11.07.2013 - ODG

Se battre pour un monde meilleur - The Huffington Post (États-Unis)

Article publié dans le Huffington Post le 11 juillet 2013.

« Mon stylo est mon épée. »

J’ai lu ce slogan sur un mur de l’école Ayesha-e-Durrani à Kaboul en mai dernier.

Cette école, qui porte le nom de la première femme à avoir ouvert une école pour filles en Afghanistan, a été gravement endommagée pendant la guerre. Aujourd’hui, elle accueille 1 600 filles de la première année à la fin des études secondaires. Une de ses élèves m’a dit que, grâce à l’éducation, elle connaissait désormais la différence entre connaissance et ignorance.

Par ces simples mots, elle a tout dit. L’éducation ouvre les esprits. Elle donne aux filles et aux garçons la liberté de choisir – de choisir entre l’ignorance et la connaissance, de choisir la vie qu’ils veulent vivre.

C’est vrai en Afghanistan et dans le monde mais, dans le monde entier, il est porté atteinte à ce droit de la personne humaine.

C’est ce que Malala Yousafzai a fait connaître au monde. Son courage nous rappelle que le droit des filles à une éducation de qualité constitue le combat n° 1 pour un monde meilleur.

Pour un trop grand nombre d’entre elles, le fait d’être une fille reste synonyme d’injustice durant toute leur vie. Partout dans le monde, les filles sont toujours les principales victimes de la pauvreté, de la marginalisation et de la violence.

Des progrès ont été réalisés depuis 2000, lorsque nous avons fixé les Objectifs du Millénaire pour le développement et les objectifs de l’Éducation pour tous. Plus d’enfants que jamais vont à l’école primaire et nous avons réduit de moitié le nombre de filles non scolarisées. Mais cela reste insuffisant et les progrès marquent le pas.

On compte aujourd’hui 31 millions de filles non scolarisées en primaire, et un nombre similaire non inscrites en secondaire. Les nouveaux chiffres de l’UNESCO montrent que la moitié des enfants non scolarisés dans le monde vivent dans situations de conflit. Parallèlement, seule une infime partie de l’aide humanitaire est consacrée à l’éducation.

Le prix que nous payons pour cela est inacceptable. Malala le sait, tout comme les filles à Kaboul, et nous devons inlassablement défendre leur cause.

Les faits sont clairs. Chaque année supplémentaire de scolarisation des filles retarde leur mariage précoce et réduit la taille des familles. Tout enfant né d’une mère qui sait lire a 50 % de chances en plus de vivre au-delà de l’âge de 5 ans. Les filles qui poursuivent leurs études au-delà de l’école primaire ont cinq fois plus de chances que les femmes analphabètes d’être informées sur le VIH et le SIDA. En un mot, l’éducation des filles est l’un des investissements les plus utiles qu’un pays puisse consentir. Il s’agit d’une question de droits de l’homme autant que de sécurité.

Pour tirer parti de cette force, nous devons agir en trois sens.

Premièrement, nous devons mener des campagnes de sensibilisation – pour aider les filles, où qu’elles vivent, à surmonter les obstacles et pour soutenir les gouvernements déterminés à lutter contre la violence sexiste.

Pour sensibiliser, il faut récolter des fonds. L’UNESCO estime qu’il manque 26 milliards de dollars des États-Unis par an pour offrir à tous les enfants une éducation de base.

Les avantages dépassent largement les coûts. Chaque dollar consacré à l’éducation d’un enfant produit entre 10 et 15 dollars de croissance économique tout au long de sa vie active future. Tout le monde y gagne. C’est la raison pour laquelle l’UNESCO a organisé, en collaboration avec le Gouvernement du Pakistan, une manifestation de sensibilisation de haut niveau en décembre dernier à Paris et qu’elle a créé le Fonds Malala pour l’éducation des filles, auquel le Pakistan a contribué à hauteur de 10 millions de dollars.

Deuxièmement, nous devons cibler les maillons les plus faibles de l’éducation des filles.

Il ne suffit pas de scolariser les filles ; encore faut-il s’assurer qu’elles restent scolarisées et qu’elles poursuivent des études secondaires. Cela suppose que les écoles deviennent des lieux sûrs. Cela exige des programmes scolaires et une formation pour prévenir la violence sexiste à tous les niveaux d’enseignement. Cela nécessite des politiques plus incisives pour toucher celles qui restent hors d’atteinte et empêcher que les filles n’abandonnent leur scolarité.

Troisièmement, nous devons placer l’éducation au sommet des priorités politiques.

C’est le but de l’initiative mondiale L'éducation avant tout du Secrétaire général de l’ONU que l’UNESCO contribue à guider en vue de défendre l’idée qu’une éducation de qualité est le meilleur investissement que l’on puisse faire en faveur d’un développement durable et inclusif. Cette idée doit être au cœur de l’agenda du développement mondial post-2015.

Nous devons aussi intégrer l’éducation dans toutes les initiatives de consolidation de la paix, parce qu’il n’existe pas de meilleur moyen de briser le cycle de la violence et d’amener les communautés sur le chemin de la paix. L’éducation et l’édification de la paix doivent être articulées avec le développement à long terme et bénéficier de tous les financements nécessaires.

Trop nombreuses sont les filles, dans de trop nombreux pays, à être freinées simplement parce que ce sont des filles. Elles sont confrontées à la violence, contraintes de travailler, mariées jeunes.

Malala Yousafzai et les filles de Kaboul se battent pour que les choses changent. Nous devons tous nous lever pour les soutenir, changer les attitudes, bâtir un monde plus juste et équitable. Nous devons le faire parce que chaque enfant a le droit de connaître la différence entre la connaissance et l’ignorance, parce que le stylo est réellement plus puissant que l’épée.




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