Déclaration de Colombo

Médias, développement et éradication de la pauvreté. Colombo, le 2 mai 2006

Nous, participants à la Conférence mondiale sur la liberté de la presse tenue, sous le parrainage de l'UNESCO, à Colombo (Sri Lanka) les 1er et 2 mai 2006 : 

- Rappelons l'article 19 de la Déclaration universelle des droits de l'homme, qui proclame : « Tout individu a droit à la liberté d'opinion et d'expression, ce qui implique le droit de ne pas être inquiété pour ses opinions et celui de chercher, de recevoir et de répandre, sans considérations de frontière, les informations et les idées par quelque moyen d'expression que ce soit » ; 

- Reconnaissons que l'éradication de toutes les formes de pauvreté passe par une approche multidimensionnelle du développement humain dans un certain nombre de domaines nécessaires à la réalisation d'un niveau de vie adéquat et à l'exercice des autres droits civils, culturels, économiques, politiques et sociaux ; 

- Soulignons que la liberté d'expression est un droit fondamental pour la promotion et l'exercice des autres droits civils, culturels, économiques, politiques et sociaux et que la liberté de la presse est un des aspects à prendre en compte pour une approche du développement fondée sur les droits de l'homme, telle qu'elle a été formulée dans la Déclaration du Millénaire des Nations Unies et dans les Objectifs du Millénaire pour le développement ; 

- Rappelons la Convention sur l'élimination de toutes les formes de discrimination à l'égard des femmes, adoptée en 1979 par l'Assemblée générale des Nations Unies, qui demande instamment à la communauté internationale de faciliter l'autonomisation des femmes ; 

- Rappelons la Convention relative aux droits de l'enfant de 1989, qui engage les États membres à promouvoir la participation de l'enfant et sa prise en compte dans les médias nationaux ; 

- Rappelons la Convention internationale sur l'élimination de toutes les formes de discrimination raciale de 1965 ; 

- Réaffirmons la résolution 55 adoptée par la Conférence générale de l'UNESCO à sa 33e session(Déclarations de Belgrade et de Dakar), dans laquelle celle-ci a constaté que l'indépendance et le pluralisme des médias sont des éléments fondamentaux de la bonne gouvernance, d'un développement fondé sur les droits de l'homme et de la prévention des conflits violents, qui sont autant de moyens essentiels de lutter contre la pauvreté ; 

- Rappelons les deux phases, de Genève (2003) et Tunis (2005), du Sommet mondial sur la société de l'information, où la liberté d'expression a été désignée comme l'un des quatre grands piliers sur lesquels devaient être bâties les sociétés du savoir ; 


Déclarons à l'unanimité que : 

- Chacun devrait bénéficier de la liberté d'expression. Celle-ci nécessite une participation effective de la population locale en vue de donner aux individus et aux groupes les moyens de lutter eux-mêmes contre la pauvreté, la faim, la maladie, la discrimination, la vulnérabilité, l'exclusion sociale et la dégradation de l'environnement, et pour le droit à l'éducation ; 

- Pour qu'elle contribue à l'éradication de la pauvreté, il importe de reconnaître que la liberté d'expression est un droit fondamental protégé par l'existence de médias libres, indépendants et pluralistes ; 

- L'UNESCO, en tant qu'organisation chef de file au sein du système des Nations Unies pour les questions relatives à la liberté d'expression, devrait poursuivre et intensifier ses activités en matière d'élaboration de politiques et ses programmes en faisant office de plate-forme de dialogue entre les parties intéressées pour les questions en rapport avec la liberté d'expression ; 

Demandons aux États membres : 

- D'inclure la liberté de la presse et le développement de médias libres, pluralistes et indépendants comme des éléments essentiels dans leurs stratégies de promotion du développement, d’éradication de la pauvreté et de réalisation des Objectifs du Millénaires pour le développement ; 

- De veiller à ce que les auteurs d'attaques dirigées contre les professionnels et les institutions des médias soient poursuivis et traduits en justice ; 

- D'élaborer des politiques nationales qui assurent l'accès et la participation à l'information et à la communication des personnes vivant dans une situation de pauvreté, y compris l'accès aux licences et à une partie équitable de la bande de fréquences ; 

- D'étendre le bénéfice des technologies de l'information et de la communication (TIC), en particulier aux populations pauvres et marginalisées ; 

- De mettre sur pied des politiques nationales et des cadres juridiques d'accompagnement qui donnent des moyens d'agir aux médias communautaires et les encouragent ; 

- De transformer les médias contrôlés par l'État ou le gouvernement en services publics indépendants et de garantir leur indépendance sur le plan éditorial et financier ; 

- D'encourager les services de radiodiffusion publics à traiter les questions se rapportant à l'éradication de la pauvreté ; 


Demandons aux organes de presse, aux associations professionnelles et aux organisations de médias : 

- De faire en sorte que les pauvres et les groupes marginalisés puissent faire entendre leur voix ; 

- De veiller sans faillir à assurer le respect de la transparence et de l'obligation de rendre des comptes par les pouvoirs publics, les entreprises privées et les organisations de la société civile dans leurs efforts pour éliminer la pauvreté ; 

- De s'employer à assurer la transparence et à combattre la corruption au sein des médias ; 

- De rendre compte de manière incisive des questions liées à l’éradication de la pauvreté et à la réalisation des Objectifs du Millénaire pour le développement et au développement humain fondé sur les droits ; 

- De soutenir les associations et organismes professionnels indépendants, pluralistes et bénévoles en tant que vecteurs du développement des médias et de la défense de la liberté de la presse ; 

- De travailler ensemble pour convaincre les institutions de développement que le renforcement de l'indépendance des médias est un élément essentiel de la lutte contre la pauvreté ; 

Demandons aux Nations Unies, aux institutions financières internationales et aux gouvernements donateurs : 

- D'entreprendre et de financer de plus amples recherches sur les liens entre éradication de la pauvreté, développement de médias libres, indépendants et pluralistes et liberté de la presse, ainsi que de diffuser les données déjà existantes ; 

- D'affirmer le rôle décisif des médias dans les efforts pour dénoncer et combattre la corruption et de prendre des mesures concrètes pour soutenir la liberté de la presse de concert avec les professionnels des médias et d'autres acteurs non gouvernementaux ; 

- De prendre publiquement une position ferme lorsque des gouvernements nationaux ou d'autres parties portent atteinte au droit à la liberté d'expression des médias ; 

- D'intensifier et de coordonner leurs efforts en faveur de systèmes de médias libres, indépendants et pluralistes au moyen de mécanismes d'appui financier à long terme, ainsi notamment que par la recherche, la formation, le renforcement des capacités et le développement des infrastructures ; 

et 

- Invitons le Directeur général de l'UNESCO à présenter cette Déclaration à la Conférence générale de l'UNESCO pour approbation et d'élaborer une stratégie en vue de l’établissement d’un plan d'action concret pour le système des Nations Unies, les donateurs gouvernementaux et non gouvernementaux et les partenaires de la société civile, conformément aux principes énoncés dans la présente Déclaration. 

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