Le savoir qui a sauvé les nomades de la mer

Derek Elias, Soimart Rungmanee et Irwin Cruz[1]

Lorsque l’eau qui baigne le rivage de Yan Chiak, au Myanmar, s’est brutalement retirée le 26 décembre, les Mokens ont compris le message. La Boon s’apprêtait à frapper. Laissant tout en plan, le village entier s’est précipité vers les hauteurs, vers la sécurité. Les Mokens doivent leur survie aux récits que leurs aînés leur avaient transmis sur les sept vagues venues tuer leur population du temps de leurs parents. Selon ces récits, ceux des Mokens qui avaient amarré leurs bateaux près du rivage avaient été massacrés par les vagues tandis que ceux qui étaient montés plus haut avaient été épargnés. La Boon est le nom Moken du tsunami.

Les Mokens sont des « nomades des mers », l’un des trois groupes qui parcourent depuis des siècles les eaux séparant le sud de la Thaïlande du Myanmar. Tous sont animistes, leur culture les différencie des Thaïlandais aussi bien que des Birmans, ils ont leurs langues et leurs traditions propres.

Aujourd’hui, parmi les 200 Mokens de l’île de Yan Chiak, certains aimeraient s’installer aux îles Surin pour y rejoindre les membres de leurs familles « La vie est très dure au Myanmar » dit l’un d’eux. « Les soldats birmans nous font travailler sans nous payer et si nous refusons, nous sommes emprisonnés pour trois ou quatre jours. Les hommes sont obligés de transporter de lourdes charges de terre et de sable pour des travaux de construction, et les femmes doivent ramasser des pierres. Le problème vient de ce que les îles Surin sont sous juridiction thaïlandaise et que la direction du parc national n’autorise plus aucun Moken à s’y installer.

Si les deux autres groupes de nomades de la mer, les Moklens et les Urak Lawois se sont intégrés à la société thaïlandaise et ont pu accéder à des moyens d’existence modernes sur la terre ferme, les Mokens, eux, restent semi-nomades. Ils vivent en mer sur des bateaux pendant la saison sèche et ne viennent à terre que pendant les mois de pluie. Leur nombre s’élève à environ 3 000, dont 200 vivent aux îles Surin de Thaïlande, le reste à Myanmar.

Les Mokens de Thaïlande se sont installés dans les îles il y a plusieurs dizaines d’années. Ils y ont construit des huttes de bambou sur pilotis, à quelques mètres au-dessus de la surface de ’eau. Les hommes pêchaient, vendaient leurs prises sur le continent, ce qui leur permettait d’acheter du riz. Grandissant dans l’eau, les enfants apprenaient à plonger et à nager avec beaucoup d’adresse. À marée basse, les femmes ratissaient les récifs pour y ramasser des oursins, des crabes, des moules et des holoturies.

Les Mokens ont longtemps mené une vie en marge jusqu’au jour de 1981 où les îles Surin ont été déclarées parc marin national. Cela allait déclencher pour les Mokens une série de problèmes complexes, auxquels ils sont confrontés encore aujourd’hui.

 

_____

[1]: Derek Elias (Co-ordinateur de la Décennie des Nations Unies pour l'éducation au service du développement durable), Soimart Rungmanee (UNESCO, bureau de Bangkok), et Irwin Cruz >> Télécharger l'article complet paru dans Planète SCIENCE, vol. 3, no. 2, avril-juin 2005

Voir aussi le projet de terrain Assurer leur place aux autochtones au sein de régions protégées dans les îles Surin, Mer d'Andaman, Thaïlande et la page du bureau de l'UNESCO à Bangkok sur ce projet (uniquement disponible en anglais).

Retour en haut de la page