La liberté des médias pour un avenir meilleur : contribuer à l’agenda de développement post-2015

La Journée mondiale de la liberté de la presse 2014 mettra l’accent sur trois thèmes interdépendants : l’importance des médias dans le développement ; la sécurité des journalistes et l’état de droit ; et la durabilité et l’intégrité du journalisme.

En 2015, les nobles Objectifs du Millénaire pour le développement (OMD) toucheront à leur fin. Leur influence sur la formation des flux d’aide au développement et des politiques et pratiques nationales a été considérable. Ils seront probablement remplacés par une nouvelle série d’objectifs actuellement débattus au niveau international sous l’étiquette « agenda pour le développement post-2015 ».

Un Groupe de personnalités éminentes coprésidé par la Présidente libérienne, le Président indonésien et le Premier Ministre britannique  a été créé par le Secrétaire général de l’ONU de faire des recommandations sur la question . Son rapport recommande, de façon détaillée, 12 objectifs universels pour la décennie post-2015. La Journée mondiale de la liberté de la presse 2014 est vue comme une nouvelle contribution au débat qui se tient actuellement sur le développement post-2015.

Certains des objectifs énumérés par le Groupe ont un lien direct avec les OMD actuels, tandis que d’autres sont relativement nouveaux. On notera, parmi les nouveaux objectifs, ceux qui assurent une bonne gouvernance et des institutions efficaces, et qui mettent spécifiquement en avant la liberté d’expression et des médias, l’ouverture, la transparence et l’accès à l’information.
Une autre contribution au débat a été apportée par le Groupe des Nations Unies sur la société de l’information . Celui-ci a proposé que les TIC soient, comme catalyseurs essentiels du développement, pleinement reconnus dans l’agenda pour le développement post-2015, soulignant que « les TIC en général, et l’Internet en particulier, jouent un rôle important pour ce qui est d’assurer un développement fondé sur les droits, notamment en permettant un exercice plus large de la liberté d’expression et de la liberté de la presse, qui sont à leur tour essentielles pour lutter contre la corruption, prendre en compte les questions d’égalité des genres, renforcer l’obligation de rendre des comptes, et promouvoir un développement social inclusif » .

Les observations faites par les deux groupes susmentionnés coïncident avec les positions défendues de longue date par l’UNESCO. Depuis sa création, celle-ci place la liberté d’expression et la liberté des médias au cœur de sa mission. Son Acte constitutif, adopté en novembre 1945, énonce que l’Organisation « favorise la connaissance et la compréhension mutuelle des nations en prêtant son concours aux organes d’information des masses » et encourage « la libre circulation des idées, par le mot et par l’image ». L’UNESCO suit en outre la Déclaration universelle des droits de l’homme, dont l’article 19 stipule : « Tout individu a droit à la liberté d’opinion et d’expression, ce qui implique le droit de ne pas être inquiété pour ses opinions et celui de chercher, de recevoir et de répandre, sans considérations de frontières, les informations et les idées par quelque moyen d’expression que ce soit ». Dans la Déclaration de Windhoek (1991), l’UNESCO a défini la liberté de la presse comme englobant la liberté, le pluralisme et l’indépendance des médias. Dans les années qui ont suivi, l’importance de la sécurité des journalistes et de la sensibilité aux questions de genre est devenue partie intégrante de cette conceptualisation.

À sa 37e session, en novembre 2013, la Conférence générale de l’UNESCO a adopté une résolution qui souligne l’importance de mettre en avant, dans l’agenda pour le développement post-2015, trois préoccupations essentielles : la liberté d’expression, l’accès universel au savoir et sa conservation ; et des médias libres, pluralistes et indépendants, tant hors ligne qu’en ligne. Cette résolution a décrit ces éléments comme étant indispensables à l’épanouissement des démocraties et au développement de la participation des citoyens.

Pour l’UNESCO, la liberté d’expression et son corollaire, la liberté de la presse et la liberté de l’information, sont deux droits fondamentaux ainsi que des catalyseurs de nombreux objectifs en rapport avec l’agenda pour le développement post-2015 . Il s’agit notamment de la bonne gouvernance, de la transparence et de l’accès à l’information, de l’autonomisation des femmes et des jeunes, de la lutte contre la pauvreté et de veiller à créer des sociétés stables et pacifiques.

Cependant, il n’est pas acquis que la pleine reconnaissance de l’importance des médias va trouver son chemin dans la version finale de l’agenda pour le développement post-2015. Il faut que les partisans de la liberté de la presse dans le monde comprennent la situation et alimentent le débat si l’on veut que ces idées s’intègrent à la conceptualisation progressive de la signification du développement et aux mesures prises pour atteindre cet objectif.

La raison pour laquelle des médias libres, pluralistes et indépendants, imprimés, radiodiffusés ou en ligne, sont essentiels à un programme de développement global est le fait qu’ils facilitent la création d’une sphère publique inclusive propre à associer les citoyens aux processus de bonne gouvernance et de développement durable. Les médias sont essentiels si l’on veut que le pluralisme culturel joue son rôle de moteur du développement, et si l’on veut qu’il y ait une éducation informelle généralisée pour soutenir le développement.

En particulier, dans le paysage plus large des médias, il est reconnu que les médias d’information – qu’ils soient privés, publics ou communautaires – sont particulièrement importants. Ils aident la société à définir le sens du développement, y compris sa relation avec les droits de la personne et les valeurs démocratiques. Ils contribuent à déterminer l’ordre du jour et à informer le public. En outre, ces médias, ainsi que ceux qui contribuent au journalisme public, y compris les médias sociaux, assurent une veille pour le compte de la population, scrutant les personnes qui sont au pouvoir, exposant les malversations et promouvant la transparence.

Du point de vue du développement, la sécurité des journalistes est fondamentale si l’on veut que ces fonctions soient assurées. À la fin de novembre 2013, cependant, l’UNESCO avait comptabilisé 65 journalistes assassinés dans l’année . Les années précédentes, seuls quelques-uns des tueurs ont été traduits en justice. La sécurité des journalistes dans une société reflète la solidité de l’état de droit, élément vital pour tout gouvernement chargé de promouvoir le développement. À ce titre, la sécurité des journalistes renseigne sur la fragilité ou l’échec d’un État, situation qui est globalement l’un des principaux obstacles au développement.

Dans ce contexte, le Plan d’action des Nations Unies sur la sécurité des journalistes et la question de l’impunité, adopté en 2012 par le Conseil des chefs de secrétariat des Nations Unies, est une étape importante sur la voie de l’agenda pour le développement post-2015. Le Plan invite les institutions des Nations Unies, d’autres organisations internationales, les gouvernements, les médias et la société civile à unir leurs forces pour mettre fin au massacre de journalistes et à l’impunité qui l’accompagne, qui contribue à perpétuer ce cycle. Le Plan de travail de l’UNESCO sur la sécurité des journalistes, adopté en 2013, renforce cette dynamique. Par ailleurs, l'Assemblée générale des Nations unies , en 2013, et le Conseil des droits de l'homme , en 2012, ont également adopté une résolution sur la sécurité des journalistes. À ce jour, des progrès ont été réalisés dans la sécurité des journalistes, et la Journée mondiale de la liberté de la presse est l’occasion de renforcer et de développer l’action menée actuellement.

Outre qu’il a besoin de journalistes libres, pluralistes, indépendants et protégés, le développement repose également sur la viabilité et le professionnalisme du journalisme lui-même. À ce titre, l’état du journalisme lui-même est une question de développement. Le terme « viabilité », dans ce contexte, signifie une base institutionnelle viable qui favorise et protège l’indépendance du journalisme ; celui de « professionnalisme » renvoie à des normes telles que la vérification et l’intérêt général, qui donnent au journalisme son intégrité et le distinguent d’autres utilisations de la liberté d’expression. Le professionnalisme englobe également l’aptitude des journalistes à rendre compte d’aspects essentiels du développement, notamment de l’exclusion sociale, de la pauvreté, de la science et de l’environnement.

Dans le paysage médiatique évolutif actuel, les médias sociaux en ligne créent de nouvelles possibilités, mais aussi des problèmes pour les médias d’information traditionnels. Les distinctions de longue date qui s’opéraient, par exemple, entre le contenu éditorial et la publicité s’estompent. Il se produit des chevauchements entre les médias communautaires et ceux d’autres secteurs, car de plus en plus, tous intègrent les médias sociaux et donnent la parole au public. Il se pose la question du rôle distinctif des médias d’information face à de nombreux acteurs nouveaux, individus et institutions, qui génèrent ou suscitent de l’information hors des institutions traditionnelles. Les communications électroniques et les masses de données soulèvent d’importantes questions sur la façon dont la vie privée et l’éthique influent sur la liberté d’expression et la confidentialité des sources des journalistes. L’accès accru du public aux moyens de communication soulève d’autres questions d’accessibilité telles que les exclusions liées à la langue, au sexe et à d’autres facteurs. Il importe de plus en plus que le public sache utiliser les médias et l’information pour pouvoir trouver et évaluer les flux d’information liés au développement et à ses débats et contribuer à leur intégrité.

En résumé, la Journée mondiale de la liberté de la presse 2014 abordera les questions connexes du rôle des médias dans le développement, de la nécessité correspondante d’une sécurité des journalistes, et du développement du journalisme lui-même.

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