à rapprocher les cultures et les peuples.

Lorsque de plus en plus de personnes doutent de la pertinence du multilatéralisme, SESAME illustre aussi combien ces projets naissants et fragiles ont besoin du soutien des organisations internationales pour grandir. Lorsque l’idée première du SESAME est née, ses concepteurs savaient qu’elle ne pourrait pas s’affirmer sans l’appui de l’UNESCO, qui a nourri le projet et a joué un rôle capital dans son développement.

Aujourd'hui, SESAME est devenu une organisation indépendante, et a toujours besoin de soutien accru et de financements importants. Tout en célébrant ce succès, nous devons déjà anticiper et favoriser l’émergence des CERN et SESAME de demain. Pour réussir, les États membres de l'UNESCO doivent s'unir et méditer l’exemple encourageant du SESAME.




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