Les nouveaux obstacles : blocage en ligne, censure, surveillance, sécurité des journalistes et blogueurs

D’après l'Union internationale des télécommunications (UIT), près de 2 milliards de personnes - plus d'un quart de la population mondiale - ont désormais accès à l'Internet. Ce phénomène a considérablement modifié le paysage médiatique et les flux d'informations. Grâce à sa capacité d’accueil et son potentiel de participation, l'Internet a ouvert de nouveaux horizons à la liberté d'expression, et cette tendance ne pourra que se confirmer à l'avenir.

L'une des pratiques les plus répandues sur l'Internet est le blogging. Le nombre de blogsƒ dans le monde est passé de 22 millions en 2005 à plus de 100 millions en 2010. Le phénomène se distingue entre autres caractéristiques par son caractère décentralisé et par la vitesse de diffusion des informations qu’il véhicule. En l’absence des dispositifs de contrôle propres aux médias traditionnels (droit de regard du rédacteur en chef ou règles professionnelles préétablies), les blogueurs sont en mesure de diffuser leurs informations presque instantanément. Et comme d’autre part le réseau est décentralisé, les internautes sont souvent mieux placés que les agences de presse pour apporter un témoignage de première main sur les événements qui se déroulent près de chez eux.

Les blogueurs sont confrontés dans une certaine mesure aux mêmes risques et aux mêmes tentatives d’intimidation que les journalistes professionnels, comme en témoignent les nombreux exemples de filtrage des contenus et de déconnexion, voire d'arrestation, dont ils sont victimes. Le Comité pour la protection des journalistes (CPJ) a constaté qu'en 2008, pour la première fois, on recensait plus de « journalistes en ligne », autrement dit d’internautes, emprisonnés pour délit d’opinion, que de journalistes des médias traditionnels. Dès lors que les blogueurs attitrés ou occasionnels constituent une source permanente d’information des médias, il est nécessaire d’assurer la protection de ces internautes, puisqu’ils exercent les mêmes responsabilités et courent les mêmes risques que les journalistes professionnels.

Dans le même temps, l’essor de l'Internet a également accru de façon notable le pouvoir de surveillance des gouvernements, faisant peser de nouvelles menaces sur les professionnels des médias et les citoyens, et suscitant des inquiétudes croissantes sur la difficulté de garantir la circulation libre et gratuite de l'information. S’ils donnent à l’internaute lambda le moyen de s’exprimer, les sites populaires de réseautage social et de micro-blogging peuvent être également utilisés par les pouvoirs publics pour identifier, localiser ou même arrêter des citoyens. Un rapport commandé en 2010 par l'UNESCO - Freedom of Connection - Freedom of Expression: The Changing Legal and Regulatory Ecology Shaping the Internet (Liberté de connexion - liberté d'expression : évolution de l’environnement juridique et réglementaire de l'Internet), montre qu’avec l’accès de plus en plus ouvert à l'information dans le cyberespace, l’escalade dans la censure et le filtrage de l’information n’est plus seulement le fait de gouvernements, mais aussi de groupes d’intérêts privés.

L’utilisation par des entités puissantes, gouvernementales ou non, des plates-formes des médias numériques au détriment de la liberté de la presse a également des répercussions sur le journalisme d'investigation. Considéré de longue date comme incarnant la fonction de vigilance du quatrième pouvoir, le journalisme d'investigation a toujours bénéficié d’une image positive, surtout dans les pays où les médias étaient le mieux implantés. Le journalisme d'investigation est en effet un instrument puissant pour contrer toute tentative d’occultation de la vérité en dévoilant aux yeux du public les informations délibérément cachées par les gens au pouvoir ou perdues dans la masse chaotique des faits et des circonstances. C’est donc un élément essentiel de la liberté d'expression et de la liberté d'information. Reste à savoir si la profusion des médias numériques contribuera à promouvoir ou affaiblir cette forme de journalisme.  

 

Éléments de réflexion :

  • Comment les gouvernements utilisent-ils les outils numériques pour traquer, arrêter et réduire au silence les blogueurs ?
  • les reporters-citoyens peuvent-ils se protéger pour échapper à la censure et la surveillance ?
  • En quoi les organisations qui se consacrent à la défense et à la protection des journalistes et de la liberté d'expression sont-elles affectées par la montée des médias numériques ? Fonctionnent-elles différemment d’il y a 20 ans ?
  • Partout dans le monde, des journalistes continuent à être soumis à des violences : agressions physiques, meurtres, emprisonnement. Que nous montrent ces tendances ?
  • De nombreux pays se sont dotés de lois réprimant l'injure et la diffamation. Ces lois sont-elles utilisées pour poursuivre les journalistes professionnels et des citoyens ? Conduisent-elles à une forme d'autocensure des médias ?

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