14.01.2011 - 'Les Dépêches de Brazzaville'

« UNESCO : l'éducation, les sciences et la culture, accélérateurs de l'intégration régionale en 2011 » - 'Les Dépêches de Brazzaville' (Congo)

© Les Dépêches de Brazzaville

Irina Bokova, Directrice générale de l'UNESCO, explique comment les projets éducatifs, culturels et scientifiques peuvent servir la paix et l'intégration régionale en Afrique centrale. Editorial par Irina Bokova, Directrice générale de l’UNESCO, paru dans 'Les Dépêches de Brazzaville' (Congo) le vendredi 14 janvier 2011.

L'Organisation des Nations unies pour l'éducation, les sciences et la culture (UNESCO) s'attache depuis 65 ans à construire la paix dans l'esprit des hommes et des femmes. 

Notre présence au Congo offre plusieurs illustrations très concrètes de la manière dont les projets éducatifs, culturels et scientifiques peuvent être mis au service de la paix, du développement durable et de l'intégration régionale. J'en citerai trois.

Premièrement, le Congo est le carrefour culturel de l'Afrique centrale, et l'UNESCO est en première ligne de la promotion de ce trésor. Déjà, l'organisation par l'UNESCO et les institutions régionales africaines du Festival panafricain de la musique (Fespam) à Brazzaville, en 1999, était un symbole fort du retour à la paix. Le festival agit aussi comme un puissant facteur d'intégration régionale, avec le Festival panafricain de la danse (Fespad) au Rwanda, celui consacré au cinéma (Fespaco) au Burkina Faso et le Festival des arts nègres (Fesman), dont la troisième édition vient de se tenir à Dakar. La culture est un accélérateur de brassage et de rencontre des cultures. La huitième édition du Fespam, en juillet prochain, peut aussi contribuer à accélérer la reconnaissance de la culture comme facteur de développement. À ce titre, l'UNESCO travaille en partenariat avec les autorités gouvernementales et la société civile pour dynamiser les industries culturelles, aider les artistes à vivre de leur art et protéger leurs droits. L'école de Peinture de Poto-Poto vient, par exemple, de bénéficier d'un financement de 50 000 dollars du Fonds de développement mis en place par la Convention de l'UNESCO sur la promotion de la diversité des expressions culturelles.

Deuxièmement, l'histoire récente du Congo prouve l'importance de l'enseignement comme facteur de reconstruction nationale et d'intégration régionale. L'UNESCO s'y est investie depuis plusieurs années à travers la formation des enseignants notamment. L'UNESCO coordonne les études qui permettent d'évaluer les besoins des établissements et des familles pour orienter les politiques publiques et atteindre les objectifs de l'Éducation pour tous. Le Congo est depuis longtemps une des pépinières de l'élite africaine, et doit le rester. Nous avons porté en son temps, la création de l'École normale supérieure de Brazzaville, et nous venons de renouveler l'équipement des laboratoires de physique et de chimie de l'université Marien-Ngouabi. L'éducation préventive au VIH/SIDA, avec la prise en compte de la dimension culturelle, est aussi un axe fort de notre travail. Elle fait l'objet d'une coopération étroite avec tous les acteurs concernés de la société congolaise - médiateurs traditionnels culturels, religieux - pour diffuser le message à l'ensemble des communautés lors des mariages traditionnels ou de conférences dans les quartiers auprès des jeunes. Notre activité fait partie des accélérateurs de l'intégration régionale, car les programmes d'éducation au VIH/SIDA mis au point avec l'UNESCO ont été adoptés par l'ensemble des pays de la Cémac (Communauté économique et monétaire de l'Afrique centrale) et s'appliquent à toutes les écoles primaires de la région.

Troisièmement, l'UNESCO contribue à faire des nombreuses réserves de biosphères du Congo des leviers stratégiques pour le développement durable et la coopération scientifique internationale. Le Congo est le second poumon écologique mondial, après le bassin amazonien. Il abrite la plus grande forêt tropicale de basse altitude intacte en Afrique. Par la formation des gestionnaires de ces espaces, l'UNESCO contribue à faire des réserves de biosphère des sites pilotes d'excellence pour lutter contre la déforestation. Le Forum régional UNESCO organisé l'an dernier à Brazzaville sur le biocarbone et la biosphère du Bassin du Congo a rappelé combien ce pays était au carrefour des enjeux scientifiques de demain : le développement durable, la compréhension du réchauffement climatique, la gestion des ressources en eau, la protection de la biodiversité en lien avec la diversité culturelle. L'adoption récente par l'Assemblée nationale congolaise d'une loi sur la protection des droits des peuples autochtones revêt, à cet égard, une importance capitale.

L'initiative du Congo de soumettre, avec le Cameroun et la République centrafricaine, une candidature conjointe pour inscrire le parc naturel du Tri-national de la Sangha au Patrimoine mondial de l'humanité est une parfaite synthèse des pouvoirs fédérateurs de la culture et de la science. L'UNESCO se félicite de cette initiative et appuie les efforts des trois États membres à cet égard. Il revient au Comité du Patrimoine mondial d'examiner cette candidature en juin 2011 et de décider de son inscription ou non sur la liste du même nom.

Que le premier site du Congo inscrit sur la Liste du patrimoine mondial soit un site transfrontalier serait un message très fort pour inciter l'ensemble des pays du monde à protéger leurs richesses partagées, en vue de construire un espace commun.


- Irina Bokova




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