La Journée internationale de la fin de l’impunité pour les crimes commis contre des journalistes

À sa 68e session, en 2013, l’Assemblée générale des Nations Unies a adopté la résolution A/RES/68/163, qui a proclamé le 2 novembre Journée internationale de la fin de l’impunité pour les crimes commis contre des journalistes. Cette résolution a exhorté les États membres à prendre des mesures précises pour combattre la culture actuelle d’impunité. La date a été choisie en mémoire de l’assassinat de deux journalistes français au Mali le 2 novembre 2013.

Cette résolution historique condamne toutes les attaques et violences perpétrées contre des journalistes et des travailleurs des médias. Elle exhorte également les États membres à faire tout leur possible pour prévenir cette violence, en faire rendre compte, traduire en justice les auteurs des crimes commis contre des journalistes et des travailleurs des médias, et veiller à ce que les victimes disposent de recours appropriés. Elle demande en outre aux États de promouvoir un environnement sûr et propice dans lequel les journalistes puissent effectuer leur travail de manière indépendante et sans ingérence indue.

L’accent que cette résolution met sur l’impunité tient au fait préoccupant qu’au cours de la dernière décennie, plus de 700 journalistes ont été tués parce qu’ils informaient le public. Rien qu’en 2012, la Directrice générale de l’UNESCO a condamné l’assassinat de 123 journalistes, professionnels des médias et producteurs de médias sociaux d’intérêt public. En 2013, ce chiffre a légèrement diminué, passant à 91, ce qui a tout de même représenté la deuxième année la plus meurtrière pour les journalistes.

Ces chiffres n’incluent pas les nombreux autres journalistes qui, quotidiennement, subissent des agressions non mortelles, y compris la torture, la disparition forcée, la détention arbitraire, l’intimidation et le harcèlement, que ce soit en situation de conflit ou non. En outre, il existe, pour les femmes journalistes, des risques spécifiques, notamment les agressions sexuelles.

Fait inquiétant : sur dix crimes commis contre des professionnels des médias pendant la décennie écoulée, seul un a abouti à une condamnation. Cette impunité non seulement enhardit les criminels, mais aussi décourage la société, y compris les journalistes eux-mêmes. L’impunité favorise l’impunité et alimente un cercle vicieux.

Selon le Rapport de la Directrice générale sur la sécurité des journalistes et le danger de l’impunité, à paraître prochainement, moins de 6 % des 593 affaires d’assassinat de journalistes recensés entre 2006 et 2013 ont été résolues. Un quart de ces affaires sont considérées comme « pendantes », les enquêtes correspondantes se situant aux différents stades du processus judiciaire. Dans 60 % des cas, il n’a été communiqué à l’UNESCO aucune information sur la procédure judiciaire, malgré les demandes formées par la Directrice générale.

Lorsqu’elles restent impunies, les agressions de journalistes envoient aux gens ordinaires un message très négatif selon lequel s’ils diffusent une « vérité embarrassante » ou des « opinions indésirables », ils s’attireront des problèmes. En outre, la société perd confiance dans son propre système judiciaire, censé défendre les droits de chacun. Les auteurs de crimes contre des journalistes s’enhardissent donc lorsqu’ils se rendent compte qu’ils peuvent agresser leurs cibles sans jamais être traduits en justice.

La société tout entière pâtit de cette impunité. Le genre d’information qui est « passé sous silence » est exactement le genre que le public a besoin de connaître. L’information, qu’elle soit économique, sociale ou politique, est essentielle pour prendre des décisions optimales. Cet accès à une information fiable et de qualité est la pierre angulaire de la démocratie, de la bonne gouvernance et d’institutions efficaces.

C’est en raison de ces lourdes conséquences de l’impunité, en particulier des crimes commis contre des journalistes, que l’ONU a proclamé le 2 novembre Journée internationale de la fin de l’impunité pour les crimes commis contre des journalistes.

La Journée internationale offre à toutes les parties prenantes une occasion stratégique d’appeler l’attention du public sur l’importance de mettre fin à l’impunité pour les crimes commis contre des journalistes. Elle offre également de nouvelles possibilités à exploiter dans les cercles dont les principaux intérêts peuvent être autres que la sécurité des journalistes. Par exemple, étant donné l’importance symbolique que les journalistes revêtent pour la question plus large de l’impunité et de la justice, tous ceux qui œuvrent à la primauté du droit, tels les juristes et les magistrats, peuvent être sollicités. D’autres, qui promeuvent la participation du public et le droit des citoyens à s’exprimer sur diverses questions telles que la corruption ou la violence domestique, pourront également souhaiter aider à combattre l’impunité des auteurs d’agressions perpétrées contre des journalistes qui, par définition, sont des acteurs publics dont la situation envoie un signal à l’ensemble de la société.

De manière significative, la Déclaration de la Conférence de la Journée mondiale de la liberté de la presse 2014 tenue au Siège de l’UNESCO à Paris énonce que le nombre toujours élevé d’assassinats de journalistes appelle à intensifier l’action des organisations internationales, des États, des médias et d’autres acteurs pour appeler l’attention sur la nécessité de renforcer la sécurité de journalistes et de traduire leurs assassins en justice. Elle appelle, en particulier, les journalistes, les associations professionnelles, les organismes de soutien, les médias et les professionnels de l’Internet et des médias sociaux à appuyer le Plan d’action sur la sécurité des journalistes et la question de l’impunité par  des actions complémentaires ou conjointes, et à renforcer leur coopération. La nouvelle Journée internationale de la fin de l’impunité pour les crimes commis contre des journalistes offre pour cela une excellente occasion.

Comme c’est la première fois que l’ONU marque officiellement cette nouvelle journée internationale, il importe de la faire largement connaître et de la positionner pour produire un effet sans cesse croissant dans les prochaines années. La date de 2014 revêt donc une grande importance pour les organismes des Nations Unies, les gouvernements, les médias et la société civile ainsi que pour de nouveaux acteurs potentiels dans un domaine où, jusqu’à présent, il n’y a pas eu d’occasions de traiter les problèmes de manière synergique. La Journée internationale est donc une plate-forme très prometteuse qui peut grandement contribuer à améliorer la sécurité des journalistes dans l’intérêt du développement global de la société.

Pour sa part, l’UNESCO s’emploiera, avec ses bureaux répartis dans le monde et l’ensemble de ses partenaires, à assurer le succès de cette manifestation spéciale pour créer une différence.

Retour en haut de la page