Déclaration de Dakar

Médias et bonne gouvernance

Nous, les participants à la conférence organisée sous l'égide de l'UNESCO à l'occasion de la Journée mondiale de la liberté de la presse et qui s'est tenue à Dakar (Sénégal) du 1er au 3 mai 2005 :

Rappelant l'article 19 de la Déclaration universelle des droits de l'homme aux termes duquel : "Tout individu a droit à la liberté d'opinion et d'expression, ce qui implique le droit de ne pas être inquiété pour ses opinions et celui de chercher, de recevoir et de répandre, sans considérations de frontières, les informations et les idées par quelque moyen d'expression que ce soit", 

Rappelant les Objectifs du Millénaire pour le développement adoptés par les Nations Unies, qui préconisent une approche du développement fondée sur les droits de l'homme et dans laquelle la participation et la transparence en matière de prise de décision, l'autonomisation et la responsabilité jouent un rôle de premier plan, 

Réaffirmant la Déclaration de Windhoek du 3 mai 1991, qui a défini les principes garantissant l'existence de médias indépendants et pluralistes et qui a été approuvée par la Conférence générale de l'UNESCO en 1991, 

Réaffirmant les Déclarations d'Alma Ata, de Santiago, de Sanaa, de Sofia ainsi que la Plate-forme d'action de Toronto et la Charte africaine sur la radiotélédiffusion qui ont donné aux principes énoncés dans la Déclaration de Windhoek des prolongements concrets, 

Notant que la participation accrue des citoyens aux processus démocratiques, l'état de droit, la lutte contre la corruption, le respect de la séparation des pouvoirs et l'indépendance du système judiciaire, la transparence, la responsabilité, l'accès à l'information, la réduction de la pauvreté et le respect des droits de l'homme sont des éléments clés de la bonne gouvernance, 

Mettant l'accent sur le fait que des médias indépendants et pluralistes sont indispensables pour garantir la transparence, la responsabilité et la participation, qui sont des aspects fondamentaux de la bonne gouvernance et du développement fondé sur les droits de l'homme, 

Soulignant que le droit d'accéder librement à l'information détenue par les organismes publics est une dimension essentielle de la bonne gouvernance, 
Insistant sur le fait que le respect des principes de bonne gouvernance revêt une importance cruciale pour réduire la pauvreté au niveau mondial, 

Rendant hommage aux journalistes et aux autres professionnels des médias qui, pour sauvegarder la démocratie, risquent la mort, la prison ou d'autres formes de harcèlement, 

Prions le Directeur général de l'UNESCO de transmettre la présente Déclaration à la Conférence générale pour approbation et 

Demandons aux États membres : 

De veiller à ce que les institutions étatiques fonctionnent dans le respect des principes de transparence, de responsabilité et d'accès du public à l'information ; 

De respecter la fonction des médias, qui sont un facteur essentiel de bonne gouvernance et ont un rôle déterminant à jouer pour ce qui est de rendre les processus décisionnels plus transparents et plus responsables et de communiquer les principes de bonne gouvernance aux citoyens ; 

De créer un environnement propice à l'essor du secteur des médias sur la base de l'indépendance, de la viabilité, du pluralisme et du professionnalisme ; 

De transformer les organes d'information étatiques et gouvernementaux en médias de service public et de garantir leur indépendance rédactionnelle et financière ; 

De garantir l'indépendance des organes de régulation du secteur audiovisuel ainsi que leur rôle dans la promotion de la diversité médiatique, y compris à travers les médias communautaires ; 

De prévoir des garanties juridiques détaillées pour le droit d'accès à l'information, en consacrant le droit d'accès à l'information détenue par tous les organismes publics et en obligeant ceux-ci à publier les informations relevant des catégories de données essentielles et à mettre en place des systèmes d'archives efficaces, et de prendre les dispositions voulues pour que ces garanties s'appliquent concrètement ; 

De faire largement connaître au public la législation et les politiques concernant l'accès à l'information détenue par les pouvoirs publics ; 

De se conformer au principe qui veut que les travaux des organes législatifs soient ouverts au public ; 

De favoriser une large participation du public aux processus de gouvernance, notamment grâce à des moyens tels que les TIC et l'administration en ligne ; 

D'aider les médias à assurer une couverture professionnelle des élections en donnant en temps voulu aux journalistes des informations complètes et en garantissant aux partis politiques un accès équitable aux médias pendant toute la durée du processus électoral ; 
De dépénaliser la diffamation et d'abroger les lois qui accordent des protections spéciales aux représentants et aux institutions de l'État ; 

De prendre des mesures pour mettre un terme aux meurtres, agressions, harcèlements, arrestations et emprisonnements dont sont victimes les journalistes, notamment ceux qui enquêtent sur la corruption, et de n'épargner aucun effort pour que les auteurs de tels actes soient traduits en justice ; 

De garantir le droit pour les journalistes de protéger leurs sources confidentielles d'information ; 

De prendre, collectivement et à titre individuel, des mesures efficaces pour demander des comptes aux gouvernements qui répriment activement les médias ; 

Demandons aux médias et associations professionnelles : 

De s'engager à accomplir un travail objectif et professionnel et à mettre en place des mécanismes pour promouvoir un journalisme professionnel ; 

De s'engager à sensibiliser davantage le public aux affaires de corruption, de violation des droits de l'homme et d'autres abus de pouvoir, et d'enquêter sur ces affaires et d'en rendre compte de façon objective et professionnelle ; 

De soutenir les organismes indépendants qui surveillent les menaces contre la liberté de la presse et les violations commises en la matière ; 

De s'impliquer dans les programmes de formation en cours à l'intention des journalistes en vue de renforcer les normes professionnelles et déontologiques ; 

D'assurer la transparence en matière de propriété, de promouvoir la viabilité économique des médias et de favoriser l'indépendance des journalistes en améliorant leurs conditions de travail et en les rémunérant correctement ; 

De faire un travail d'information plus systématique pour favoriser la gouvernance participative en expliquant les processus de formulation des politiques gouvernementales et publiques ainsi qu'en surveillant les résultats de l'action des pouvoirs publics ; 

D'insister sur la sécurité des journalistes, notamment la formation en matière de sécurité, et de fournir une assurance contre les risques ; 

Demandons à l'UNESCO : 

De sensibiliser les gouvernements, les législateurs et les pouvoirs publics à l'importance de la liberté d'expression, notamment la liberté d'accès à l'information et la liberté de produire et de partager l'information ; 

D'encourager l'adoption d'une législation nationale sur l'accès à l'information et d'élaborer des principes internationaux sur l'accès à l'information ; 

De se doter elle-même d'une politique prévoyant l'accès à l'information qu'elle détient ; 

De promouvoir le rôle des médias comme instance de dialogue dans un cadre de gouvernance démocratique, en encourageant le travail de reportage indépendant et analytique ; 

De communiquer la présente Déclaration à d'autres organisations internationales et régionales pour qu'elles l'examinent ; 

D'utiliser la présente Déclaration comme document de référence pour les activités de l'Organisation dans ce domaine.

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