18.10.2013

L'Afrique : toute une histoire

Plus de trente ans après la parution du premier volume  de l’Histoire générale de l’Afrique par l’UNESCO, comment l’histoire est-elle enseignée sur le continent ? La question sera débattue au cours d’une Conférence régionale sur l’utilisation pédagogique de l’Histoire générale de l’Afrique organisée par l’UNESCO à Accra (Ghana) du 22 au 24 octobre 2013.

Ils ont trouvé leur place sur les rayonnages des bibliothèques et des salles de cours : les huit volumes de l’Histoire générale de l’Afrique (HGA) sont désormais une référence dans le milieu universitaire africain. Selon une étude menée par l’UNESCO, 61% des universités  du continent l’utilisent, que ce soit à des fins de recherche (87,5%)  ou d’enseignement (69%)*.

« C’est bien, mais c’est insuffisant, déplore Ali Moussa Iye, chef de la section Mémoire et Histoire de l’UNESCO. Quand on pense que ce sont les Etats africains qui sont à l’origine de cette initiative, c’est dans toutes les universités que l’Histoire générale de l’Afrique devrait être enseignée ». Le coût des ouvrages imprimés, les problèmes de distribution des livres et le faible taux d’équipement des établissements d’enseignement supérieur pour accéder à la version numérique expliquent cette situation en demi-teinte.

Initié en 1964 à la demande des Etats africains nouvellement indépendants, le projet d’HGA visait à remettre en cause la vision euro-centrée qui prévalait dans les manuels scolaires et à écrire une histoire africaine débarrassée des préjugés hérités de la colonisation. Plus de trente ans après la publication par l’UNESCO du premier volume, en 1980, le chemin parcouru est important. 

©unmultimedia

Alors que l’Afrique accédait à l’indépendance, dans les années 1960, l’histoire du continent restait largement à écrire. En 1963, Hugh Trevor-Roper, professeur d’histoire moderne à l’université d’Oxford pouvait écrire : « Aujourd’hui les étudiants veulent qu’on leur enseigne l’histoire de l’Afrique noire. Peut-être y aura-t-il à l’avenir un peu d’histoire à leur enseigner, mais pour l’instant il n’y en a pas. Il n’y a que l’histoire d’Européens en Afrique. Le reste n’est qu’obscurité et l’obscurité n’est pas un sujet d’histoire ».

L’élaboration d’une histoire commune à l’Afrique a été un processus long et parfois houleux. Si la rédaction proprement dite commence à partir de 1970 avec la création d’un comité scientifique international de 39 membres, dont deux-tiers d’Africains, il faudra attendre dix ans avant que ne soit publié le premier volume. Il fait l’effet d’un pavé dans la mare dans les milieux académiques et intellectuels. L’origine africaine de la civilisation égyptienne fait débat chez les égyptologues. Le recours à des sources orales pour étayer des faits historiques est également âprement débattu. Tout comme la remise en cause de la frontière entre l’Afrique du nord et l’Afrique subsaharienne.

Cela n’a pas empêché le travail de se poursuivre. Entre 1980 et 1999, huit volumes sont parus. La rédaction d’un neuvième volume visant à actualiser le contenu des ouvrages précédents et revisiter les contributions des diasporas africaines dans le monde débutera en novembre 2013 au Brésil. 

L’année 2009 marque le début de la deuxième phase du projet. Baptisée Pour une utilisation pédagogique de l’HGA, elle vise à toucher un grand nombre d’élèves grâce à l’élaboration de guides à destination des enseignants et de manuels scolaires. Parce que l’abandon des préjugés passe aussi par les mots employés, un glossaire est également en cours d’élaboration.

Il s’agit par exemple de désigner les populations par les noms qu’elles s’attribuent elles-mêmes plutôt que parce ceux qui leur sont donnés en privilégiant par exemple l’utilisation du terme « twa » plutôt que pygmée, jugé péjoratif par les intéressés ou de questionner certains concepts  et trouver des notions plus appropriées, en puisant dans les langues africaines.

« A terme, précise Ali Moussa Iye, l’idée est qu’un maximum d’enseignants et d’élèves s’approprient cette histoire. Il s’agit aussi de combattre les clichés sur l’Afrique qui la réduisent trop souvent à ses paysages naturels et à sa faune sauvage, aux guerres, aux famines et à la pauvreté ».

 

*Au total, une centaine d’institutions –universités, facultés, instituts de formation d’enseignants …- réparties dans 34 pays, ont  pris part à cette évaluation. 



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