Changement climatique: impact sur la violence à l’égard des femmes et des filles

La violence à l’égard des femmes et des filles est un problème d’envergure mondiale. Elle constitue une des violations des droits humains les plus persistantes et une menace pour des millions de filles et de femmes. La violence à l’égard des femmes et des filles ne connaît pas de frontières sociales, économiques ou nationales. Elle touche les femmes de tous âges et peut avoir lieu dans divers contextes. Elle prend de nombreuses formes, dont la violence physique, sexuelle ou psychologique, mais aussi l’abus économique ou l’exploitation. Une femme sur trois dans le monde a été battue, contrainte à avoir des rapports sexuels ou maltraitée émotionnellement dans sa vie, le plus souvent par un conjoint.

Définition

« Les termes ‘violence à l’égard des femmes’ désignent tous actes de violence dirigés contre le sexe féminin, et causant ou pouvant causer aux femmes un préjudice ou des souffrances physiques, sexuelles ou psychologiques, y compris la menace de tels actes, la contrainte ou la privation arbitraire de liberté, que ce soit dans la vie publique ou dans la vie privée » (Déclaration sur l’élimination de la violence à l’égard des femmes, Assemblée générale des Nations Unies, 1993).

La vulnérabilité et l'exposition à la violence des femmes et des filles augmentent à mesure que les températures s’élèvent

Pour commémorer la Journée internationale pour l'élimination de la violence à l'égard des femmes de 2016, l'UNESCO attire l'attention sur les effets du changement climatique et des ressources rares dans l'intensification de la violence à l’égard des femmes et des filles. Une question d'actualité au moment de l’entrée en vigueur de l'Accord de Paris et au moment où les dirigeants se réunissent à la COP22, à Marrakech. Le changement climatique est un multiplicateur de menaces. Il peut provoquer de mauvaises récoltes, une baisse de la production alimentaire, des déplacements de populations et d’espèces, et de plus grandes tensions économiques au sein des foyers, en raison de la perte de moyens de subsistance, suite aux catastrophes naturelles d’origine climatique.

Bien que des populations entières soient touchées par le changement climatique, ce sont les femmes et les filles qui paient le plus lourd tribut. En raison des rôles traditionnels qu’elles occupent, les femmes dépendent fortement des ressources naturelles et sont en grande partie responsables de la sécurité alimentaire, de l'eau et de combustibles pour cuisiner. En période de sécheresse, la recherche d’eau potable peut prendre jusqu’à 8 heures par jour, ce qui rend les femmes et les jeunes filles plus vulnérables aux agressions, viols ou enlèvements. Elles font face à des obstacles sociaux, économiques et politiques qui limitent leur capacité à s’adapter au changement et ces obstacles représentent également une menace pour leur sécurité. Quand un pays ou une région fait face à une catastrophe naturelle, la violence à l’égard des femmes devient un sujet secondaire et les mécanismes de protection s’affaiblissent. Les femmes et les filles perdent souvent leur réseau de soutien après avoir été déplacées et sont donc plus exposées aux risques de la traite. Elles sont également désavantagées dans l'accès à une éducation de qualité, ce qui les rend plus susceptibles d'être victimes de leur environnement.

Catastrophes naturelles

En 2005, dans le Mississippi, aux États-Unis, une augmentation de 45% des cas d'agressions sexuelles 7 mois après l’ouragan Katrina a été observée. Il y a aussi eu une augmentation de 300% des violences domestiques après que deux cyclones tropicaux aient frappé la province de Taféa au Vanuatu, en 2011. En Nouvelle-Zélande, lors du week-end du tremblement de terre de Canterbury en 2011, une augmentation de 53% des cas de violences domestiques signalés a été observée. Cependant, dans de nombreuses régions touchées par des catastrophes naturelles, les données ne sont pas disponibles ou très limitées. Pour mieux traiter cette question, les données sur la violence à l’égard des femmes doivent systématiquement être recueillies après une catastrophe naturelle.

Les femmes sont essentielles à la lutte contre le changement climatique

Les femmes sont au cœur des communautés. Leurs connaissances approfondies sur la gestion et l'utilisation des ressources naturelles sont essentielles à la lutte contre le changement climatique, en particulier pour la gestion de l'eau et la préparation aux risques. Cependant, elles sont souvent laissées pour compte dans les pratiques d'intervention, par exemple dans la réduction des risques liés aux catastrophes et dans l'éducation de l’agriculture écologique. Les femmes et les filles représentent un potentiel énorme qui doit être intégré dans les solutions aux changements climatiques. La pleine participation des filles et des femmes - et leur leadership - sont essentiels pour répondre adéquatement aux effets du changement climatique.

Le saviez-vous ?

  • Dans les pays où il existe une inégalité marquée entre femmes et hommes, 4 fois plus de femmes que d'hommes meurent lors d’inondations

  • Le trafic sexuel des femmes augmente de 20 à 30% à la suite de catastrophes naturelles.

  • Les mariages d’enfants augmentent considérablement à la suite de catastrophes naturelles

  • Les femmes sont confrontées à de plus grands risques de violence sexuelle lorsqu'elles s'approvisionnent en eau et autres ressources naturelles. Par exemple, au Kenya, 90% des viols déclarés se sont produits lorsque les femmes s’approvisionnaient en ressources naturelles.

  • Une augmentation de 300% des nouveaux cas de violence conjugale a été observée après deux cyclones tropicaux.

Message de la Directrice Générale

C’est souvent le rôle traditionnellement dévolu aux femmes qui fait qu’elles sont davantage exposées aux risques liés aux conséquences du changement climatique, les rendant ainsi vulnérables face à la violence tandis qu’elles parcourent chaque jour des dizaines de kilomètres pour assurer l’approvisionnement en nourriture, en eau et en bois de chauffage, ou qu’elles se retrouvent déplacées ou en situation précaire après une catastrophe naturelle.

Irina Bokova, Directrice Générale de l'UNESCO, 2016

Vous trouverez ici le discours complet.


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