Fair-play pour les musiciens béninois

La carrière de la musicienne d´Afropoprock béninoise Sessimè (en photo) a décollé une fois qu'elle a eu la chance de mettre son CD sur le marché grâce au projet novateur Proximus Rezo soutenu par l'IFCD. Crédit photo : Gomez Bruno.


La scène culturelle du Bénin est vibrante et la musique s’infiltre dans la vie quotidienne des gens. De petits studios d’enregistrement et clubs de musique ont fleuri autour de la capitale de Cotonou au cours des dix dernières années.

Influencés par les sons énergiques des artistes ghanéens et congolais, les musiciens béninois fusionnent le folk traditionnel avec une variété de musiques impressionnantes, y compris le reggae, le hip-hop, le funk, le jazz, la fanfare, la chorale, le gospel, le cabaret, et le rhythm and blues, parmi d’autres.

Ces œuvres créatives sont cependant exposées à la pratique développée du piratage et à la violation des droits d’auteur. Les gens ont des difficultés à identifier les œuvres originales et ont l’habitude des prix très bas. Par conséquent, les artistes, les producteurs, les promoteurs et les distributeurs ne réalisent pas un bénéfice équitable sur leurs œuvres.

World Rhythm Productions (WRP) a été fondée pour promouvoir les artistes béninois, défendre leurs droits d’auteur et les aider à gagner une vie descente à partir de leur art. Lancé à Cotonou en 2009, l’association culturelle soutient la production audio et visuelle, la distribution, la gestion, la promotion, la conception web et elle organise aussi les tournées des artistes.

Avec le soutien du Fonds international pour la diversité culturelle (FIDC) de l’UNESCO, World Rhythm Productions a fait éclore son initiative Proximus Rezo.

Dans le cadre du projet Proximus Rezo, quatre musiciens ont été sélectionnés à l’issue d’un concours qui leur a permis d’avoir une promotion pour leur premier CD. Un réseau de vente durable a aussi été créé en louant les services de deux distributeurs et en installant 100 présentoirs dans les salons de coiffure des zones populaires de Cotonou. Là-bas, les CD ont été distribués et vendus aux côtés d’autres disques et films locaux, et aussi promus par la radio et la publicité à la télévision.

Sessimè faisait partie des jeunes musiciens sélectionnés. Partie intégrante de son style Afropoprock, la jeune femme charismatique joue du piano et des instruments à percussion et elle est parfois accompagnée par un orchestre. Artiste, auteur, compositeur et interprète de musique béninoise, Sessimè souligne que le projet Proximus Rezo l’a « aidé à atteindre beaucoup de foyers en peu de temps. Il m’a donné confiance en moi et avec les ventes il m’a prouvé que je pouvais aller loin avec ma musique ». Les 3 000 premières copies du CD de Sessimè se sont toutes vendues en deux mois.

Le projet a permis aux entrepreneurs culturels du Bénin de promouvoir de nouveaux talents et de créer un modèle d’entreprise novateur et durable. Des présentoirs soulignaient la valeur des œuvres authentiques et ont fait prendre conscience de l’existence des problèmes de piraterie. La production de masse et la large diffusion ont permis d’afficher un prix abordable pour la population locale, ce qui a augmenté les ventes de CD et générera des gains pour toute la ligne de production artistique. Les profits sont réinvestis dans l’industrie et l’approche sera étendue à d’autres secteurs culturels. Des compagnies de production locales sont aussi intéressées par ce nouveau réseau alors que les artistes veulent y être associés.

Occupée à faire des tournées et à apprécier son succès grandissant, Sessimè voudrait voir un tel soutien s’étendre. Pour elle : « je ne peux que prier pour que les projets qui ont été mis en place pour développer la capacité artistique reçoivent davantage de soutien pour que d’autres artistes puissent aussi en bénéficier ».

Aux artistes en herbe du Bénin, Sessimè s’exprime ainsi : « J’encourage les artistes culturels à croire en eux-mêmes. Je pense que nous avons un très bon futur avec ce genre de réseau de distribution ».

Retour en haut de la page