La Radiodiffusion en ondes courtes – Défis et Opportunités

Oldrich Cip Président de la Conférence de coordination sur les hautes fréquences (HFCC) © HFCC

« Si les ondes courtes avaient été inventée de nos jours, et non il y a 80 ans, elles seraient saluées comme une nouvelle technologie au potentiel énorme pour le monde dans lequel nous vivons. »

John Tusa,
Ancien Directeur de BBC World Service

L’environnement multiplateforme dans lequel évoluent les médias actuellement est source à la fois de défis mais aussi d’opportunités à saisir. Tandis qu’un grand nombre de services de diffusion en ondes courtes ont récemment été limités ou supprimés, ce média conserve sa pertinence pour beaucoup d’auditeurs critiques qui s’intéressent à une programmation régionale et internationale adoptant le point de vue des différentes communautés à travers le monde.

Les ondes courtes – Une technologie du passé ?

Un émetteur à ondes courtes est capable d’atteindre des auditeurs à l’échelle régionale et internationale. Ceci est dû aux propriétés uniques de propagation à longue distance de la radiodiffusion en ondes courtes portée par de multiples réflexions dans les différentes couches de la haute atmosphère. Les ondes courtes permettent une continuité du service là où le satellite, les ondes FM ou Internet ne sont pas disponibles en raison de coûts trop élevés, de région isolée, du manque d’infrastructure ou même de catastrophes d’origine humaine et naturelle. Les récepteurs sont, quant à eux, bon marché et d’accès gratuit. La radiodiffusion en ondes courtes est donc essentielle pour les habitants de régions isolées ou pour les voyageurs. Elle permet de dépasser la barrière numérique et d’atteindre les communautés les plus démunies et marginalisées. Toujours en conformité avec la Déclaration et le Plan d’Action du Sommet mondial sur la société de l’information.

La perspective d’une forte croissance des audiences dans de nombreuses régions de la planète est synonyme d’autant d’opportunités pour cette plateforme de diffusion. Trois milliards de personnes, soit 50 % de la population mondiale, vivent en dessous du seuil de pauvreté fixé à 2,50 USD par jour[1]. Ils préfèreraient comme moyen de communication posséder un téléphone portable, une radio, ou les deux. Pour la plupart d’entre eux, écouter une station FM locale, une station communautaire, ou des programmes internationaux est davantage à leur portée que l’achat d’un ordinateur, d’une télévision ou d’autres appareils électroniques.

La radiodiffusion en ondes courtes en cas d’urgence

La radiodiffusion en ondes courtes est toujours considérée comme un moyen de communication puissant et efficace en situation d’urgence.

Lors d’une catastrophe quelconque, les réseaux de communication locaux et régionaux peuvent être surchargés ou simplement détruits menant à un black-out de l’information.

Un système d’information détérioré en situation d’urgence est souvent source de frustration et de colère de la part des victimes. Pour ces personnes, la radiodiffusion en ondes courtes reste la seule source d’information dans ces situations.

Amateur radio enthusiasts have traditionally used shortwave communications to share information during emergencies when other communications systems fail. This practice is recognised and appreciated both by the public and the regulating bodies responsible for managing radio frequency spectrum. In contrast, professional broadcast facilities, whose transmitters are 10 to 100 times more powerful than those of amateur operators, are rarely used in emergencies.

Reduced interest and funding of shortwave broadcasting, including the dismantling of infrastructure, will make shortwave broadcasting during humanitarian disasters more difficult or even impossible.

La radio pour l’enseignement à distance

La radiodiffusion en ondes courtes est un formidable outil de formation à distance. Elle permet de toucher une audience d’enfants, de femmes et d’hommes là où les systèmes éducatifs traditionnels sont absents à cause du manque de fonds, d’infrastructures éducatives et de moyens d’y accéder. La radio peut ainsi servir d’outil de promotion de l’alphabétisation aussi bien chez les jeunes que chez les adultes. De plus, elle peut servir d’outil d’émancipation des femmes et jeunes filles dans les sociétés où le droit à l’éducation leur est refusé. Enfin, la radio peut permettre de fournir des instructions et des informations sanitaires aux communautés lors de catastrophes d’origine naturelle ou humaine.

Des avancées technologiques pour le système de diffusion traditionnel

L’avenir de la radio sera numérique, et la numérisation de la radiodiffusion en AM et ondes courtes est d’ores et déjà en cours. Le système Digital Radio Mondiale (DRM) normalisé au niveau mondial vient remplacer les diffusions actuelles sur toutes les bandes AM. Le DRM est le seul format numérique approuvé par l’Union Internationale des Télécommunications (UIT) pour la diffusion en ondes courtes. Etant donné l’impressionnante amélioration de la qualité du son par rapport à la bande AM, la DRM est appelée à devenir prochainement la technologie privilégiée de la radiodiffusion en ondes courtes.

La radiodiffusion en ondes courtes et l’Internet - Compétition ou Synergie ?

  • La présence de diffuseurs sur toutes les plateformes de diffusion est essentielle pour assurer une disponibilité à l’échelle mondiale. Les auditeurs peuvent ainsi personnaliser leur écoute.

  •  Il est certain que la radio est à privilégier pour les moments de direct, notamment pour les informations, les affaires publiques ou les émissions sportives. Vous pouvez faire l’expérience du direct en écoutant les stations de radios et leurs programmes diffusées en ondes courtes longue distance.

  • La radio possède un fort attrait émotionnel. Chaque personne n’écoute en général qu’une ou deux stations de radio régulièrement. Cet attrait est encore plus évident dans le cas des ondes courtes. Bien avant l’avènement des réseaux sociaux, des liens et contacts durables se sont créées entre auditeurs et diffuseurs de stations en ondes courtes.

  •  Les nouvelles technologies et plateformes de diffusion constituent un moyen idéal d’améliorer le service offert par les stations de radio en ondes courtes. Les mots et la musique sont désormais accompagnés d’images et de vidéos. L’apparition des services de radio à la demande a, en outre, permis aux auditeurs de télécharger les anciennes émissions de chaque station.

  •  Les plateformes des réseaux sociaux peuvent server à renforcer le dialogue entre les personnes chargées de réaliser les émissions et les auditeurs. Ce qui, à son tour, peut permettre la formation d’une communauté d’auditeurs capable de promouvoir une station donnée et ses émissions.

  •  Les nouvelles technologies sont un outil idéal pour la récupération de contenus créés par les auditeurs eux-mêmes, et ce quelle que soit la distance entre la source et la station de diffusion.

  • La programmation des émissions et leur périodicité est susceptible de changer assez souvent. L’Internet est un outil idéal pour garder une trace de ces changements et permettre d’écouter en direct les stations diffusées en ondes courtes. Une programmation globale et interactive est accessible depuis la page Internet de l’UNESCO célébrant la Journée mondiale de la radio 2013.

  •  La présence de transmetteurs à ondes courtes sur toute la planète vient compléter les services déjà proposes par Internet et constituent un moyen de communication vital dans les situations d’urgence.

Une base de données mondiale pour les communications internationales en situation d’urgence

La Conférence de coordination sur les hautes fréquences (HFCC) travaille en étroite collaboration avec ses partenaires, l'Union de radiodiffusion pour l'Asie et le Pacifique (ABU) et L'Union de radiodiffusion des Etats arabes (ASBU), afin de créer un système global qui a jusqu’à présent fait défaut à la communauté mondiale de la radiodiffusion en ondes courtes..

La base de données globale des fréquences et la procédure de coordination des fréquences en ligne seront gérées en conformité avec le règlement des radiocommunications dans le cadre du projet international Radio pour les secours en cas d’urgence (IRDR en anglais).

Pour en savoir plus sur ce projet… (lien en anglais uniquement)

L’avenir des ondes courtes dans un environnement en pleine évolution

Malheureusement, de nombreuses opportunités pourraient être perdues pour les radiodiffuseurs en ondes courtes et leurs millions d’auditeurs potentiels à cause de l’évolution des systèmes de diffusion des médias dans les pays développés. Le déclin de l’utilisation des ondes courtes dans ces pays s’explique par l’apparition d’un nombre croissant de nouvelles technologies de la communication. L’image de la radiodiffusion en ondes courtes comme technologie à tout faire des diffusions internationales est en train de s’évanouir rapidement.

La raison pour soutenir le concept de diffusion multiplateforme des médias est très simple : les utilisateurs ne peuvent se servir de toutes les technologies de diffusion à un moment donné. Leur choix dépendra de plus en plus de leur situation, par exemple de leur situation géographique et sociale, des préférences personnelles et des équipements disponibles. La course aux nouvelles plateformes numériques et le contexte actuel d’austérité poussent parfois les décideurs politiques à diminuer les fonds alloués aux technologies plus anciennes comme les ondes courtes. Il devrait aller de soi que le fait de supprimer une technologie empêchera la diffusion de contenus à une partie des auditeurs se trouvant dans une situation particulière. La présence de la radio sur la majorité des nouvelles plateformes de communication démontre son utilité et sa pertinence.

- Oldrich Cip

À propos de l'auteur

Président de la Conférence de coordination sur les hautes fréquences (HFCC) depuis 1998, Oldrich Cip est tombé dans la radio quand il était petit. Au départ simple amateur de la radio, M. Cip a longtemps travaillé dans la radiodiffusion internationale pour la radio tchécoslovaque puis tchèque. Il a animé pendant de nombreuses années un éditorial radio pour les amateurs sous le pseudonyme de Peter Skala.

 M. Cip a contribué à l’établissement des fondations de la HFCC après la Guerre froide. Il a notamment soutenu les initiatives visant à réunir les diffuseurs des deux camps afin de développer un nouveau système pour la programmation et la coordination des diffusions en ondes courtes. Ce groupe de travail créé en 1991 devait plus tard devenir la HFCC.

Oldrich Cip autorise les radios et internautes à utiliser en partie ou en totalité cet article pour célébrer la Journée mondiale de la radio.

Avertissement

Les désignations employées dans cet article et la présentation des données qui y figurent n’impliquent de la part de l’UNESCO aucune prise de position quant au statut juridique des pays, territoires, villes ou zones, ou de leurs autorités, ni quant au tracé de leurs frontières ou limites.

Les idées et les opinions exprimées dans cet article sont celles des auteurs ; elles ne reflètent pas nécessairement les points de vue de l’UNESCO et n’engagent en aucune façon l’Organisation.


[1] www.statisticbrain.com, mars 2012

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