4 - LA GESTION DE L'EAU : PROBLEMES ET SOLUTIONS

Dans une grande partie de la région de l'OSS., les tensions à venir et les inadéquations grandissantes entre les besoins en eau croissants et des ressources conventionnelles limitées seront génératrices de problèmes aggravés et de conflits d'usage que la gestion des eaux aura pour objectif de résoudre. On passera d'abord en revue les principaux types de conflit, de natures variées, qui risquent de se développer, puis les divers moyens d'action et instruments techniques appropriés avant d'évoquer les voies et les modalités de la gestion conjuguée des offres et des demandes en eau dans les différentes conditions de la Région.

4.1 - Les conflits présents à régler ou futurs à prévenir

Fig. 18 : Systèmes de ressources en eau commun à plusieurs pays dans la région de l'OSS
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La combinaison des différents types et ordres de grandeur de ressources en eau (revus au chap. 1) et des différents degrés de tension présents ou projetés entre demandes et ressources (notés au chap. 2) détermine une géographie de problèmes et de conflits assez contrastée, dans la Région de l'OSS. (cf. Tableau 25). Les voies et moyens de gestion de l'eau pour résoudre ces problèmes sont donc également diversifiés et spécifiques à chaque pays.

Tableau 29 : Problèmes d'eau et conflits majeurs zonaux dans la Région de l'OSS

Sous régions suivant les types de ressource en eau prédominantes (ci. Fig. 4)


Problèmes et conflits majeurs spécifiques

Ressources renouvelables Intérieures prédominantes

Conflits d'usage amont/aval.                                                                                 
Conflits dus aux interférences entre utilisations des eaux souterraines et superficielles, ou entre techniques traditionnelles et modernes d'exploitation.

Déséquilibres et compétitions entre régions : problèmes de transferts.

Compétition entre le parachèvement de l'aménagement hydraulique conventionnel, à coût et impacts environnementaux croissants, et le recours aux ressources non conventionnelles.                                  

Ressource fluviale d'origine externe prédominante

Conflits d'usage amont/aval (quantité et qualité), notamment dans le cas d'aménagements mobilisateurs de ressource par réduction de pertes par évaporation, conflits entre bénéficiaires d'aval et sujets aux impacts de ces aménagements en amont.

Conflits entre modes traditionnels d'usage de l'eau (irrigation...) et nécessités d'économie d'eau (liés aux conflits intersectoriels).

Contraintes géopolitiques et rivalités.

Ressources non renouvelables prédominantes

Conflits entre objectifs de développement à court et à long terme (pouvant correspondre à des conflits entre usages inégalement "valorisants").

Compétition entre utilisation des ressources non renouvelables et recours aux ressources non conventionnelles.

Compétitions entre régions et problèmes de transferts.

4. 2 - Les solutions techniques

Pour résoudre les problèmes présents ou en perspective, un éventail de moyens techniques très variés est disponible, moyens d'action sur l'offre aussi bien que sur les utilisations, qui sont tous déjà mis en oeuvre mais avec des ampleurs très inégales suivant les pays aux conditions desquels ils sont diversement adaptés. Ces moyens sont assez connus pour qu'il suffise ici de les rappeler succinctement:

Du côté de l'offre

A côté des grands équipements, la "petite hydraulique" peut encore contribuer largement à amplifier la maîtrise des eaux. Adaptées depuis longtemps à des conditions socio-économiques relativement stables et en équilibre avec les conditions naturelles, diverses techniques "traditionnelles" de maîtrise et d'exploitation des eaux (collecte directe de l'eau de pluie, contrôle du ruissellement local, petites retenues, citernes, galeries drainantes, ...) -cf. l'ouvrage "Traditional Water System", UNESCO - ACSAD, 1986 [94]- pourraient bénéficier de perfectionnements modernes facilitant leur mise en oeuvre et améliorant leur efficacité, en conservant les avantages de ces "micro-aménagements" multipliables sans nécessité d'organisation centralisée. Citons, par exemple, les réhabilitations engagées en Tunisie (EL AMAMI 1988).

Plus généralement, les techniques et les efforts de conservation des sols et des couvertures végétales, qui s'inscrivent dans les actions de "lutte contre la désertification" contribuent à conserver le régime des eaux donc la reproductibilité des ressources renouvelables, et tout particulièrement leur composante régulière.

Encadré 6

Des transferts d'eau internationaux au profit du Sahel sont-ils faisables et utiles ?

Le contraste régional entre les pays du Sahel et les pays qui les jouxtent au plan des ressources en eau, souligné précédemment, peut donner l'idée que des transferts d'eau Sud-Nord éventuels puissent s'inscrire dans une " vision " à très long terme.

En fait, la nature le fait déjà dans une large mesure : les principaux bassins fluviaux sahéliens -Sénégal, Niger, Chari, sans parler du Nil- tirent la plus grande partie de leur écoulement de leur tête dans les pays du Sud (de la Guinée au Centre Afrique).

Par ailleurs les ressources en eau naturelles (internes et externes) des pays du Sahel ne sont encore utilisées que dans une faible mesure, ce qui justifierait peu l'importation d'appoints….

Un projet de transfert a cependant été conçu, il y a un certain nombre d'années, consistant à dériver de l'eau du bassin de l'Oubangui, en République Centre Africaine, vers le Chari, au Tchad, afin de contribuer à restaurer l'état du lac Tchad, en régression marquée depuis les années 70 : le projet " Transaqua ".

Le principal bénéficiaire d'un tel transfert serait toutefois, plus que le Tchad, le Nigeria, premier utilisateur de l'eau du lac (pompages pour l'irrigation).

Du côté de l'utilisation et de la demande

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C'est dans les pays les plus en situation de pénurie présente ou prévisible dans un avenir prochain, que tous ces moyens d'action peuvent le plus être mis en compétition et qu'il convient le plus de conjuguer leurs aptitudes, encore qu'inégalement suivant les pays. Ils diffèrent toutefois fortement par leur nature et les conditions de leur mise ne oeuvre : ordres de grandeur des quantités d'eau produite ou économisée par ouvrage ou unité d'opération, coûts unitaires, rapports investissement/charges de fonctionnement, divisibilité et possibilité d'échelonnement des investissements, conditions de répartition des charges entre collectivité publique (état) et bénéficiaires, contraintes de localisation et charges foncières, durée de réalisation, temps de réponse, durée de vie, coût énergétique, aléas de rendement, impacts sur l'environnement, acteurs sociaux impliqués et maîtres d'ouvrages appropriés, etc. Aussi est-il difficile d'évaluer leur faisabilité et leurs rapports coût/avantages suivant des critères uniformes et une échelle de valeur commune.

Cette diversité ne facilite pas l'intégration de l'ensemble de ces moyens dans les plans ou schémas directeurs d'aménagement des eaux qui privilégient encore souvent l'approche par l'offre. Toutefois l'applicabilité et l'étendue du rôle possible de chaque technique dépendent beaucoup des conditions spécifiques, du contexte physique et socio-économique de chaque pays.

4. 3. La gestion intégrée de l'eau

Satisfaire les différentes demandes en eau dans des conditions supportables par les agents économiques et par le milieu naturel -c'est-à-dire sans détériorer l'environnement- et dans la perspective d'un développement durable, impose particulièrement dans la Région de l'OSS. une gestion intégrée de l'eau, suivant une formule consacrée par les instances internationales (1) . Cette intégration de la gestion de l'eau est à concevoir et à mettre en oeuvre à plusieurs niveaux de plus en plus larges :

- gestion intégrée des ressources : eaux superficielles et souterraines, quantité et qualités, amont et aval des bassins ;
- intégration de l'aménagement des ressources et de l'assainissement-épuration ;
- gestion intégrée des offres : ressources naturelles renouvelables, ressources non renouvelables, ressources non conventionnelles ;
- gestion intégrée des offres (ressources) et des utilisations qui implique une gestion multisectorielle de celles-ci (y compris les utilisations in situ, et la gestion des milieux aquatiques).

Voies et moyens de la gestion intégrée

L'intégration de la gestion de l'eau et la résolution des conflits peuvent être généralement obtenues par la combinaison de moyens institutionnels, techniques, et économiques et financiers.

Moyens institutionnels

Il est souhaitable que ces organes ne soient pas seulement consultatifs mais soient dotés de pouvoir de décision, et que ces fonctions de coordination soient définies à un niveau interministériel plutôt qu'attribuées à une administration à compétence sectorielle. Cette coordination peut être limitée aux investissements publics, notamment dans le cadre de la planification pluriannuelle des équipements (Schémas directeurs...), ou s'étendre aux actes d'autres agents économiques semi-publics ou privés, par le biais des interventions publiques réglementaires ou financières (autorisations, subventions, crédit...).

Il va sans dire que dans le cas de bassin, voire d'aquifère, transfrontière une gestion "communautaire" en partenariat est tout aussi souhaitable, mais elle relève alors nécessairement d'accord politique entre les états concernés.

Moyens techniques

Les moyens multiples passés en revue plus haut (4.2.) apportent pour la plupart des solutions partielles, locales et parfois temporaires, aussi dans l'optique d'une gestion intégrée de l'eau il s'agit d'abord d'organiser et de coordonner -en somme de planifier-leurs applications de manière optimale, dans l'espace et aussi dans le temps, pour l'ensemble des utilisations, à commencer par l'harmonisation des actions sur l'offre et sur les demandes, en coordonnant par exemple :

Dans la même optique, une certaine péréquation des charges entraînées par les efforts d'économie d'eau -dont les coûts ne sont pas nécessairement proportionnels aux quantités d'eau économisées suivant les secteurs- pourrait résulter de l'application d'un principe "gaspilleur-payeur" : imposition d'une redevance de "surconsommation" par rapport à des normes fixées, finançant des aides aux économies d'eau.

Moyens éducatifs et informatifs

La sensibilisation et l'information de tous les acteurs de la gestion de l'eau et d'abord des usagers, est une condition primordiale de l'efficacité d'application des instruments réglementaires, techniques ou financiers. Cela va de l'éducation à tous les niveaux scolaires, à la communication par tous les moyens audiovisuels modernes. La "culture de l'eau" qui a de profondes racines dans beaucoup de pays de la région offre un terrain favorable aux évolutions nécessaires.

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Finalement la gestion intégrée de l'eau, au sens le plus large, consiste à conjuguer et "orchestrer" au mieux l'ensemble de ces moyens, et à harmoniser les pouvoirs de décision en jeu : publics et privés, centraux et locaux, généraux et sectoriels. Elle consiste aussi à intégrer la gestion de l'eau dans la politique économique et la politique d'environnement.

En général, plus les demandes en eau approchent et a fortiori excèdent les ressources conventionnelles, comme c'est déjà le cas dans plusieurs pays de la Région, plus les objectifs de gestion et de politique de l'eau deviennent indissociables des objectifs de la politique socio-économique et de développement, notamment de la politique agricole et des degrés d'indépendance alimentaire visés.