l’Égalité des genres et l’autonomisation des femmes à la radio

Aveseh Asough | © Aveseh Asough

De nos jours, l’égalité des genres est perçue comme un cliché, un sujet que personne ne veut aborder. Elle est en réalité largement victime d’idées reçues que les gens continuent de perpétuer.

La question des genres ne se limite bien sûr pas aux femmes. Et pourtant, nombreux sont celles et ceux pour qui le genre est automatiquement associé aux femmes, symptôme d’une attitude très répandue vis-à-vis des femmes et de leur rôle dans la société.

En Afrique notamment, les femmes ont été défavorisées par les sociétés. Je me souviens que lorsque j’étais enfant, ma mère me disait souvent : « Dépêche-toi de manger et sors de table. Tu es une femme ! » Si ce rappel peut avoir des côtés positifs, il est surtout négatif. Il induit l’idée que les filles sont différentes des garçons, ou moins importantes qu’eux.

Pourquoi fallait-il que je me dépêche de manger? Étant une fille, je devais remplir les tâches ménagères, comme par exemple faire la vaisselle dès que le repas était fini. Mais pourquoi les femmes devraient-elles être les seules à s’en occuper ? De tels préjugés sont une grave atteinte à leur liberté.

Au sein des médias, un nombre égal d’hommes et de femmes dans le personnel ne suffit pas à l’égalité des genres. Le cœur du problème est bien plus complexe. Certaines femmes sont bien sûr devenues des reporters de talent, des femmes telles que Christiane Amanpour qui ont ouvert la voie en faisant des reportages dans des conditions que beaucoup auraient cru « trop difficiles pour une femme ».

Pour bien d’autres femmes du métier en revanche, il va de soi que certains sujets sont réservés à leur collègues masculins. Il est rare que les femmes se voient chargées de couvrir les conflits ou les situations de crise, et même alors nombre d’entre elles préféreraient présenter des émissions sur la cuisine ou l’éducation des enfants. Elles préféreraient se contenter de rôles plus plaisants et anodins au sein de la rédaction, se conformant ainsi à l’image des femmes que leur impose la société.

L’accès aux outils médiatiques est un des obstacles à l’égalité des genres. Encore récemment, alors que je formais des journalistes en Afrique, j’ai été affligée de constater que les femmes présentes n’avaient aucune compétence informatique. Les hommes savaient tous au moins taper au clavier, mais les femmes se contentaient de rire, l’air de dire que c’était un travail d’homme.

En revanche, les femmes nigérianes ont fait de grandes avancées à la radio. Par exemple, les domaines du montage et de l’ingénierie du son étaient auparavant réservés aux hommes. Aujourd’hui, certaines femmes occupent ces postes avec brio. Elles ont en effet compris que pour qu’un  travail soit fait, il est parfois nécessaire de le faire soi-même, que l’on soit un homme ou une femme. Une reporter ou une productrice qui souhaite que son reportage aie un véritable impact ne doit pas attendre qu’un ingénieur du son en fasse le montage. Il est beaucoup plus simple et rapide de le faire elle-même.

De nombreuses femmes, journalistes à la radio, ont ainsi été récompensées pour leurs reportages exceptionnels. La regrettée Doshima Iyo travaillait autrefois pour Radio Benue au Nigéria, où elle était connue pour sa voix apaisante et l’intérêt des reportages qu’elle diffusait. Elle était le modèle de mon enfance. Je rêvais alors de devenir journaliste, et aujourd’hui je forme à mon tour des journalistes.

C’est un travail très gratifiant, surtout lorsque j’ai l’occasion de former des journalistes comme Rita Eaghujuwbo. Animatrice pour  Hot FM à Abuja, Nigéria, elle a su donner une dimension nouvelle et intéressante à son émission en donnant à ses auditeurs la possibilité de faire part de leurs opinions sur Facebook. De cette façon, le public se retrouve aux commandes de l’émission en choisissant occasionnellement les sujets qui y sont abordés.

Ugo Aniekwe, quant à elle, est aujourd’hui Directrice des programmes à Anambra Broadcasting Corporation dans le sud-est du Nigéria. Alors qu’elle n’avait autrefois aucune compétence technologique, elle se voit aujourd’hui comme une « journaliste numérique » qui monte seule ses émissions avec Adobe Audition après avoir suivi une formation qui marquera un tournant décisif dans sa carrière.

De nos jours, beaucoup d’autres femmes occupent des postes décisionnels dans les stations de radio africaine, prouvant une fois de plus que l’excellence n’est pas une question de genre.

Les médias contribuent largement à façonner la société. Si les femmes qui travaillent dans ce secteur entreprenaient de se former, elles pourraient alors corriger l’image déformée que le journalisme donne actuellement de questions de genre. Les femmes peuvent favoriser l’égalité des genres notamment grâce à une représentation équitable dans les médias.

Nombres d’organisations ont déjà pris des mesures pour appliquer des politiques responsables. L’USAID, l’UKAID et l’UNESCO ont tous trois instauré une politique sur l’égalité des genres. L’USAID et l’UKAID garantissent ainsi que leurs projets sont éclairés par une analyse des genres, et l’UNESCO établit des indicateurs communs pour évaluer les progrès réalisés.

Les activistes militant pour l’égalité s’efforcent de combler le fossé qui sépare encore les genres. Il est temps que les femmes accèdent à des rôles de premier plan à la radio et dans les médias, de façon à pouvoir changer réellement les médias et la société.

- Aveseh Asough

À propos de l'auteur

Aveseh Asough (Nigeria) a été une voix bien connue sur Aso Radio Abuja, au Nigeria. Elle a rejoint la BBC World Service Trust en mai 2010 en tant que formatrice, et a d'abord travaillé sur le projet financé par l'UNICEF "Initier le changement», en mettant l'accent sur la santé maternelle et infantile. Elle forme maintenant des journalistes aux questions de bonne gouvernance. Aveseh est membre de plusieurs organismes professionnels comme l'AMARC, Reporters et Editeurs, United State International Visitors Alumni, Holland Alumni, et la Fédération internationale des journalistes, entre autres. Elle est également membre 2012 du Centre pour l'éthique des médias (CIME). Aveseh Asough a obtenu plusieurs récompenses professionnelles.

Aveseh Asough autorise les radios et internautes à utiliser en partie ou en totalité cet article pour célébrer la Journée mondiale de la radio.

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