Le jazz au Japon : entre tradition et modernité

Osaka, la « Mecque japonaise du jazz »

Au premier abord, on se demanderait presque ce que les mots « jazz » et « Japon » font dans la même phrase. Et pourtant, l’entre-deux-guerres – et plus particulièrement les années 1920 – a été l’âge d’or du jazz au pays du Soleil levant. Le premier jazz café a été ouvert en 1933 à Osaka. Dans un contexte d’ouverture progressive vers l’Occident, ce genre musical s’est infiltré dans les grandes villes et le Japon compte aujourd’hui la plus grande proportion d’amateurs de jazz dans le monde.

L’origine exacte de l’apparition du jazz au Japon est difficile à cerner, mais il est certain qu’elle a été le produit de plusieurs facteurs. Parmi eux, le nombre croissant de voyageurs japonais aux Etats-Unis exposés à ce nouveau style, issu d’un mélange de cultures africaine et américaine. De retour au pays natal, les enregistrements musicaux étaient alors partagés avant d’être repris par des groupes japonais. Ne vous méprenez pas, cependant ! Les artistes japonais reprenaient des chansons américaines, certes, mais les adaptaient à leur propre langue et culture. Au-delà de la simple volonté de s’exprimer et de divertir, le jazz était aussi inhérent à la domination des Etats-Unis.

La culture est une composante majeure de la capacité d’influence d’un pays, c’est-à-dire de son « soft power ». « L’occupation du Japon par les Américains après la Deuxième Guerre mondiale a fourni aux Japonais leur première expérience directe et intense de cette musique, » confie Yozo Iwanami, un grand critique musical japonais.[1] La présence militaire américaine durant une décennie a permis au jazz de grandir et de prospérer dans des villes comme Tokyo, Nagoya, Kobe, mais aussi Osaka. Le quartier des spectacles d’Osaka, Dōtonbori, avait déjà été au cœur des célébrations de ce genre musical dans les années 1920 grâce à de nombreux salons de danse, et avait même été surnommé « la Mecque japonaise du jazz » par Ryōichi Hattori, l’un des artistes de jazz les plus connus d'après-guerre.[2]

L’occasion pour des musiciens japonais, tels que la pianiste Toshiko Akiyoshi, de se passionner pour ce style de musique et devenir professionnellement reconnus. Le jazz était alors ressenti comme une aliénation américaine et les musiciens japonais ont dû le « japoniser » peu à peu en utilisant des instruments traditionnels tels que le Tsuzumi et des mélodies de la musique de cour japonaise ou encore une esthétique inspirée du Bouddhisme zen. Force est de constater qu'il n'y a pas eu de fusion entre la tradition musicale japonaise et le jazz, comme pour les musiques afro-cubaines et caribéennes, latines, brésiliennes... tous lieux qui avaient en commun, même différenciés, les esclaves d'Afrique. Le phénomène est doublement musical et culturel : échelles de sons, instruments, rapport social à la musique, si bien que le jazz japonais s’affirme comme une musique originale et inédite. 

Aujourd’hui, le jazz japonais s’est affranchi de l’influence américaine et constitue un genre à part entière, notamment grâce aux écoles de jazz fondées depuis la fin des années 1960. La première école, le Yamaha Institute of Popular Music, a été ouverte en 1965 par le saxophoniste Sadao Watanabe après son retour de la Berklee School of Music de Boston où il a étudié.

La ville d’Osaka continue d’être au centre du mouvement. Dans cet esprit, la ville a organisé une compétition de jazz, en 2013 – la Asian Dream Jazz Competition, dont Thelonious Monk Jr. était membre du jury – , et compte divers clubs spécialisés dans ce genre.

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