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1991 - Discours de M. Frederik W. De Klerk |
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| Président de la République d’Afrique du Sud | |
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Monsieur le Directeur général, Il est juste que ce premier Prix Félix Houphouët-Boigny pour la recherche de la paix consacre les efforts remarquables déployés par des Sud-Africains de toutes races et de toutes convictions politiques, pour que des changements constitutionnels s'opèrent dans leur pays de façon pacifique. Notre objectif est d'éliminer la discrimination sous toutes ses formes et de promouvoir la justice politique et sociale, ainsi que la prospérité économique dans toute la mesure du possible. J'aimerais commencer par rendre hommage à l'un des plus éminents hommes d'État africains de notre temps, le Président Houphouët-Boigny, auquel le Prix décerné aujourd'hui doit son nom. Apôtre inlassable du dialogue comme instrument de paix, il a parfois prêché dans le désert, mais aujourd'hui l'ampleur de la victoire remportée par sa sagesse est pour nous un encouragement. L'Afrique du Sud est également très attachée à cet esprit de dialogue pacifique, de discussion et de négociation, et nous sommes sincèrement convaincus que nous parviendrons à jeter les bases d'une nouvelle nation dont tous nos concitoyens pourront être fiers. Les conflits, qu'ils soient régionaux ou mondiaux, ont des origines multiples et remontent souvent si loin dans l'histoire, que les adversaires ne se souviennent ou ne se soucient plus des causes qui les ont déclenchés. Dans de nombreux pays et régions, conflits et affrontements semblent être devenus mode de vie. En Afrique du Sud, nous avons décidé de rompre le cercle infernal des conflits et des affrontements, de rechercher la réconciliation et une nouvelle forme d'organisation, mode de vie nouveau et meilleur. Nous partageons en cela les préoccupations de la communauté internationale, consciente des risques de conflits et de violence. À l'image de la société sud-africaine, le monde semble aujourd'hui être sur le point de s'engager résolument sur la voie de la paix et de la réconciliation. Des événements récents nous ont opportunément rappelé la persistance de risques considérables de conflit et le fait que les arsenaux nucléaires disséminés dans le monde sont capables de détruire l'essentiel de la vie existant sur notre planète. D'où l'un des défis majeurs de notre époque : assurer la survie, non seulement de l'espèce humaine, mais aussi de l'environnement tout entier. Dans cette perspective plus vaste, l'Afrique du Sud est également prête à jouer son rôle en contribuant au maintien de la paix et à l'élimination des menaces de destruction et d'extorsion. En signant le Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires et un Accord de garantie avec l'Agence internationale de l'énergie atomique, nous avons donné la preuve de notre détermination à cet égard. Nous souhaitons que toute l'Afrique australe devienne une zone dénucléarisée, dans le cadre d'une coopération interrégionale pour le développement du sous-continent tout entier. Le Prix décerné aujourd'hui revêt une grande importance pour l'Afrique du Sud, beaucoup plus encore que pour ses lauréats. Il incombe, certes, à la communauté internationale de favoriser le règlement pacifique des litiges régionaux et nationaux. Elle a déjà conféré aux Nations Unies un rôle important de promotion de la paix dans le monde, et elle envisage d'élargir ces responsabilités dans l'avenir. Toutefois, si toutes les initiatives visant à atteindre ces objectifs méritent d'être encouragées, il ne faut pas oublier qu'en dernier ressort ce sont les parties elles-mêmes, et non la communauté internationale, qui doivent régler leurs différends et s'accommoder des résultats de leur décision. C'est pourquoi, ces initiatives ont une limite importante consacrée par la Charte des Nations Unies, qui s' oppose explicitement à ce qu'un encouragement positif se transforme en ingérence. Monsieur le Directeur général, l'Afrique du Sud a été dans le passé abreuvée de critiques à l'occasion des diverses tentatives qu'elle a faites pour essayer de régler les problèmes résultant de la diversité de sa composition ethnique. Vous connaissez aussi bien que moi la vigueur de la réprobation internationale qui a accueilli ces tentatives puisque l'UNESCO a été à l'avant-garde de cette campagne. De fait, les divergences profondes entre la politique en Afrique du Sud et les orientations adoptées par votre Organisation l'ont amenée à se retirer de l'UNESCO au milieu des années 1950. Il est donc particulièrement symbolique que la première distinction accordée à l'Afrique du Sud par un membre de la famille des Nations Unies le soit par l'UNESCO. Le fait que cette distinction soit remise conjointement à deux lauréats atteste que la communauté internationale est sensible à la nouvelle voie dans laquelle la majorité des Sud-Africains s'est engagée. Cette distinction sera perçue comme un puissant encouragement par tous ceux d' entre nous qui s'efforcent, sans carte ni boussole, de conduire à bon port une nouvelle Afrique du Sud dont tous ses citoyens seront fiers. Les réformes engendrent souvent la peur et le soupçon, qui sont autant d'obstacles à l'idéal démocratique qu'il faut surmonter. L'Afrique du Sud ne fait pas exception à la règle. Dans l'idéal, le processus actuel d'aménagement constitutionnel devrait se dérouler dans un climat de paix, de respect et de confiance. Néanmoins, il y a toujours des gens qui n'acceptent pas les autres et qui ont recours à la violence pour atteindre leurs objectifs. Nous n'acceptons pas ces méthodes. L'anarchie et le chaos ne peuvent être tolérées dans aucun pays civilisé. La grande majorité des Sud-Africains est favorable à un processus de négociation pacifique et constructive conduisant à l'adoption d'une nouvelle constitution, à la fois équitable et juste. Nous en avons eu la preuve irréfutable avec la participation de la plupart des principaux dirigeants politiques sud-africains à la Convention pour une Afrique du Sud démocratique qui s'est réunie pour la première fois en décembre dernier. La tâche qui attend les architectes de cette nouvelle Afrique du Sud est immense. Il nous faut concilier la démocratie, au sein d'un État unifié, avec les réalités inhérentes à la diversité culturelle, raciale, linguistique et historique. On a cru pendant des générations que cela était impossible. Je suis conscient des difficultés qui nous attendent, mais je suis également convaincu que les dirigeants de notre pays parviendront à surmonter ces difficultés à la faveur de ce processus, sans précédent, de négociation pacifique qui a été entamé en Afrique du Sud. Le caractère irréversible des initiatives actuelles n'est plus douteux. La bonne foi du gouvernement sud-africain a été démontrée clairement. Il a aplani le terrain pour tous et a abattu les fondements de la discrimination légale qui entravaient encore le processus de négociation pacifique. Il reste encore beaucoup à faire, mais nous progressons indubitablement et inexorablement vers une nouvelle constitution qui prendra en considération tous les sud-Africains d'une façon juste et équitable. Je me plais à penser que nos amis réunis ici aujourd'hui, et tous ceux qui forment des vœux pour l'Afrique du Sud, permettront aux Sud-Africains de poursuivre sans entraves, dans un climat de réconciliation, les négociations engagées. Les vieux stéréotypes appliqués à l'Afrique du Sud sont dépassés. Ce dont nous avons besoin aujourd'hui, c'est de recevoir l'approbation et les encouragements de tous pour le processus que nous avons engagé. Quels que soient les progrès déjà réalisés dans le domaine constitutionnel, nous sommes aussi confrontés au problème immense du développement socio-économique, qui est aggravé par des facteurs tels que la rapidité de la croissance démographique et de l'urbanisation. Tout cela fait peser de lourdes pressions sur les ressources dont nous disposons. Si les ressources considérables, notamment techniques, dont nous disposons, nous permettront de faire face aux problèmes qui se poseront à l'avenir, il est clair que nos besoins immédiats portent sur l'investissement économique en Afrique du Sud, sans lequel nous ne serons pas en mesure de créer les emplois et les services et d'assurer la formation et l'éducation nécessaires à l’édification d'un avenir prospère pour l'ensemble de nos concitoyens. Nous sommes sensibles à l'intérêt qui a été exprimé à cet égard de bien des côtés et nous nous engageons à maintenir un climat favorable à l'investissement. Monsieur le Directeur général, je partage cette tribune avec mon compatriote, M. Nelson Mandela. Nos itinéraires ont été très différents, mais notre présence ensemble ici aujourd'hui est la preuve tangible de notre désir sincère et de celui de la plupart des Sud-Africains de surmonter nos divergences et d'affronter ensemble l'avenir dans une Afrique du Sud régénérée, équitable, réconciliée et authentiquement démocratique. Si je suis ici aujourd'hui, ce n' est pas seulement à titre personnel ; je représente aussi un grand nombre de dirigeants sud-africains courageux – d'authentiques démocrates – comme M. Buthelezi et bien d'autres, qui ont uni leurs forces à la recherche de la paix et de la justice. C’est dans cet esprit et au nom de tous mes compatriotes qui travaillent inlassablement à la réalisation de cet objectif, que j'ai, en toute humilité, l'honneur d'accepter cette distinction prestigieuse qui m'est décernée, conscient que bon nombre de mes compatriotes méritent de partager cet honneur. C'est dans cet esprit aussi que j'ai l'intention de faire don de la part qui me revient à une cause qui en sert les objectifs. Je vous remercie. |
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