Cérémonie de lancement, UNESCO, le 21 janvier 2014

Abdelmalek Thalal, Professeur au Département de physique de l’Université Cadi Ayyad à Marrakech (Maroc)

La symétrie dans l’art et l’architecture de l’Âge d’or occidental de l’Islam

Abdelmalek Thalal

SYNOPSIS

L’histoire du Maghreb a été étroitement liée à celle de l’Andalousie, depuis la conquête de l’Andalousie par les musulmans arabo-berbères et la mise en place du califat Omeyyade au 8ème jusqu’à la perte de Grenade au 15ème siècle.

Le mélange des populations d’origines ethniques différentes a donné naissance à une civilisation qui a rayonné scientifiquement et culturellement dans le monde entier. Cette brillante civilisation a particulièrement favorisé le développement d’une forme artistique originale, riche et variée, integrant les principes géométriques dans la construction de modèles complexes qui apparaissent dans les décorations architecturales. Cette forme tres stylisée de l’art mauresque a evolué au fil des siècles, partant de simples dessins à des motifs geometriques complexes impliquant un haut degré de symétrie.

La Grande Mosquée de Cordoue, les madrasas de Fes, le palais de l’Alhambra et les merveilles architecturales mauresques sont quelques exemples de bâtiments historiques qui reflètent l’évolution de l’art et de l’architecture pendant l’Age d’or occidental de l’Islam.

PRÉSENTATION

COMMENTAIRE

1. Introduction -SLIDE 3

Au cours de la période 711–1492, l’histoire du Maghreb et de l ’Andalousie était intimement liée. Les échanges entre les deux rives de la méditerranée, les influences mutuelles, le brassage des populations d’origines ethniques différentes donnèrent naissance à la civilisation de l’occident musulman. Cette brillante civilisation contribua, par ses mathématiciens, philosophes et autres médecins à l’enrichissement du patrimoine scientifique et culturel de l’humanité.

Abbas Ibn Farnass (9ème siècle) l’homme oiseau, humaniste, chimiste et poète, était un spécialiste de la taille des cristaux de roche.

Ibn el Banna Al Mourrakouchi (13ème–14ème siècles), mathématicien et astronome, développa la géométrie d’Euclide. Ce qui eut des retombées sur le développement de l’art et de l’architecture mauresque.

2. Art et architecture mauresque

2.1 Concept d’unité - SLIDES 4, 5, 6, 7, 8

Le concept d’unité est une caractéristique de l’art et de l’architecture islamique en général, indépendamment de la géographie. Les principes, les idées et les formes architecturales sont identiques, à des variantes près suivant les régions.

Les façades des édifices sont généralement sobres et nus. Les espaces intérieurs sont ouverts avec un patio central entouré de couloirs donnant accès aux pièces couvertes. Le revêtement ornemental interne est riche et varié et même parfois luxuriant.

Les principes décoratifs sont applicables à tous types de bâtiment : mosquée, palais, maison privée ou médersa.

 

2.2 Architecture sacrée - SLIDES 9, 10, 11

 

La mosquée tient une place importante dans l’architecture islamique. Sa conception reflète l’harmonie, l’ordre et la paix inhérents à la nature.

La division de l'espace couvert est rythmée par une forêt de colonnes et d’arcs. L’espace est polarisé sur le mihrab. Les nefs sont disposées perpendiculairement à la qibla indiquée par le mihrab.

2.3 L’ornementation dans l’art mauresque - SLIDES 12, 13

 

L’ornementation est l’un des aspects qui a le plus caractérisé l’art mauresque. L’originalité des structures architecturales et des motifs ornementaux a produit un art propre, typiquement mauresque.

Cet art à évolution au fil des siècles, suivant les dynasties qui se sont succédée au Maghreb et en Andalousie [Omeyades, Rois Taïfas, Almoravides, Almohades, Nasrides (Grenade) et à Mérinides (Maroc)].

La décoration se fait sur la pierre, la brique cuite, le stuc, le bois, la céramique émaillée et le métal. Les surfaces planes sont ornées d ‘Arabesques géométriques et floraux et de calligraphie. Les Mouqarnass (stalactites), motifs à trois dimensions, ornent en général les voûtes et l'intérieur des coupoles.

3. La symétrie dans l’art mauresque - SLIDES 14

L’art mauresque a intégré la géométrie dans la construction des motifs complexes qui apparaissent sur l'architecture. La richesse de la géométrie présente dans les décorations lui confère une approche souvent ardue.

Cette forme très stylisée de l'art a évolué au fil des siècles de dessins simples à une géométrie complexe impliquant un haut degré de symétrie.

3.1 Définition de la symétrie - SLIDES 14, 15, 16, 17, 18

Le terme symétrie est traduit en langue Arabe indifféremment par attanaadour ou attamaatul, qui signifient harmonie, ordre et cohérence comme dans les définitions grecque et latine.

Ils signifient également ressemblance, réflexion et similarité comme l’ont défini Montesquieu et Diderot qui ont réduit tous les deux la symétrie à la symétrie bilatérale.

Le concept de symétrie en arabe traduit aussi l’invariance et la redondance, tel qu’il a été généralisé par les scientifiques contemporains.

3.2 Notion d’invariance - SLIDES19, 20, 21, 22

Un objet est dit symétrique s’il reste invariant par l’application d’un ensemble de transformations. Dans le plan, ces transformations peuvent être des rotations, des réflexions/axe, des réflexions glissées et des translations.

On peut faire une description minimale d’un objet symétrique en étudiant seulement une de ses parties. L’objet est reconstitué entièrement en appliquant les opérations de symétries.

3.3 Rosaces et symétrie de rotation - SLIDES 23, 24, 25, 26

Les rotations sont les transformations qui ont été largement exploitées dans l’art mauresque pour réaliser les grandes rosaces. Les rosaces de symétries 5, 8, 10, 12, 16, 20, 24, 32, 48 sont présentes dans l’art ornemental mauresque. Cependant, les plus courantes sont les symétries 8, 12, 16, 24, 32. La symétrie 9 existe, mais elle est rare.

Certains panneaux ornementaux présentent une composition de rosaces de symétries différentes. Cette superposition de polygones étoilés appelée constellations, pourrait suggérer que l’art ornemental mauresque est un art de mathématiciens et d’astronomes.

3.4 Les pavages périodiques du plan - SLIDES 27 to 41

Les pavages périodiques du plan sont une tradition ornementale mauresque qui a connu son apogée entre les 13ème et 14ème siècles. Il s’agit de pavages géométriques perfectionnés d’un haut niveau de complexité, qui utilisent toutes les dispositions possibles dans le plan.

Un pavage est une répétition à l'infini d’un même motif dans plusieurs directions du plan sans chevauchement et ni lacune. La répétition se fait au moyen des rotations d’angle 60°, 90°, 120° et 180°, des translations qui leur sont compatibles, des réflexions et des réflexions glissées. Le mathématicien Russe Fedorov a démontré à la fin du 19ème siècle qu’il existe seulement 17 pavages périodiques différents du plan (groupes cristallographiques du plan). Les artisans de l’époque Omeyade, Almoravide et Almohade en ont réalisé quelquesuns. Un grand nombre de pavages ont été construits à l’époque des Nasrides et Mérinides. Certains auteurs parlent de 17, d’autres avancent que 4 pavages sont absents des pavages mauresques.

La créativité dont ont fait preuve les artisans au 14ème siècle les a conduits à concevoir des pavages quasipériodiques qui n’ont été découvert qu’en 1984 par Dan Shechtman, dans des cristaux spéciaux appelés quasicristaux.

4. Conclusion - SLIDE 42

Après la chute de Grenade, l’art ornemental mauresque a continué à prospérer au Maghreb et principalement au Maroc sous les dynasties Saadiennes et Alaouites.

A la fin des années 1980, feu le roi Hassan II a donné un nouveau souffle à cet art ancestral en faisant construire la Grande Mosquée de Casablanca.

Dans la pure tradition Almohade, Sa Majesté Mohamed VI a créé la Fondation de la Mosquée Hassan II, comprenant, outre la mosquée, une bibliothèque, un musée et une Académie des arts traditionnels destinée à la formation d’artisans de haut niveau.

Des recherches académiques sur l’art géométrique marocain, vu sous l’angle de la cristallographie, sont également menées au sein de l’université marocaine.

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