Epargnés par la mer

©UNESCO/D. Elias
Nomades Moken, Thailande

26 décembre 2004. Plusieurs anciens de la tribu des Moken, une petite communauté de « gitans de la mer » des îles Surin, situées au large des côtes de la province de Phang-Nga (Thaïlande), remarquent que la mer est agitée de mouvements inhabituels. Ils donnent l’alerte. La plupart des habitants courent se réfugier à l’intérieur des terres. À leur retour, le village a été entièrement balayé par La Boon, le nom donné par les Moken au tsunami. De leurs embarcations et de leurs maisons sur pilotis, il ne reste qu’un amas de bois et de débris. Mais alors que l’on déplore plus de 5 000 victimes en Thaïlande, la communauté Moken, elle, a été épargnée. La connaissance séculaire qu’ont les anciens de la mer leur a sauvé la vie. L’histoire, depuis, a fait le tour du monde.

Au lendemain du désastre, le bureau de l’UNESCO à Bangkok a participé à l’une des missions lancées par le Centre d’assistance aux catastrophes des Nations Unies (UNDAC), établi à Phuket (Thaïlande), afin d’évaluer les dégâts causés à l’environnement et aux habitations de la région. Dans le cadre de ses programmes Régions côtières et petites îles (secteur des Sciences) et Systèmes de savoirs des populations autochtones (LINKS), l’UNESCO s’intéresse depuis plusieurs années aux peuples autochtones des côtes Andaman et notamment aux Moken, qui vivent dans une zone protégée, devenue un parc national en 1981. Au vu des conclusions de la mission de l’UNDAC, l’équipe travaillant sur le projet relatif aux îles Surin a effectué une mission pour évaluer les dégâts et l’aide à apporter à la communauté.

Aujourd’hui, à la demande des autorités locales, les Moken reconstruisent leur village de bambou et de feuilles tressées à l’intérieur des terres. Ils se sont installés au coeur de la forêt, dans une zone plus éloignée de la mer, et donc plus sûre. Mais cela n’est pas sans conséquence pour l’avenir de ces pêcheurs, dont la vie communautaire est entièrement tournée vers la mer.

Depuis plusieurs années déjà, l’influence du monde extérieur se fait sentir. Les autorités du parc national leur ayant interdit de ramasser certaines espèces comme le concombre de mer ou certains coquillages qu’ils revendaient, les Moken se sont vus priver de l’une de leurs sources de revenus. Certains d’entre eux ont abandonné la pêche pour travailler comme guides de plongée pour les touristes ou à la collecte des déchets. L’objectif du programme Régions côtières et petites îles de l’UNESCO est d’attirer l’attention sur le sort des Moken, et des autres communautés de « gitans de la mer » présents en Thaïlande, pour leur permettre de continuer à vivre dans le respect de leurs coutumes séculaires, au sein du parc national qui englobe leur zone de pêche et leur habitat traditionnel. 

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