Un journalisme viable et professionnel, partie intégrante du développement

Pour que des médias libres, indépendants et pluralistes puissent jouer pleinement leur rôle dans le développement, il faut qu’ils puissent pratiquer un journalisme viable, professionnel et crédible. Les médias privés dépendent, pour exister et se développer, de la croissance du marché, qui a, en de nombreux endroits, été entravée par la crise économique consécutive aux crises financières qui ont débuté en 2007.

Les médias publics, qui, pour leur contenu, dépendent moins du marché, font face à des gouvernements plus réticents à les financer malgré le rôle qu’ils jouent dans le développement. Les médias communautaires continuent d’être particulièrement utiles pour autonomiser les groupes marginalisés, y compris les communautés autochtones ou rurales, par une « participation populaire » , qui permet aux gens de fixer leurs propres priorités et d’élaborer des solutions qui peuvent être spécifiques à des problèmes locaux. Leur base commerciale, cependant, demeure souvent précaire, notamment en raison du manque de réglementation et de reconnaissance, par les donateurs, de l’intérêt qu’ils présentent pour le développement. L’UNESCO est consciente du fait que ce sont les communautés les plus touchées par la pauvreté qui sont le moins en mesure de communiquer et d’obtenir des informations. De ce fait, elles sont exclues du débat public et incapables d’influencer les décisions qui ont un effet profond sur leur vie quotidienne. Cela est évident pour les services de base : pour sa santé, par exemple, une société a besoin d’informations sur l’eau et l’assainissement, les vaccins, l’environnement, etc. Sans médias viables dans tous les secteurs (privé, public et communautaire), cette marginalisation a toutes les chances de persister.

Aujourd’hui, tous les médias d’information, publics, privés ou communautaires, se demandent comment traiter les nouveaux acteurs – blogueurs, ONG, entreprises privées et organismes publics – qui génèrent de l’information pour le public. Souvent, les médias traditionnels se heurtent à des problèmes liés à leur entrée dans le monde de l’information en ligne. Leur engagement auprès du public par l’entremise de la téléphonie cellulaire et des médias sociaux en ligne a entraîné des chevauchements entre les médias communautaires et les médias privés et commerciaux, tous les secteurs permettant de plus en plus la participation du public. La plupart des médias d’information rencontrent également des difficultés de production et de diffusion du fait des changements qui interviennent dans les structures publicitaires. Tous ces facteurs ont une incidence sur la viabilité et la qualité du journalisme, ainsi que sur le rôle qu’il joue dans le développement.

Le professionnalisme, s’agissant du journalisme, tient dans le respect de normes telles que la vérification des contenus, la confidentialité des sources, l’équité et l’intérêt général. Cette intégrité a été remise en question de plusieurs façons. Souvent, les frontières entre contenu éditorial et publicité sont floues. Le vaste écosystème de contributeurs de contenus compte non seulement des personnes qui ne comprennent ou ne respectent pas les normes professionnelles du journalisme, mais aussi d’autres qui ne bénéficient pas toujours des mêmes protections que les journalistes traditionnels. La montée en puissance d’intermédiaires du Net susceptibles de restreindre la liberté d’expression a produit un nouvel ensemble de « sentinelles », dont nombre sont peu ou pas préparées à assumer ce rôle. Équilibrer le droit à la libre expression et d’autres tels que le droit à la vie privée, à la réputation et à la sécurité est une entreprise nouvelle pour laquelle on manque de recul, notamment en ce qui concerne l’Internet. Les débats qui opposent l’autorégulation à la privatisation de la censure par des intermédiaires du Net n’en sont qu’au stade embryonnaire. Les normes juridiques relatives à la limitation de la liberté d’expression, toutes plates-formes confondues, ne sont encore souvent pas pleinement conformes aux principes internationaux qui exigent, pour être légitimes, transparence, proportionnalité et finalité appropriée. Se pose également, dans ce domaine, la question de l’éthique journalistique, sur des points tels que la vérification et l’équité. Enfin, pour ce qui est de couvrir des aspects complexes du développement, les compétences journalistiques, qu’il s’agisse de l’attention portée à l’égalité des sexes ou de la couverture du changement climatique, sont souvent insuffisantes.

Simultanément, le développement des plates-formes médiatiques soulève des questions d’élargissement de l’accès (haut débit, égalité des sexes, clivage ville-campagne, barrière linguistique). Dans un contexte d’accroissement de l’information, l’intégrité du journalisme dépend également de la compétence des journalistes. Il est de plus en plus nécessaire qu’ils soient équipés pour trouver et évaluer l’information et participer au débat mené sur le développement.

Tout cela a une incidence sur l’évolution des médias dans le cadre du développement global. Il faudra donc, pour résumer, que la Journée mondiale de la liberté de la presse 2014 se penche à la fois sur la viabilité et le professionnalisme du journalisme, et sur la compétence des producteurs et consommateurs d’information.

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