23.10.2009 -

Conférence générale de l’UNESCO : Irina Bokova prend la relève

La 35e session de la Conférence générale de l’UNESCO qui s’est achevée aujourd’hui a été marquée par l’élection d’Irina Bokova comme Directrice générale de l’Organisation et l’adoption du nouveau programme et budget (2010-2011). Deux tables rondes ministérielles, consacrées respectivement à l’éducation et aux océans, un Forum ministériel et le lancement du Rapport mondial Investir dans la diversité culturelle et le dialogue interculturel, ont également été organisées au cours de cette session.

Organe suprême de l’UNESCO, la Conférence générale réunit tous les deux ans les représentants des 193 Etats membres. Plus de 3 000 participants - dont 8 chefs d’Etat et de gouvernement, et près de 260 ministres ou vice ministres - ont assisté à cette session qui s’est tenue au siège de l’Organisation du 6 au 23 octobre et qui a été présidée par Davidson Hepburn (Bahamas).

A l’ouverture de la Conférence, Koïchiro Matsuura, Directeur général dont le mandat s’achève le 14 novembre, est revenu sur ses dix années passées à la tête de l’UNESCO et sur la politique de réforme mise en oeuvre durant cette période: « En mobilisant une masse critique de compétences et de ressources à l’appui de quelques programmes prioritaires, l’UNESCO a renforcé à la fois son impact et sa crédibilité. Aujourd’hui, le monde sait ce que l’UNESCO défend. Notre voix est entendue, et elle est écoutée ». Le 22 octobre, en présence du Président sénégalais, Abdoulaye Wade, la Conférence générale a rendu un hommage solennel à Koïchiro Matsuura, louant notamment « les efforts énergiques qu’il a faits pour moderniser l’UNESCO en dépit de sévères contraintes budgétaires ». Dans son discours de clôture, le Directeur général a souligné que la Conférence générale avait été « placée sous le double signe de la consolidation et de l’ouverture aux enjeux de l’avenir » et qu’elle s’était imposée comme une « véritable instance de réflexion et d’échange ».

Le 15 octobre, la Conférence a élu Irina Bokova (Bulgarie) Directrice générale de l’Organisation en remplacement de Koïchiro Matsuura. Son nom avait été proposé par le Conseil exécutif le 22 septembre dernier. Elle est la première femme et la première représentante d’Europe de l’Est à accéder à cette fonction. Lors de son installation, le 23 octobre, Irina Bokova s’en est dit très fière et elle a ajouté : « Mon accession à cette haute fonction est un message de confiance pour toutes les femmes du monde. C’est le signal qu’elles doivent avoir accès au savoir et au pouvoir, afin d’apporter leur contribution à la société, et de prendre part à la marche du monde ». Elle a précisé qu’elle entendait répandre le message qu’aucun développement n’était possible sans une action décidée en faveur de l’égalité entre les sexes.

Irina Bokova a également déclaré : « Est, Ouest, Nord, Sud : je vais m’employer à édifier d’innombrables passages entre ces parties du monde, désormais toutes inscrites dans la mondialisation. Cette mondialisation face à laquelle nous devons rester vigilants, car si elle émancipe, si elle a aidé des millions de personnes à sortir de la pauvreté et de la misère, elle porte aussi en elle le danger d’uniformiser notre monde de diversités ».

La Directrice générale élue est revenue sur le nouvel humanisme qu’elle entend défendre : « La diversité culturelle et le dialogue entre les cultures participent à l’émergence d’un nouvel humanisme où le global et le local se réconcilient, et à travers lequel nous réapprenons à construire le monde. […] Pour moi, l’humanisme est une aspiration à la paix, à la démocratie, à la justice et aux droits de l’homme. Pour moi, l’humanisme est une aspiration à la tolérance, au savoir et à la diversité des cultures. Il s’enracine dans l’éthique et dans la responsabilité sociale et économique. Il s’incarne dans l’assistance aux plus vulnérables. Il est au cœur de l’engagement dans la lutte contre les grands défis communs, notamment le respect de l’environnement ». Elle a remercié Koïchiro Matsuura d’avoir par ses réformes mis l’UNESCO « sur le bon chemin » et elle a annoncé qu’elle poursuivrait son action.

Lors de cette 35e session, les Iles Féroé ont rejoint l’UNESCO en tant que membre associé. Ce qui porte à 200 (193 Etats membres et 7 membres associés) le nombre total de membres de l’UNESCO.

Conformément au rôle qui lui est dévolu par l’Acte constitutif de l’Organisation, à savoir « déterminer l’orientation et la ligne de conduite générale de l’UNESCO », la Conférence générale a passé en revue l’ensemble des Programmes de l’Organisation, révisé la Stratégie à moyen terme (2008-2013) et adopté le programme et budget pour 2010-2011. Pour ce biennum à venir, la Conférence générale a adopté le scénario proposé par le Directeur général, à savoir un budget de 653 millions de dollars (en augmentation de 3,5% en valeur nominale). Avec 118,5 millions de dollars, l’éducation reste la première des priorités.

Parmi les nombreuses décisions de la session, on relèvera en matière d’éducation l’accent mis sur l’alphabétisation, les enseignants et le développement des compétences pour le monde du travail. Des fonds supplémentaires ont été prévus pour la vingtaine de pays, notamment africains, qui sont les plus éloignés des objectifs de l’Education pour tous, et des centres consacrés à l’éducation vont voir le jour en Asie. Dans les domaines des sciences (59 millions de dollars), la Conférence générale a souhaité conforter le travail de la Commission océanographique intergouvernementale (COI), responsable du système mondial d’alerte aux tsunamis, et celui du Programme sur l’homme et la biosphère (MAB). Elle a aussi décidé la création de plusieurs centres traitant de l’eau, de formation à la bio-informatique et de technologies spatiales au service du patrimoine culturel et naturel. S’agissant des sciences sociales et humaines (Près de 30 millions de dollars), la Conférence a demandé l’élaboration d’un rapport sur l’opportunité d’établir un projet de déclaration de principes éthiques en rapport avec le changement climatique. Elle a également approuvé la création au Cap-Vert de l’Institut d’Afrique de l’Ouest pour la recherche internationale sur l’intégration régionale et les transformations sociales.

Dans le domaine de la culture (53 millions de dollars), la Conférence a fixé deux priorités : la sauvegarde et la gestion du patrimoine matériel et immatériel, la promotion de la diversité des expressions culturelles, des langues, du multilinguisme et du dialogue des cultures. Elle a notamment demandé aux Etats membres de participer en 2010 aux célébrations de l’Année internationale du rapprochement des cultures (2010). La création de plusieurs centres placés sous l’égide de l’UNESCO et consacrés au patrimoine a également été décidée. En ce qui concerne la communication et l’information (33 millions de dollars), la Conférence générale a demandé la poursuite des activités en faveur de la liberté de la presse et réitéré son soutien au Programme international pour le développement de la communication (PIDC) et au Registre de la Mémoire du monde

Huit chefs d’Etat ou de gouvernement, ainsi que la Cheikha Mozah Bint Nasser Al Missned, Présidente de la Fondation du Qatar pour l’éducation, la science et le développement et Envoyée spéciale de l’UNESCO pour l’éducation de base et l’enseignement supérieur, ont participé à cette Conférence générale. Il s’agit de Najib Razak, Premier Ministre de Malaisie, de Filip Vujanovic, Président du Monténégro, d’Abdullah Gül, Président de la République de Turquie, de James A. Michel, Président des Seychelles, du Cheikh Khalifa Bin Salman Al-Khalifa, Premier Ministre du Bahreïn, du Cheikh Amani Abeid Karume, président de Zanzibar (République-Unie de Tanzanie), d’Ismaël Omar Guelleh, Président de Djibouti, et d’Abdoulaye Wade, Président du Sénégal. De plus, Michaëlle Jean, Gouverneure générale du Canada, s’est adressée le 5 octobre au Conseil exécutif réuni en séance spéciale et elle a inaugurée l’exposition intersectorielle « Cultures et développements » qui s’est tenue à l’UNESCO pendant toute la durée de la Conférence générale.

En clôturant la Conférence générale, son Président Davidson Hepburn a souligné que le moment de l’action était venu. Il a exprimé sa foi dans l’avenir de l’UNESCO, ainsi que dans la détermination et la compétence d’Irina Bokova. Mais il a précisé : «Nous devons comprendre que pour toutes nos tâches, nous avons besoin de partenaires. L’UNESCO ne peut pas faire seule tout ce qu’elle a à faire ».




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