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1993 - Discours de M. Yasser Arafat |
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| Président de l’Autorité nationale palestinienne | |
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Messieurs les Présidents et Amis, Je voudrais pour commencer, exprimer ma gratitude et ma fierté d'être l'un des lauréats honorés du Prix Félix Houphouët-Boigny pour la recherche de la paix, conjointement avec MM. Yitzhak Rabin et Shimon Pérès. Nous nous sommes associés pour établir la paix des braves dans notre région, et nous poursuivons inlassablement nos efforts afin d'ancrer cette paix, la compléter, et la finaliser. Si ce Prix a acquis une large notoriété depuis son instauration, pourtant récente, ce fait était prévisible. Ne porte-t-il pas le nom de l'un des fils généreux de l'Afrique, l'un de ses sages les plus éminents qui ont oeuvré leur vie durant en faveur de la paix, de la compréhension mutuelle et du dialogue entre les peuples. Nous regrettons profondément qu'il ne soit pas parmi nous aujourd'hui, témoin de la consécration d'un idéal qu'il a servi et qu'il a tellement appelé de ses vœux, notamment lorsqu'il présidait la Commission de sages de l'Afrique qui avait été constituée dans le but de rapprocher les vues entre les parties arabe et israélienne. Il appuyait en ce temps-là les efforts du Dr Issam Sirtawi, martyr et héros palestinien, qui a été assassiné alors qu'il œuvrait comme militant et artisan de la paix. Ce Prix a été institué par l'UNESCO, qui nous accueille aujourd'hui, cette citadelle qui constitue une des bases de la légitimité internationale, investie de la mission et du défi de formuler le contenu culturel et humain d'une ère dont nous vivons la naissance, afin qu'elle réponde aux aspirations de l'humanité au seuil du XXIe siècle ; cette citadelle, disais-je, qui fait preuve d'un grand dynamisme sous la conduite de son Directeur général M. Federico Mayor. Enfin, ce n'est pas par hasard que cette cérémonie se déroule dans cette ville, monumentale et superbe, qui a accueilli par ailleurs, plusieurs étapes des négociations ayant abouti à la signature des accords de paix entre la Palestine et Israël. Le rôle bienveillant du Président Mitterrand et du gouvernement français, au cours des dernières années, a été éminent dans la marche vers la paix et sa réalisation dans les faits. Mesdames et Messieurs, Ce Prix qui m'est décerné est comme une médaille apposée sur la poitrine du peuple palestinien, un témoignage d'estime et de respect pour la lutte qu'il mène pour la liberté et la paix. Notre peuple, qui s'est toujours attaché à la reconnaissance de ses droits et n'a jamais fléchi dans sa détermination à réaliser sa liberté et son indépendance, ressent ces jours-ci, en cueillant les premiers fruits de sa lutte, de la gratitude envers tous ceux qui se sont tenus à ses côtés et l'ont soutenu dans les jours difficiles, ceux qui en fait soutenaient la cause de la liberté, de la justice et de la paix dans le monde. Mesdames et Messieurs, Ma visite aujourd'hui à votre pays ami, et à l'UNESCO, revêt une importance historique particulière, car il s'agit de la première fois que j'effectue une visite à un pays ami à partir de la terre sacrée de ma patrie. Je vous transmets au nom de mon peuple ses meilleures salutations, ses sentiments sincères et tous ses vœux pour que se poursuive la réalisation de la paix juste et totale, la paix des braves dans la région du Moyen-Orient, et pour que les efforts se conjuguent afin de surmonter tous les obstacles qui se dressent devant le choix de la paix. Mesdames et Messieurs, Les manifestations de joie montrées la semaine dernière par les masses de notre peuple palestinien dans toutes ses villes, tous ses villages, ses camps et ses lieux de regroupement, et que le monde a pu constater clairement, ont été l'expression, d'une part, de sa grande soif de liberté, d'affranchissement du joug de l'occupation, de son désir d'édifier son État et d'en finir avec des décennies amères d'exil, de dispersion, de souffrance et d'oppression ; c'était aussi d'autre part, un témoignage éclatant du soutien de notre peuple au choix de la paix, au processus de la paix, de son adhésion et de sa foi envers ce choix volontaire et libre qui mène au retour de notre peuple à l'exercice de son droit naturel à la liberté, de son rôle historique, en tant que partie des peuples de cette région, à participer à la construction de son avenir, sa stabilité et sa prospérité. Mesdames et Messieurs, La concrétisation de l'objectif historique que constitue la conclusion de la déclaration des principes entre l'Organisation de Libération de la Palestine et le gouvernement israélien a nécessité – et des deux parties – beaucoup de courage et de détermination, ainsi qu'une vision transcendante de l'avenir et une inspiration des leçons et des enseignements de l'histoire. Un esprit créateur imprégné ce processus qui a ouvert les portes de la paix véritable face à l'un des conflits les plus compliqués de ce siècle. Je suis convaincu que les deux parties étaient tout à fait conscientes, en empruntant cette voie, de l'étendue des dangers et des difficultés et savaient l'ampleur des défis et les risques de l'échec et de la faillite. Je suis tout aussi convaincu que nous étions parfaitement conscients, des deux côtés, de l'étendue des profits que nos peuples vont cueillir à s'engager sur le chemin de la paix. Nous réalisons que nous avions rendez-vous avec l'histoire pour forger un avenir nouveau à nos générations futures. Il est pourtant nécessaire de réaffirmer aujourd'hui que les défis auxquels nous avons à faire face nécessitent le maintien de cet esprit positif et créatif qui nous a mené sur la voie de la paix, cet esprit résolument orienté vers le futur et qui tente de dépasser les amertumes du passé et les souffrances du présent. Ce à quoi nous sommes confrontés aujourd'hui, c'est le défi qui nous engage à transformer nos accords en éléments concrets de la réalité vécue, à traduire ces textes et ces termes politiques et juridiques, les détails techniques en autant de preuves dans la vie quotidienne qui permettent à nos peuples de réaliser tout ce que la paix peut signifier en termes de liberté, d'indépendance, de sécurité, de sérénité, de justice et de prospérité. Telle est la seule paix qu'il est possible de préserver comme l'a affirmé l'UNESCO, la paix dans l'égalité de la dignité de tous les peuples, et dans le respect de la vie et des droits de l'homme. Ce grand défi auquel nous sommes confrontés aujourd'hui nous impose trois tâches : La première de ces tâches consiste en une application franche, précise et rapide des termes des Accords de paix ; nul doute que l'allure prise par le processus d'application au cours de deux derniers mois n'était pas à un rythme suffisant pour compléter l'instauration de l'Autorité palestinienne sur le reste des zones de la Cisjordanie, et organiser les élections législatives palestiniennes après le redéploiement des forces israéliennes loin des régions d'habitation. Aussi devrions-nous passer dans les délais, les plus rapides et les plus proches, aux dossiers concernant le statut définitif, avec l'obligation qui doit prévaloir de s'abstenir de tout agissement susceptible de les perturber, est une question vitale pour garantir le processus de paix qui serait fatalement voué à l'échec s'il demeurait incomplet. Laissez-moi souligner ici que l’expérience des deux mois écoulés n'a fait que réaffirmer un enseignement classique en matière de négociations. Les évolutions et péripéties de l'application de l'Accord ont prouvé que la situation résultant de cette application peut, à travers les mécanismes et les réglementations qu'elle a générés, fournir des solutions simples et rapides à bien des questions de détail épineuses qui avaient mobilisé l'effort des négociateurs pendant des dizaines de jours. La deuxième tâche consiste à assurer, préserver et consolider la paix. Cela peut se réaliser en garantissant tous les élément du succès du processus de paix. La pierre angulaire de cet édifice est l’appui total aux opérations d'aménagement et de reconstruction dans notre pays. Notre peuple, qui a su, grâce à sa vitalité, ses capacités créatrices, et grâce à sa foi et son attachement à ses droits, préserver son identité nationale en dépit de longues années d'exil et d'occupation, est déterminé à n'épargner aucun effort dans le processus de reconstruction de son entité nationale afin que notre pays demeure comme il l'a été au fil de l'histoire, un phare de civilisation et de progrès et une terre de tolérance. Mais cette entreprise ne peut être couronnée de succès sans que la communauté internationale, les pays économiquement développés, les institutions financières internationales et les pays donateurs, ne prennent leurs responsabilités morales, politiques et matérielles, et ne fournissent l'aide rapide et suffisante qui permette à l'autorité nationale palestinienne d'assumer ses devoirs de construction et de réaménagement de l’infrastructure détruite par l’occupation. La paix se fonde sur deux piliers principaux : d'une part, l'accord politique, et d'autre part les mesures financières et économiques qui permettent de réaliser et d'instaurer cette paix. Sans l'un ou l'autre de ces deux piliers, la paix, malgré sa noblesse et son importance, serait menacée d'effondrement et de perte. Il n'est pas admissible que la partie palestinienne demeure celle qui paie le prix de la paix alors que les autres parties cueillent les fruits de cette paix. Quant à la troisième tâche, elle consiste à élargir le cadre de la paix, à la compléter et à la rendre globale. Si nous accueillons avec satisfaction le progrès sensible dans le contexte jordano-israélien, nous souhaitons voir le même progrès se réaliser dans les contextes syro-israélien et libano-israélien afin de compléter et concrétiser la paix globale et juste dans tous les contextes, palestinien, syrien, jordanien et libanais, conformément aux décisions de la légitimité internationale. Mesdames et Messieurs. Nous voici maintenant engagés dans l'édification d'une entité qui consolide les valeurs et les principes de la démocratie, du pluralisme, de la suprématie de la loi, qui garantit la protection des droits de l’homme, qui jette les bases d'une économie libre fournissant les besoins du développement et les bases de prospérité à notre peuple. Nous avons dans toutes ces entreprises besoin de l'appui et du soutien de tous ceux qui sont attachés à la paix. Car la paix dans notre région, et comme je l'ai dit précédemment, n'est pas un intérêt et une nécessité pour les Palestiniens, les Arabes ou les Israéliens seulement, mais bien pour tous les États et les peuples du monde. Je saisis cette occasion pour réitérer devant vous notre engagement envers les Accords de paix et notre attachement à leur application. Nous poursuivrons avec une détermination ferme et une volonté franche notre marche afin de préserver et parachever la paix pour les peuples de la région et les peuples du monde. Mesdames et Messieurs, Permettez-moi de souligner ici le rôle éminent joué par le grand défunt Johann Juergen Holst, que nous aurions aimé voir parmi nous, contribuant par ses efforts, sa sagesse, sa patience et son assiduité à achever le rôle pionnier et historique qui rendu sa mission possible alors que beaucoup la considéraient comme impossible. Monsieur le Premier Ministre Yitzhak Rabin, Nous avons été partenaires dans la réalisation de cet acquis historique pour l'intérêt de nos deux peuples et pour nos enfants. Nous sommes confiants que nous avons la même détermination et la même résolution d'être, ainsi que nos deux peuples, partenaires dans la finalisation de cet acquis afin que règne la paix véritable juste et totale dans la région qui aspire à ouvrir une page nouvelle et une ère nouvelle de paix, de coopération et de stabilité. Nous préserverons de notre côté la paix des braves quels que soient les obstacles, les entraves, les difficultés et les souffrances que nous aurions à affronter. Ceci est un engagement de ma part et de la part de notre peuple palestinien ; et j’espère que toutes les parties, directement ou indirectement concernées, aient ce même engagement pour l'avenir de nos enfants, de vos enfants, et pour que naisse un nouveau Moyen-Orient. Mesdames et Messieurs, Encore une fois merci. |
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