Des médias libres, facteurs de bonne gouvernance, d’autonomisation et d’éradication de la pauvreté

Dans le rapport du Groupe de haut niveau sur l’agenda pour le développement post-2015, la bonne gouvernance est comprise comme l’aptitude d’une société à garantir l’état de droit, la liberté de parole et une gestion des affaires publiques ouverte et responsable. À son tour, la liberté d’expression est un pilier essentiel de la gouvernance globale, ce droit permettant à autant de citoyens que possible d’alimenter, de suivre et de mettre en œuvre les décisions publiques relatives au développement. L’importance de la liberté de la presse dans la promotion d’une bonne gouvernance est soulignée par le nombre croissant de personnes qui ont accès à un vaste ensemble de plates-formes médiatiques. Comme l’a noté une étude, « Liberté de la presse et gouvernance ne s’excluent pas l’une l’autre : elles s’entretiennent tout en favorisant le développement économique et humain d’un pays » .

En particulier, des médias d’information libres, pluralistes et indépendants, sur toutes les plates-formes, sont importants pour faciliter la bonne gouvernance et la transparence. Dans le paysage médiatique qui s’est fortement étendu, les médias d’information restent des canaux essentiels pour les évaluations publiques en cours des activités du gouvernement et d’autres institutions qui ont un impact sur le développement. Le journalisme consiste à porter l’information et l’opinion dans le domaine public. Il fournit une plate-forme de discussion sur un éventail de questions relatives au développement, comme l’environnement, la science, le sexe, la jeunesse, la paix, la pauvreté et la participation. Ce n’est que lorsque les journalistes sont libres de surveiller, d’enquêter et de critiquer les politiques et les actions d’une société qu’une bonne gouvernance peut prendre racine.

La transparence est une question de gouvernance qui revêt une grande importance pour le développement et le rôle qu’y jouent les médias d’information. Un manque de transparence finit par nourrir la corruption, qui est l’un des problèmes les plus difficiles auxquels les États doivent faire face dans le processus de développement. Un journalisme d’investigation indépendant est l’allié d’un gouvernement ouvert et améliore l’efficacité et, partant, la légitimité des processus de développement. Il importe également de noter que des études ont montré que, très souvent, il existait une corrélation entre des taux de corruption élevés et un faible niveau de liberté de la presse . Comme le dit Amartya Sen, lauréat du prix Nobel d’économie, «... dans la terrible histoire des famines survenues dans le monde, aucune ne s’est produite dans un pays indépendant et démocratique, jouissant d’une relative liberté de la presse ».

Une société à qui l’on garantit l’accès aux documents publics et aux processus de prise de décisions publiques peut mettre en lumière les conflits d’intérêts et informer les citoyens sur les processus de développement. Cela est grandement facilité par un solide droit à l’information qui permet aux citoyens, y compris les médias d’information, d’accéder rapidement, librement et facilement à l’information publique. Les lois sur la liberté de l’information se multiplient dans le monde, mais il faut améliorer leur mise en œuvre si l’on veut qu’elles contribuent au développement.

Pour progresser vers la bonne gouvernance et le développement, il faut réformer les lois relatives aux médias et à la diffamation. Les lois relatives à l’insulte et à la diffamation demeurent disproportionnées par rapport aux restrictions légitimes admises au plan international en matière de liberté d’expression. Ces lois restrictives empêchent artificiellement des fonctionnaires d’être surveillés par les médias ou par le public. Elles ont un effet dissuasif sur la liberté d’expression et paralysent la bonne gouvernance sur le long terme. Pour réformer de façon à façonner le développement en permettant un débat critique, il faut dépénaliser complètement la diffamation. De même, de nombreuses lois adoptées à l’époque coloniale ou pendant des dictatures sont incompatibles avec une participation du public à la décennie de développement à venir.

Des médias libres, pluralistes et indépendants favorisent également l’autonomisation, comprise comme processus social, économique et politique résultant naturellement de l’aptitude croissante du public à utiliser et à fournir des informations crédibles représentant une pluralité d’opinions, de faits et d’idées. Il s’agit là d’une approche centrée sur la personne qui revêt une importance particulière pour les femmes, les jeunes et les groupes marginalisés comme acteurs du développement.

Le rapport du Groupe de haut niveau préconise également de placer les gens « au centre d’un nouveau partenariat mondial ». Pour ce faire, il faut donner aux gens la liberté d’exprimer leurs opinions et de participer sans crainte aux décisions qui ont une incidence sur leur vie. Il faut qu’ils puissent avoir accès à une information pluraliste et à des médias indépendants, et participer davantage aux médias sociaux et aux activités de collaboration ouverte. De cette manière, les gouvernements, les entreprises, les organisations de la société civile et le monde universitaire peuvent interagir avec les citoyens, comprendre leurs besoins et y répondre de manière innovante.

L’un des Objectifs du Millénaire pour le développement (OMD) est la réduction de la pauvreté et, tandis que des progrès ont été accomplis, cet objectif restera une priorité de l’agenda pour le développement post-2015. La pauvreté est plus qu’un manque de ressources ; c’est un manque d’autonomie. Pour atteindre l’objectif visé, il importe de mettre à la disposition des pauvres des informations fiables et de qualité, ainsi que des plates-formes qui leur permettent de se faire entendre. Cela vaut particulièrement pour deux groupes généralement touchés de manière disproportionnée par la pauvreté : les femmes et les jeunes.

Autonomiser les femmes. L’une des recommandations du Groupe de haut niveau est d’assurer l’égalité des sexes et d’éliminer la violence contre les femmes. Vu le faible nombre de femmes qui exercent dans les médias dans la plupart des sociétés et les pressions particulières auxquelles elles sont souvent confrontées, il reste beaucoup à faire pour promouvoir l’égalité des sexes dans cette profession. L’Alliance mondiale genre et médias de l’UNESCO, lancée à Bangkok en décembre 2013, est une étape importante dans cette direction.

Autonomiser les jeunes. Les jeunes sont souvent les premiers à adapter les technologies, y compris les technologies de l’information et de la communication (TIC). L’utilisation de ces dernières par les jeunes a joué un rôle crucial dans le mouvement politique mondial, depuis le mouvement Reformasi à la fin des années 1990 jusqu’au récent Printemps arabe. Il faut faire en sorte que la voix des jeunes, soutenue par l’information et les médias, soit entendue dans les débats consacrés au développement.

La Journée mondiale de la liberté de la presse 2014 sera un moment opportun pour faire mieux comprendre les médias et l’agenda pour le développement post-2015.

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