Un forum aux premières loges du changement climatique

Des Inuit sur la glace, en Arctique

Par Peter Bates

La Plate-forme de l’UNESCO sur les régions côtières et les petites îles, et le Programme sur les systèmes du savoir local et autochtone ont lancé, le 12 juin, un forum virtuel de discussion sur Internet, Frontlines, pour répondre aux protestations devant le manque continuel de représentation des groupes vulnérables dans les débats internationaux sur le changement climatique.

Lancé en partenariat avec le secrétariat de la Convention sur la diversité biologique et celui du Forum permanent des Nations unies sur les problèmes des populations autochtones, ainsi que le bureau du Haut commissariat aux droits de l’homme, Frontlines s’intéressera aux expériences vécues par les communautés rurales ou autochtones des petites îles, l’Arctique circumpolaire, les zones de forte altitude, les basses plaines, les forêts tropicales, les zones en marge des déserts et autres milieux vulnérables. Pour une grande partie de l’humanité, le changement climatique est une menace lointaine mais, pour les communautés vulnérables, c’est déjà une réalité. Les petites îles, par exemple, sont déjà confrontées à l’élévation du niveau de la mer, aux ondes de tempêtes et, par voie de conséquence, à la salinisation des réserves vitales d’eau douce et des terrains agricoles.

Les populations rurales, autochtones ou insulaires sont, par ailleurs, de subtils observateurs de l’impact du changement climatique. Au cours des siècles, ils ont accumulé un vaste corpus de connaissances et de talents pour s’adapter aux situations nouvelles. Leur savoir peut jouer un rôle crucial dans les débats sur l’impact du changement climatique et les stratégies d’adaptation.

À Sachs Harbour, sur la côte ouest de l’Arctique canadien, les Inuits se servent déjà de leur connaissance approfondie des animaux et des changements climatiques pour modifier leurs techniques de chasse et de déplacement et les adapter à ces changements. Ils chassent désormais l’ours polaire plus tôt dans l’année et pêchent dans divers lacs à travers la glace, pendant une période raccourcie du printemps. Les phoques sont plus souvent chassés à partir de barques, en eaux libres, faute de glaces flottantes. Beaucoup d’Inuits se fient à leur capacité de réagir au changement climatique, au nom d’une philosophie qui accepte l’incertitude et le changement plutôt que de s’y opposer.

En dépit de leur vulnérabilité spécifique, de leurs stratégies d’adaptation et de leur savoir, les populations autochtones restent exclues des débats sur le changement climatique. Elles ont notamment exprimé leur frustration en manifestant, le 7 décembre de l’année dernière lors de la conférence des Nations unies à Bali (Indonésie) et lors de la récente session du Forum permanent des Nations unies sur les problèmes des populations autochtones, en mai 2008, à New York (États-Unis).

Le 28 mars, les petits États insulaires ont clairement signifié leurs revendications, lorsque le gouvernement des Maldives a soumis en leur nom une résolution sur les droits de l’homme et le changement climatique au Conseil des Nations unies pour les droits humains. La résolution a été adoptée par consensus.

Frontlines examinera toutes ces questions, ce qui mettra en pleine lumière, dans les discussions internationales, les communautés vulnérables, tout en offrant une plate-forme à toutes les communautés désireuses de mettre en commun leurs expériences. Le forum opèrera en anglais, en espagnol et en français, ce qui n’exclut pas la possibilité d’une ouverture ultérieure à d’autres langues. Les participants recevront les nouvelles, les contributions et les résumés des discussions par courrier électronique.

Pour participer à ce forum, contactez : peoples(at)climatefrontlines.org; vous pouvez également suivre les débats sur http://www.climatefrontlines.org/fr

>> Télécharger cet article, paru dans Planète Science, volume 6, no. 3, juillet-septembre 2008

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